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 La guerre des Gaules (César)

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Rhadamante

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MessageSujet: Re: La guerre des Gaules (César)   5/6/2007, 10:23

21. Tous approuvent la mesure ; mais Commios l’Atrébate s’enfuit auprès des Germains à qui il avait emprunté des auxiliaires pour cette guerre. Les autres envoient immédiatement des députés à César ; ils lui demandent de se contenter d’un châtiment que sans aucun doute, étant donné sa clémence et sa bonté, s’il était en son pouvoir de l’infliger sans combat à des ennemis dont les forces seraient intactes, il ne leur ferait jamais subir. « Les forces de cavalerie des Bellovaques ont été anéanties ; plusieurs milliers de fantassins d’élite ont péri, à peine si ont pu s’échapper ceux qui ont annoncé le désastre. Toutefois ce combat a procuré aux Bellovaques un grand bien, pour autant que pareil malheur en peut comporter : Corréos, auteur responsable de la guerre, agitateur du peuple, a été tué. Jamais, en effet, tant, qu’il a vécu, le pouvoir du sénat ne fut aussi fort que celui de la plèbe ignorante. »

22. A ces prières des députés, César répond en leur rappelant que l’année précédente les Bellovaques sont entrés en guerre en même temps que les autres peuples de la Gaule, et que seuls entre tous ils ont persévéré avec opiniâtreté, sans que la reddition des autres les ramenât à la raison. Il sait fort bien que la responsabilité des fautes se met très volontiers au compte des morts. Mais, en vérité, personne n’est assez puissant pour pouvoir faire naître la guerre et la conduire contre le gré des chefs, malgré l’opposition du sénat et la résistance de tous les gens de bien, avec le seul concours d’une plèbe sans autorité. Néanmoins, il se contentera du châtiment qu’ils se sont eux-mêmes attiré. »

23. La nuit suivante, les députés rapportent aux leurs la réponse obtenue, ils rassemblent les otages nécessaires. Les députés des autres peuples, qui guettaient le résultat de l’ambassade des Bellovaques, se précipitent. Ils donnent des otages, exécutent les conditions imposées ; seul Commios s’abstient, car il avait trop peur pour confier à qui que ce fût son existence. C’est qu’en effet l’année précédente Titus Labiénus, en l’absence de César qui rendait la justice dans la Gaule citérieure, ayant appris que Commios intriguait auprès des cités et formait une coalition contre César, crut qu’il était possible d’étouffer sa trahison sans manquer aucunement à la loyauté. Comme il ne pensait pas qu’il vînt au camp, si on l’y invitait, il ne voulut pas éveiller sa défiance en essayant, et envoya Caïus Volusénus Quadratus avec mission de le tuer sous le prétexte d’une entrevue. Il lui adjoignit des centurions spécialement choisis pour cette besogne. L’entrevue avait lieu, et Volusénus - c’était le signal convenu - venait de saisir la main de Commios : mais le centurion, soit qu’il fût troublé par ce rôle nouveau pour lui, soit que les familiers de Commios l’eussent promptement arrêté, ne put achever sa victime : le premier coup d’épée qu’il lui donna lui fit néanmoins une blessure grave à la tête. De part et d’autre on avait dégainé, mais chacun songea moins à combattre qu’à se frayer un passage pour fuir : les nôtres, en effet, croyaient que Commios avait reçu une blessure mortelle, et les Gaulois, comprenant qu’il y avait un piège tendu, craignaient que le danger fût au-delà de ce qu’ils voyaient. A la suite de cette affaire Commios, disait-on, avait résolu de ne jamais se trouver en présence d’aucun Romain.

24. Vainqueur des nations les plus belliqueuses, César, voyant qu’il n’y avait plus aucune cité qui préparât une guerre de résistance, mais qu’en revanche nombreux étaient les habitants qui abandonnaient les villes, désertaient les campagnes pour éviter d’obéir aux Romains, décide de répartir son armée dans plusieurs régions. Il s’adjoint le questeur Marcus Antonius avec la douzième légion. Il envoie le légat Laïus Fabius avec vingt-cinq cohortes à l’autre extrémité de la Gaule, parce qu’il entendait dire que là-bas certains peuples étaient en armes, et que les deux légions du légat Laïus Caninius Rébilus, qui était dans ces contrées, ne lui paraissaient pas assez solides. Il appelle Titus Labiénus auprès de lui ; la quinzième légion, qui avait passé l’hiver avec ce dernier, il l’envoie dans la Gaule qui jouit du droit de cité pour assurer la protection des colonies de citoyens romains, voulant ainsi éviter qu’une descente de Barbares ne leur infligeât un malheur semblable à celui qu’avaient subi, l’été précédent, les Tergestins, qui avaient été brusquement attaqués et pillés par eux. De son côté, il part pour ravager et saccager le pays d’Ambiorix ; ayant renoncé à l’espoir de réduire ce personnage, bien qu’il l’eût contraint de trembler et de fuir, il jugeait que son honneur exigeait au moins cette satisfaction : faire de son pays un désert, y tout détruire, hommes, maisons, bétail, si bien qu’Ambiorix, abhorré des siens, - si le sort permettait qu’il en restât -n’eût plus aucun moyen, en raison de tels désastres, de rentrer dans sa cité.

