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 Légendes de 81 à 90

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Rhadamante

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MessageSujet: Légendes de 81 à 90   9/2/2007, 10:04

La Fée du Ver à Soie


PARTIE I

La Fée du ver à soie vivait cachée dans la vallée d'une montagne, mais personne ne l'avait jamais vue dans le pays.

Il y a bien longtemps, dans une localité du nom de Lifuqiao, près de Hangzhou habitait Aqiao, une petite fille intelligente et travailleuse. Elle perdit sa mère à l'âge de neuf ans, et son petit frère avait alors quatre ans seulement. Leur père se remaria parce qu'il n'arrivait pas à tenir son ménage. Leur belle-mère était une femme sans coeur et traitait durement Aqiao et son frère qui étaient grondés ou frappés tous les jours.

Un jour du dernier mois lunaire, en plein hiver, la belle-mère envoya Aqiao, une hotte sur le dos, couper de l'herbe. Au coeur de l'hiver, où pourrait-elle bien en trouver? Aqiao erra du matin au crépuscule, de rives du ruisseau jusqu'au flanc de la montagne sans voir un brin d'herbe. Transie de froid et de peur, elle se mit à pleurer. Tout à coup, elle entendit une voix:
- Pour couper de l'herbe, allez dans la vallée de la montagne! Pour couper de l'herbe, allez dans la vallée!

En levant la tête, Aqiao vit un oiseau au cou blanc qui volait vers la vallée. Elle se leva, essuya ses larmes et le suivit. L'oiseau disparut après avoir tournoyé dans le ciel.

Dans la vallée poussait un grand pin vert qui masquait le fond de la gorge de la vallée comme un gigantesque écran. En écartant ses branches, elle vit un ruisseau qui serpentait et dont les deux rives étaient couvertes d'herbe et de fleurs rouges. Le paysage était beau comme un jardin au printemps.

En voyant l'herbe, toute heureuse, Aqiao s'empressa de s'accroupir pour la couper. Elle en coupa tout en marchant et arriva enfin, sans s'en apercevoir, à la source du ruisseau.

PARTIE II

Sa hotte remplie d'herbe, elle essuya la sueur sur son visage et, comme elle se redressait, elle vit de loin une belle dame en robe blanche, un panier à la main; c'était sûrement une fée! Celle-ci lui fit un signe de la main et dit d'une voix harmonieuse:
- Petite fille, tu as l'air fatiguée, viens habiter quelques jours à la maison.

Aqiao jeta un coup d'oeil sur le paysage: Devant elle, c'était un autre monde: Sur le flanc de la montagne s'étageaient des maisons bien alignées, aux toits de tuiles blanches, aux murs blancs. Devant les maisons poussaient des arbres nains aux feuilles plus larges que la main; elle apprit que c'étaient des mûriers. Un grand nombre de belles jeunes filles en robe blanche, toutes des paniers au bras, cueillaient les jeunes feuilles en riant et en chantant.

Aqiao décida volontiers d'habiter là pour un certain temps. Depuis lors, avec les Fées, Aqiao, cueillait les jeunes feuilles dans la journée et nourrissait des quantités de vers blancs comme neige le soir. Les vers grandirent et commencèrent à filer leurs cocons.

Les Fées lui apprirent à tirer les fils de soie et à les teindre avec des graines d'arbre. On teignait le fil de soie en bleu avec des graines bleues, en rouge avec des graines rouges; on obtenait la couleur or avec des graines jaunes...

Elles lui dirent encore:
"C'est avec ces fils de soie brillants et multicolores qu'on brode la robe de Dragon pour le Souverain du ciel, qu'on tisse le brocart pour l'étoile la Tisserande."

Vivant dans la vallée avec les Fées en robe blanche, Aqiao, tout en cueillant les feuilles du mûrier, en nourissant les vers à soie célestes et en filant, menait une vie douce et heureuse. En un clin d'oeil, trois mois s'écoulèrent.

Un jour, Aqiao se souvint de son petit frère et pensa tout à coup qu'il serait bien de le faire venir avec elle pour partager son bonheur. Le lendemain, au petit matin, sans prendre le temps d'avertir personne, elle prit le chemin du retour.