25. Il dirigea sur toutes les parties du territoire d’Ambiorix, soit des légions, soit des auxiliaires, et massacrant, incendiant, pillant, porta partout la désolation ; un grand nombre d’hommes furent tués ou faits prisonniers. Il envoie ensuite Labiénus avec deux légions chez les Trévires ce peuple, à cause du voisinage de la Germanie, était entraîné à la guerre, qu’il faisait quotidiennement ; sa civilisation primitive et ses moeurs barbares le faisaient assez semblable aux Germains, et il n’obéissait jamais que sous la pression d’une armée.

26. Sur ces entrefaites, le légat Laïus Caninius, informé qu’une grande multitude d’ennemis s’était rassemblée dans le pays des Pictons par une lettre et des messagers de Duratios, qui était resté constamment fidèle à l’amitié des Romains alors qu’une partie assez importante de sa cité avait fait défection, se dirigea vers la ville de Lémonum. En approchant, il eut par des prisonniers des informations plus précises : plusieurs milliers d’hommes, conduits par Dumnacos, chef des Andes, assiégeaient Duratios dans Lémonum ; n’osant pas risquer dans une rencontre des légions peu solides. il campa sur une forte position. Dumnacos, ayant appris l’arrivée de Caninius, tourne toutes ses forces contre les légions et entreprend d’attaquer le camp romain. Après y avoir vainement employé plusieurs jours sans arriver, malgré de gros sacrifices, à enlever aucune partie des retranchements, il revient assiéger Lémonum.

27. Dans le même temps, le légat Caïus Fabius, tandis qu’il reçoit la soumission d’un grand nombre de cités et la sanctionne en se faisant remettre des otages, apprend par une lettre de Caninius ce qui se passe chez les Pictons. A cette nouvelle, il se porte au secours de Duratios. Mais Dumnacos, en apprenant l’approche de Fabius, pensa qu’il était perdu s’il devait à la fois subir l’attaque des Romains de Caninius et celle d’un ennemi du dehors, tout en ayant à surveiller et à redouter les gens de Lémonum : il se retire donc sur-le-champ, et juge qu’il ne sera en sûreté que lorsqu’il aura fait passer ses troupes de l’autre côté de la Loire, fleuve qu’on ne pouvait franchir, en raison de sa largeur, que sur un pont. Fabius n’était pas encore arrivé en vue de l’ennemi et n’avait pas encore fait sa jonction avec Caninius ; cependant, renseigné par ceux qui connaissaient le pays, il s’arrêta de préférence à l’idée que l’ennemi, poussé par la peur, gagnerait la région qu’effectivement il gagnait. En conséquence, il se dirige avec ses troupes vers le même pont et ordonne aux cavaliers de se porter en avant des légions, mais en conservant la possibilité de revenir au camp commun sans avoir à fatiguer leur monture. Ils se lancent à la poursuite de Dumnacos, conformément aux ordres reçus, surprenant son armée en marche et se jetant sur ces hommes en fuite, démoralisés, chargés de leurs bagages, ils en tuent un grand nombre et font un important butin. Après cette heureuse opération, ils rentrent au camp.

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MessageSujet: Re: La guerre des Gaules (César)   5/6/2007, 10:23

28. La nuit suivante, Fabius envoie en avant sa cavalerie avec mission d’accrocher l’ennemi et de retarder la marche de l’armée entière, en attendant son arrivée. Pour assurer l’exécution de ses ordres, Quintus Atius Varus, préfet de la cavalerie, homme que son courage et son intelligence mettaient hors de pair, exhorte ses troupes et, ayant rejoint la colonne ennemie, place une partie de ses escadrons sur des positions propices, tandis qu’avec les autres il engage un combat de cavalerie. Les cavaliers ennemis luttent avec une particulière audace, car ils se sentent appuyés par les fantassins : ceux-ci, en effet, d’un bout à l’autre de la colonne, font halte et se portent contre nos cavaliers, au secours des leurs. La lutte est chaude. Nos hommes, qui méprisaient un ennemi vaincu la veille et qui savaient que les légions suivaient à peu de distance, pensant qu’ils se déshonoreraient s’ils cédaient et voulant que tout le combat fût leur oeuvre, luttent avec le plus grand courage contre l’infanterie ; quant à l’ennemi, fort de l’expérience de la veille, il s’imaginait qu’il ne viendrait pas d’autres troupes, et il croyait avoir trouvé une occasion d’anéantir notre cavalerie.

29. Comme on luttait depuis un certain temps avec un acharnement extrême, Dumnacos met ses troupes en ordre de batailler, de telle sorte qu’elles puissent protéger les cavaliers en se relayant régulièrement : soudain apparaissent, marchant en rangs serrés, les légions. A cette vue, le trouble s’empare des escadrons ennemis, la ligne des fantassins est frappée de terreur, et, tandis que la colonne des bagages est en pleine confusion, ils s’enfuient de tous côtés, en poussant de grands cris, dans une course éperdue. Nos cavaliers, qui tout à l’heure, quand l’ennemi tenait bon, s’étaient battus en braves, maintenant, dans l’ivresse de la victoire, font entendre de toutes parts une immense clameur et enveloppent l’ennemi qui se dérobe ; tant que leurs chevaux ont la force de poursuivre et leurs bras celle de frapper, ils tuent sans cesse. Plus de douze mille hommes, qu’ils eussent les armes à la main ou les eussent jetées dans la panique, sont massacrés, et l’on capture tout le convoi des bagages.

30. Comme on savait qu’après cette déroute le Sénon Drappès, qui, dès le début du soulèvement de la Gaule avait rassemblé de toute part des gens sans aveu, appelé les esclaves à la liberté, fait venir à lui les bannis de toutes les cités, accueilli les voleurs, et intercepté les convois de bagages et de ravitaillement des Romains, comme on savait que ce Drappès avait formé avec les restes de l’armée en fuite une troupe atteignant au plus deux mille hommes et marchait sur la Province, qu’il avait pour complice le Cadurque Luctérios qui, au début de la révolte gauloise, s’était proposé, comme on l’a vu dans le commentaire précédent, d’envahir la Province, le légat Caninius se lança à leur poursuite avec deux légions, ne voulant pas que la Province eût à souffrir ou que la peur s’emparât d’elle, et qu’ainsi nous fussions déshonorés par les brigandages d’une bande criminelle.

31. Caïus Fabius, avec le reste de l’armée, part chez les Carnutes et les autres peuples dont il savait que les forces avaient été très éprouvées dans le combat qu’il avait livré à Dumnacos. Il ne doutait pas, en effet, que la défaite qui venait de leur être infligée ne dût les rendre moins fiers, mais non plus que, s’il leur en laissait le temps, ils ne pussent, excités par ce même Dumnacos, relever la tête. En cette occurrence, Fabius eut la chance de pouvoir procéder, dans la soumission des cités, avec la plus heureuse promptitude. Les Carnutes, qui, bien que souvent éprouvés, n’avaient jamais parlé de paix, donnent des otages et se soumettent ; les autres cités, situées aux confins de la Gaule, touchant à l’océan, et qu’on appelle armoricaines, entraînées par l’exemple des Carnutes, remplissent sans délai, à l’approche de Fabius et de ses légions, les conditions imposées. Dumnacos, chassé de son pays, dut, errant et se cachant, aller chercher un refuge dans la partie la plus retirée de la Gaule.

32. Mais Drappès et avec lui Luctérios, sachant que Caninius et ses légions étaient tout proches et se pensant certainement perdus s’ils pénétraient sur le territoire de la Province avec une armée à leurs trousses, n’ayant d’ailleurs plus la possibilité de battre librement la campagne en commettant des brigandages, s’arrêtent dans le pays des Cadurques. Luctérios y avait joui autrefois, avant la défaite, d’une grande influence sur ses concitoyens, et maintenant même ses excitations à la révolte rencontraient auprès de ces Barbares un grand crédit : il occupe avec ses troupes et celles de Drappès la ville d’Uxellodunum, qui avait été dans sa clientèle ; c’était une place remarquablement défendue par la nature ; il en gagne à sa cause les habitants.

33. Caïus Caninius y vint tout aussitôt ; se rendant compte que de tous côtés la place était défendue par des rochers à pic, dont l’escalade, même en l’absence de tout défenseur, était difficile pour des hommes portant leurs armes, voyant, d’autre part, qu’il y avait dans la ville une grande quantité de bagages et que, si l’on essayait de fuir secrètement en les emportant, il n’était pas possible d’échapper non seulement à la cavalerie, mais aux légionnaires même, il divisa ses cohortes en trois corps et les établit dans trois camps placés sur des points très élevés ; en partant de là, il entreprit de construire peu à peu, selon ce que permettaient ses effectifs, un retranchement qui.faisait le tour de la viller.

34. A cette vue, ceux qui étaient dans la ville, tourmentés par le tragique souvenir d’Alésia, se mirent à craindre un siège du même genre ; Luctérios, qui avait vécu ces heures-là, était le premier à rappeler qu’il fallait se préoccuper d’avoir du blé ; les chefs décident donc, à l’unanimité, de laisser là une partie des troupes et de partir eux-mêmes, avec des soldats sans bagages, pour aller chercher du blé. Le plan est approuvé, et la nuit suivante, laissant deux mille soldats dans la place, Drappès et Luctérios emmènent les autres. Ils ne restent que quelques jours absents, et prennent une grande quantité de blé sur le territoire des Cadurques, dont une partie désirait les aider en les ravitaillant, et l’autre ne pouvait les empêcher de se pourvoir ; ils font aussi, plus d’une fois, des expéditions nocturnes contre nos postes. Pour ce motif, Caninius ne se presse point d’entourer toute la place d’une ligne fortifiée il craignait qu’une fois achevée il ne lui fût impossible d’en assurer la défense, ou que, s’il établissait un grand nombre de postes, ils n’eussent que de trop faibles effectifs.

35. Après avoir fait une ample provision de blé, Drappès et Luctérios s’établissent à un endroit qui n’était pas à plus de dix milles de la place, et d’où ils se proposaient d’y faire passer le blé peu à peu. Ils se répartissent la tâche : Drappès reste au camp, pour en assurer la garde, avec une partie des troupes, Luctérios conduit le convoi vers la ville. Arrivé aux abords de la place, il dispose des postes de protection et, vers la dixième heure de la nuit, entreprend d’introduire le blé en prenant à travers bois par d’étroits chemins. Mais les veilleurs du camp entendent le bruit de cette troupe en marche, on envoie des éclaireurs qui rapportent ce qui se passe, et Caninius, promptement, avec les cohortes qui étaient sous les armes dans les postes voisins, charge les pourvoyeurs aux premières lueurs du jour. Ceux-ci, surpris, prennent peur et s’enfuient de tous côtés vers les troupes de protection dès que les nôtres aperçoivent ces dernières, la vue d’hommes en armes accroît encore leur ardeur, et ils ne font pas un seul prisonnier. Luctérios réussit à s’enfuir avec une poignée d’hommes, mais il ne rentre pas au camp.

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MessageSujet: Re: La guerre des Gaules (César)   5/6/2007, 10:23

36. Après cette heureuse opération, Caninius apprend par des prisonniers qu’une partie des troupes est restée avec Drappès dans un camp qui n’est pas à plus de douze milles. S’étant assuré du fait par un grand nombre de témoignages, il voyait bien que, puisque l’un des deux chefs avait été mis en fuite, il serait facile de surprendre et d’écraser ceux qui restaient ; mais il n’ignorait pas non plus que ce serait une grande chance si aucun survivant n’était rentré au camp et n’avait apporté à Drappès la nouvelle du désastre ; néanmoins, comme il ne voyait aucun risque à tenter la chance, il envoie en avant vers le camp ennemi toute la cavalerie et les fantassins Germains, qui étaient d’une agilité extrême ; lui-même, après avoir réparti une légion dans les trois camps, emmène l’autre en tenue de combat. Arrivé à peu de distance des ennemis, les éclaireurs dont il s’était fait précéder lui apprennent que, selon l’usage ordinaire des Barbares, ils ont laissé les hauteurs pour établir leur camp sur les bords de la rivière ; les Germains et les cavaliers n’en sont pas moins tombés sur eux à l’improviste et ont engagé le combat. Fort de ces renseignements, il y mène sa légion en armes et rangée pour la bataille. Les troupes, à un signal donné, surgissant de toutes parts, occupent les hauteurs. Là-dessus, les Germains et les cavaliers, à la vue des enseignes de la légion, redoublent d’ardeur. Sans désemparer, les cohortes, de tous côtés, se précipitent : tous les ennemis sont tués ou pris, et l’on fait un grand butin. Drappès même est fait prisonnier au cours de l’action.

37. Caninius, après cette affaire si heureusement menée, sans qu’il eût presque aucun blessé, retourne assiéger les gens d’Uxellodunum et, débarrassé maintenant de l’ennemi extérieur, dont la crainte l’avait jusque-là empêché de disperser ses forces dans des postes et d’investir complètement la place, il ordonne qu’on travaille partout à la fortification. Laïus Fabius arrive le lendemain avec ses troupes, et se charge d’un secteur d’investissement.

38. Cependant César laisse son questeur Marcus Antonius avec quinze cohortes chez les Bellovaques, pour que les Belges ne puissent pas une fois encore former des projets de révolte. Il va lui-même chez les autres peuples, se fait livrer de nouveaux otages, ramène des idées saines dans les esprits qui tous étaient en proie à la peur. Arrivé chez les Carnutes, dont César a raconté dans le précédent commentaire comment la guerre avait pris naissance dans leur citée, voyant que leurs alarmes étaient particulièrement vives, parce qu’ils avaient conscience de la gravité de leur faute, afin d’en libérer plus vite l’ensemble de la population, il demande qu’on lui livre, pour le châtier, Gutuater, principal coupable et auteur responsable de la guerre. Bien que le personnage ne se fiât plus même à ses propres concitoyens, néanmoins, chacun s’appliquant à le rechercher, on l’amène promptement au camp. César, malgré sa naturelle clémence, est contraint de le livrer au supplice par les soldats accourus en foule : ils mettaient à son compte tous les dangers courus, tous les maux soufferts au cours de la guerre, et il fallut qu’il fût d’abord frappé de verges jusqu’à perdre connaissance, avant que la hache l’achevât.

39. César était chez les Carnutes quand il reçoit coup sur coup plusieurs lettres de Caninius l’informant de ce qui avait été fait concernant Drappès et Luctérios, et de la résistance à laquelle s’obstinaient les habitants d’Uxellodunum. Bien que leur petit nombre lui parût méprisable, il estimait cependant qu’il fallait châtier sévèrement leur opiniâtreté, afin que l’ensemble des Gaulois n’en vînt pas à s’imaginer que ce qui leur avait manqué pour tenir tête aux Romains, ce n’était pas la force, mais la constance, et pour éviter que, se réglant sur cet exemple, les autres cités ne cherchassent à se rendre libres en profitant de positions avantageuses : car toute la Gaule, il ne l’ignorait pas, savait qu’il ne lui restait plus qu’un été à passer dans sa Province, et s’ils pouvaient tenir pendant ce temps-là, ils n’auraient ensuite plus rien à craindre. Il laissa donc son légat Quintus Calénus, à la tête de deux légions, avec ordre de le suivre à étapes normales ; quant à lui, avec toute la cavalerie, il va rejoindre Caninius à marches forcées.

40. Son arrivée à Uxellodunum surprit tout le monde ; quand il vit que les travaux de fortification entouraient complètement la place, il jugea qu’à aucun prix on ne pouvait lever le sièges ; et comme des déserteurs lui avaient appris que les assiégés avaient d’abondantes provisions de blé, il voulut essayer de les priver d’eau. Une rivière coulait au milieu d’une vallée profonde qui entourait presque complètement la montagne sur laquelle était juché Uxellodunum. Détourner la rivière, le terrain ne s’y prêtait pas : elle coulait, en effet, au pied de la montagne dans la partie la plus basse, si bien qu’en aucun endroit on ne pouvait creuser des fossés de dérivation. Mais les assiégés n’y avaient accès que par une descente difficile et abrupte : pour peu que les nôtres en défendissent l’abord, ils ne pouvaient ni approcher de la rivière, ni remonter, pour rentrer, la pente raide, sans s’exposer aux coups et risquer la mort. S’étant rendu compte de ces difficultés que rencontrait l’ennemi, César posta des archers et des frondeurs, plaça même de l’artillerie sur certains points en face des pentes les plus aisées, et ainsi il empêchait les assiégés d’aller puiser l’eau de la rivière.

41. Alors ils se mirent à venir tous chercher de l’eau en un seul endroit, au pied même du mur de la ville, où jaillissait une source abondante, du côté que laissait libre, sur une longueur d’environ trois cents pieds, le circuit de la rivière. Chacun souhaitait qu’il fût possible d’interdire aux assiégés l’accès de cette source, mais César seul en voyait le moyen il entreprit de faire, face à la source, pousser des mantelets le long de la pente et construire un terrassement au prix d’un dur travail et de continuelles escarmouches. Les assiégés, en effet, descendant au pas de course de leur position qui dominait la nôtre, combattent de loin sans avoir rien à craindre et blessent un grand nombre de nos hommes qui s’obstinent à avancer ; pourtant, cela n’empêche pas nos soldats de faire progresser les mantelets et, à force de fatigue et de travaux, de vaincre les difficultés du terrain. En même temps, ils creusent des conduits souterrains dans la direction des filets d’eau et de la source où ceux-ci aboutissaient ; ce genre de travail pouvait être accompli sans aucun danger et sans que l’ennemi le soupçonnât. On construit un terrassement de soixante pieds de haut, on y installe une tour de dix étages, qui sans doute n’atteignait pas la hauteur des murs (il n’était pas d’ouvrage qui permît d’obtenir ce résultat), mais qui, du moins, dominait l’endroit où naissait la source. Du haut de cette tour, de l’artillerie lançait des projectiles sur le point par où on l’abordait, et les assiégés ne pouvaient venir chercher de l’eau sans risquer leur vie si bien que non seulement le bétail et les bêtes de somme, mais encore la nombreuse population de la ville souffraient de la soifs.

42. Une aussi grave menace alarme les assiégés, qui, remplissant des tonneaux avec du suif de la poix et de minces lattes de bois, les font rouler en flammes sur nos ouvrages. Dans le même temps, ils engagent un combat des plus vifs, afin que les Romains, occupés à une lutte dangereuse, ne puissent songer à éteindre le feu. Un violent incendie éclate brusquement au milieu de nos ouvrages. En effet, tout ce qui avait été lancé sur la pente, étant arrêté par les mantelets et par la terrasse, mettait le feu à ces obstacles mêmes. Cependant nos soldats, malgré les difficultés que leur créaient un genre de combat si périlleux et le désavantage de la position, faisaient face à tout avec le plus grand courage. L’action, en effet, se déroulait sur une hauteur, à la vue de notre armée, et des deux côtés on poussait de grands cris. Aussi chacun s’exposait-il aux traits des ennemis et aux flammes avec d’autant plus d’audace qu’il avait plus de réputation, voyant là un mayen que sa valeur fût mieux connue et mieux attestée.

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MessageSujet: Re: La guerre des Gaules (César)   5/6/2007, 10:23

43. César, voyant qu’un grand nombre de ses hommes étaient blessés, ordonne aux cohortes de monter de tous les côtés à l’assaut de la montagne et de pousser partout des clameurs pour faire croire qu’elles sont en train d’occuper les remparts. Ainsi fait-on, et les assiégés, fort alarmés, car ils ne savaient que supposer sur ce qui se passait ailleurs, rappellent les soldats qui assaillaient nos ouvrages et les dispersent sur la muraille. Ainsi le combat prend fin et nos hommes ont vite fait ou d’éteindre l’incendie ou de faire la part du feu. La résistance des assiégés se prolongeait, opiniâtre, et bien qu’un grand nombre d’entre eux fussent morts de soif, ils ne cédaient pas à la fin, les ruisselets qui alimentaient la source furent coupés par nos canaux souterrains et détournés de leur cours. Alors la source, qui ne tarissait jamais, fut brusquement à sec, et les assiégés se sentirent du coup si irrémédiablement perdus qu’ils virent là l’effet non de l’industrie humaine, mais de la volonté divine. Aussi, cédant à la nécessité, ils se rendirent.

44. César savait que sa bonté était connue de tous et il n’avait pas à craindre qu’on n’expliquât par la cruauté de son caractère un acte de rigueur ; comme, d’autre part, il ne voyait pas l’achèvement de ses desseins, si d’autres, sur divers points de la Gaule, se lançaient dans de semblables entreprises, il estima qu’il fallait les en détourner par un châtiment exemplaire. En conséquence, il fit couper les mains à tous ceux qui avaient porté les armes et leur accorda la vie sauve, pour qu’on sût mieux comment il punissait les rebelles. Drappès, qui, je l’ai dit, avait été fait prisonnier par Caninius, soit qu’il ne pût supporter l’humiliation d’être dans les fers, soit qu’il redoutât les tourments d’un cruel supplice, s’abstint pendant quelques jours de nourriture et mourut de faim. Dans le même temps Luctérios, dont j’ai rapporté qu’il avait pu s’enfuir de la bataille, était venu se mettre entre les mains de l’Arverne Epasnactos : il changeait, en effet, souvent de résidence, et ne se confiait pas longtemps au même hôte, car, sachant combien César devait le haïr, il estimait dangereux tout séjour de quelque durée : l’Arverne Epasnactos, qui était un grand ami du peuple Romain, sans aucune hésitation le fit charger de chaînes et l’amena à César.

45. Cependant Labiénus, chez les Trévires, livre un combat de cavalerie heureux : il leur tue beaucoup de monde, ainsi qu’aux Germains, qui ne refusaient à aucun peuple de secours contre les Romains, prend vivants leurs chefs, et parmi eux l’Héduen Suros, homme dont le courage était réputé et la naissance illustre, et qui, seul parmi les Héduens, n’avait pas encore déposé les armes.

46. A cette nouvelle, César, qui voyait que partout en Gaule la situation lui était favorable et jugeait que la Gaule proprement dite avait été, par les campagnes des années précédentes, complètement vaincue et soumise, qui, d’autre part, n’était jamais allé lui-même en Aquitaine, mais y avait seulement remporté, grâce à Publius Crassus, une victoire partielle, se mit en route, à la tête de deux légions, pour cette partie de la Gaule, avec l’intention d’y employer la fin de la saison. Cette expédition, comme les autres, fut menée rapidement et avec bonheur ; toutes les cités d’Aquitaine lui envoyèrent des députés et lui donnèrent des otages. Après cela, il partit pour Narbonne avec une escorte de cavaliers, laissant à ses légats le soin de mettre l’armée en quartiers d’hiver : il établit quatre légions chez les Belges, sous les ordres des légats Marcus Antonius, Caïus Trébonius et Publius Vatinius ; deux furent conduites chez les Héduens, qu’il savait posséder l’influence la plus considérable sur toute la Gaule ; deux autres, chez les Turons, à la frontière des Carnutes, devaient maintenir dans l’obéissance toute cette région jusqu’à l’océan ; les deux dernières furent placées chez les Lémovices, non loin des Arvernes, afin qu’aucune partie de la Gaule ne fût vide de troupes. Il ne resta que quelques jours dans la Province : il parcourut rapidement tous les centres d’audience, jugea les conflits politiquess, récompensa les services rendus il lui était, en effet, très facile de se rendre compte des sentiments de chacun envers Rome pendant le soulèvement général de la Gaule, auquel la fidélité et les secours de ladite Province lui avaient permis de tenir tête. Quand il eut achevé, il revint auprès de ses légions en Belgique et hiverna à Némétocenna.

47. Là, il apprend que Commios l’Atrébate a livré bataille à sa cavalerie. Antoine était arrivé dans ses quartiers d’hiver, et les Atrébates étaient tranquilles ; mais Commios, depuis la blessure dont j’ai parlé plus haut, était sans cesse à la disposition de ses concitoyens pour toute espèce de troubles, prêt à fournir à ceux qui voulaient la guerre un agitateur et un chef tandis que sa cité obéissait aux Romains, il se livrait, avec sa cavalerie, à des actes de brigandage dont il vivait, lui et sa bande, infestant les routes et interceptant nombre de convois destinés aux quartiers d’hiver des Romains.

48. Antoine avait sous ses ordres comme préfet de la cavalerie Caïus Volusénus Quadratus qui devait passer l’hiver avec lui. Il l’envoie à la poursuite des cavaliers ennemis. Volusénus, outre qu’il était un homme d’un rare courage, détestait Commios : aussi obéit-il avec joie. Ayant organisé des embuscades, il attaquait fréquemment ses cavaliers, et toujours avec succès. A la fin, au cours d’un engagement plus vif que les autres, Volusénus, emporté par le désir de s’emparer de la personne de Commios, s’était acharné à le poursuivre avec un petit groupe, et lui, fuyant à toute bride, avait entraîné Volusénus à bonne distance, quand soudain Commios, qui le haïssait, fait appel à l’honneur de ses compagnons, leur demande de le secourir, de ne pas laisser sans vengeance les blessures qu’il doit à la fourberie de cet homme, et, tournant bride, il se sépare des autres, audacieusement, pour se précipiter sur le préfet. Tous ses cavaliers l’imitent, font faire demi-tour aux nôtres, qui n’étaient pas en force, et les poursuivent. Commios éperonne furieusement son cheval, le pousse contre celui de Quadratus, et, se jetant sur son ennemi, la lance en avant, avec une grande violence, il lui transperce la cuisse. Quand ils voient leur préfet touché, les nôtres n’hésitent pas : ils s’arrêtent de fuir et, tournant leurs chevaux contre l’ennemi, le repoussent. Alors un grand nombre d’ennemis, bousculés par la violence de notre charge, sont blessés, et les uns sont foulés aux pieds des chevaux dans la poursuite, tandis que les autres sont faits prisonniers ; leur chef, grâce à la rapidité de sa monture, évita ce malheur ; ainsi, ce fut une victoire mais le préfet, grièvement atteint par Commios et paraissant en danger de mort, fut ramené au camp. Cependant Commios, soit parce qu’il avait satisfait sa rancune, soit parce qu’il avait perdu la plupart des siens, envoie des députés à Antoine et promet, sous caution d’otages, d’avoir tel séjour qu’il prescrira, d’exécuter ce qu’il commandera il ne demande qu’une chose, c’est qu’on ménage sa frayeur en lui évitant de paraître devant un Romain. Antoine, jugeant que sa demande était inspirée par une crainte légitime, y fit droit et reçut ses otages.

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Rhadamante

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MessageSujet: Re: La guerre des Gaules (César)   5/6/2007, 10:24

49. César, en hivernant en Belgique n’avait d’autre but que de maintenir les cités dans notre alliance, d’éviter de donner à aucune d’elles espoir ou prétexte de guerre. Rien, en effet, ne lui paraissait moins souhaitable que de se voir contraint à une guerre, au moment de sa sortie de charge, et de laisser derrière lui, lorsqu’il devrait emmener son armée, une guerre où toute la Gaule, n’ayant rien à craindre pour l’instant, se jetterait volontiers. Aussi, en traitant les cités avec honneur, en récompensant très largement les principaux citoyens, en évitant d’imposer aucune charge nouvelle, il maintint aisément la paix dans la Gaule que tant de défaites avaient épuisée et à qui il rendait l’obéissance plus douce.

50. Il partit contre son habitude, l’hiver fini, et en forçant les étapes, pour l’Italie, afin de parler aux municipes et aux cohnies à qui il avait recommandé son questeur Marcus Antonius, candidat au sacerdoce. Il l’appuyait, en effet, de tout son crédit, parce qu’il était heureux de servir un ami intime qu’il venait d’autoriser à partir en avant pour faire acte de candidat, mais aussi parce qu’il désirait vivement combattre les intrigues d’une minorité puissante qui voulait, en faisant échouer Antoine, ruiner le crédit de César à sa sortie de charge. Bien qu’il eût appris en chemin, avant d’atteindre l’Italie, qu’Antoine avait été nommé augure, il estima cependant qu’il n’avait pas moins de raison de visiter les municipes et les colonies, afin de les remercier de leurs votes nombreux et empressés pour Antoine, et aussi pour recommander sa propre candidature aux élections de l’année suivante : ses adversaires, en effet, triomphaient insolemment du succès de Lucius Lentulus et de Caïus Marcellus qui, nommés consuls, se proposaient de dépouiller César de toute charge, de toute dignité, et de l’échec de Servius Galba qui, bien qu’il fût beaucoup plus populaire et eût obtenu beaucoup plus de voix, avait été frustré du consulat parce qu’il était l’ami de César et avait été ses légats.

51. L’arrivée de César fut accueillie par tous les municipes et colonies avec des témoignages incroyables de respect et d’affection. C’était en effet, la première fois qu’il y venait depuis le grand soulèvement général de la Gaule. On ne négligeait rien de tout ce qui pouvait être imaginé pour décorer les portes, les chemins, tous les endroits par où César devait passer. La population entière, avec les enfants, se portait à sa rencontre, on immolait partout des victimes, les places et les temples, où l’on avait dressé des tables, étaient pris d’assaut : on pouvait goûter à l’avance les joies d’un triomphe impatiemment attendus. Telle était la magnificence déployée par les riches, et l’enthousiasme que montraient les pauvres.

52. Après avoir parcouru toutes les parties de la Gaule cisalpine, César revint avec la plus grande promptitude auprès de ses troupes à Némétocenna : ayant envoyé aux légions, dans tous les quartiers d’hiver, l’ordre de faire mouvement vers le territoire des Trévires, il y alla lui-même et y passa son armée en revue. Il donna à Titus Labiénus le commandement de la Cisalpine, afin que sa candidature au consulat fût bien soutenue dans ce pays. Quant à lui, il ne se déplaçait qu’autant qu’il jugeait utile, pour l’hygiène des troupes, de changer de cantonnement. Des bruits nombreux lui parvenaient touchant les intrigues de ses ennemis auprès de Labiénus, et il était informé que, sous l’inspiration de quelques-uns, on cherchait à provoquer une intervention du Sénat pour le dépouiller d’une partie de ses troupes ; néanmoins, on ne put rien lui faire croire sur Labiénus ni rien lui faire entreprendre contre l’autorité du Sénat. Il pensait, en effet, que si les sénateurs votaient librement il obtiendrait aisément justice. Laïus Curion, tribun de la plèbe, qui s’était fait le défenseur de César et de sa dignité menacée, avait plusieurs fois pris devant le Sénat l’engagement suivant si la puissance militaire de César inquiétait quelqu’un, et puisque, d’autre part, le pouvoir absolu et les armements de Pompée éveillaient chez les citoyens des craintes qui n’étaient pas médiocres, il proposait que l’un et l’autre désarmât et licenciât ses troupes du coup, la république recouvrerait la liberté et l’indépendance. Il ne se borna point à cet engagement, mais il prit même l’initiative de provoquer un vote du Sénat ; les consuls et les amis de Pompée s’y opposèrent, et, sur cette manoeuvre dilatoire, l’assemblée se sépara.

53. On avait là un important témoignage des sentiments du Sénat tout entier, et qui corroborait la leçon d’un incident antérieur. Marcus Marcellus, l’année précédente, cherchant à abattre César, avait, en violation d’une loi de Pompée et de Crassus, porté à l’ordre du jour du Sénat, avant le temps, la question des provinces du proconsul ; comme, après discussion, il mettait sa proposition aux voix, Marcellus, qui attendait de ses attaques contre César la satisfaction de toutes ses ambitions politiques, avait vu le Sénat se ranger en masse à l’avis contraire. Mais ces échecs ne décourageaient pas les ennemis de César : ils les avertissaient seulement d’avoir à trouver des moyens de pression plus énergiques, grâce auxquels ils pourraient forcer le Sénat d’approuver ce qu’ils étaient seuls à vouloir.

54. Ensuite un sénatus-consulte décide que Cnéus Pompée et Caïus César devront envoyer chacun une légion pour la guerre des Parthes ; mais il est bien clair qu’on en prend deux au même. En effet, Cnéus Pompée donna, comme provenant de son contingent, la première légion, qu’il avait envoyée à César après l’avoir levée dans la province de César lui-même. Celui-ci pourtant, bien que les intentions de ses adversaires ne fissent aucun doute, renvoya la légion à Pompée et donna pour son compte, en exécution du sénatus-consulte, la quinzième, qui était dans la Gaule citérieures. A sa place, il envoie en Italie la treizième, pour tenir garnison dans les postes que celle-là évacuait. Il assigne, d’autre part, des quartiers d’hiver à son armée : Laïus Trébonius est placé en Belgique avec quatre légions ; Laïus Fabius est envoyé avec les mêmes effectifs chez les Héduens. Il estimait, en effet, que le meilleur moyen d’assurer la tranquillité de la Gaule, c’était de contenir par la présence des troupes les Belges, qui étaient les plus braves, et les Héduens, qui avaient le plus d’influence. Il partit ensuite pour l’Italien.

55. A son arrivée, il apprend que les deux légions qu’il avait renvoyées et qui, d’après le sénatus-consulte, étaient destinées à la guerre des Parthes, le consul Caïus Marcellus les a remises à Pompée, et qu’on les a gardées en Italie. Après cela, personne ne pouvait plus douter de ce qui se tramait contre César ; celui-ci pourtant résolut de tout souffrir, tant qu’il lui resterait quelque espoir d’obtenir une solution légale du conflit au lieu d’avoir recours aux armes. Il s’efforça...

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