Aqiao avait emporté avec elle une feuille de papier blanc parsemée d'oeufs de ver à soie et deux sacs de graines de mûrier. En route, elle jeta les graines tout en marchant, pensant ainsi mieux retrouver son chemin quand elle reviendrait avec son frère.

PARTIE III

Quand Aqiao arriva chez elle, elle trouva son père vieilli et son frère était devenu grand. Son père, moitié riant, moitié pleurant, lui demanda:
- Cela fait quinze ans que tu n'es pas rentrée, où étais-tu pendant ce temps?

Tout étonnée, Aqiao raconta à son père l'histoire de la vallée cachée. Les voisins apprenant la nouvelle vinrent la voir et lui dirent qu'elle avait sûrement rencontré des Fées.

Le lendemain matin, Aqiao voulut retourner dans la vallée. Mais un miracle s'était produit: elle vit des mûriers nains tout au long du chemin. Les graines qu'elle avait jetées avaient déjà donné des arbres. Elle suivit la rangée de mûriers jusqu'à la vallée de montagne. Le grand pin était encore là, mais derrière lui le chemin avait disparu.

Aqiao restait stupéfaite devant le grand pin, soudain, elle vit l'oiseau au cou blanc s'envoler de derrière ses branchages et l'entendit crier:
- Aqiao a volé le trésor! Aqiao a volé le trésor!

Aqiao comprenait tout maintenant. Sans rien dire aux Fées, elle avait pris des oeufs, des vers blancs célestes et deux sacs de graines de mûrier. Les Fées étaient sûrement fâchées et ne voulaient plus qu'elle retourne dans la vallée.

Il ne lui restait plus qu'à rentrer chez elle. Dès que le mince ver filiforme sortit de chaque oeuf, elle cueillit beaucoup de jeunes feuilles de mûriers pour les nourir.

EPILOGUE

Désormais, le Ver Blanc Céleste avait fait son apparition dans le Monde. On juxtaposa les deux mots "tian" (ciel) et "chong" (ver) et on l'appela "can" (ver à soie). Les Fées rencontrées par Aqiao dans la vallée étaient les Fées du ver à soie.

L'élevage du ver à soie est en effet originaire de Lifuqiao près de Hangzhou, mais bientôt on s'y adonna également dans les districts du voisinage. A la campagne, chaque famille élève le ver à soie et plante des mûriers.

C'est pourquoi Hangzhou, Jiaxing et Huzhou, dans la province du Zhejiang, sont depuis longtemps célèbres pour leur production de soie.

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MessageSujet: Re: Légendes de 81 à 90   9/2/2007, 10:04

La Déesse des Vers à Soie


PARTIE I

La culture des mûriers et l'élevage des vers à soie étaient une importante activité productive dans la Chine antique. Mais d'où venaient les mûriers et les vers à soie à l'origine ? Un conte populaire en raconte l'histoire :

Il était une fois une famille de deux personnes : Un père et sa fille. La fille était belle et intelligente. Un jour le père dut partir au loin pour régler une affaire. Il dit à sa fille qu'il rentrerait bientôt et lui confia la garde de son cheval blanc.

C'était un cheval vigoureux qui galopait comme le vent. Mais surtout ce cheval comprenait le langage des hommes. Tout le monde disait que c'était un cheval prodigieux. Nous ne le saurons jamais vraiment, mais c'était pour le moins un cheval peu ordinaire.

Après le départ de son père, la jeune fille n'eut que son cheval comme compagnie. Chaque fois qu'elle se sentait solitaire, elle parlait avec lui. il inclinait la tête ou agitait la queue pour répondre. Or, plusieurs jours après, son père n'étant toujours pas rentré, la jeune fille commença à s'inquiéter. Peut-être avait-il eu un accident au cours de son voyage ?

Un jour, elle dit à son cheval, mi-plaisantant, mi sérieusement :
- Mon cheval, tu me comprends, n'est-ce pas ? Si tu peut ramener mon père à la maison, je me marierai avec toi !

A peine ces paroles prononcées, le cheval partit ventre à terre et disparut au loin.

En effet, le père était tombé malade loin de chez lui et, ne pouvant rentrer, s'inquiétait de son absence prolongée. Lorsqu'il aperçut son cheval hennissant tristement sur la route, brûlant de retourner au pays, il enfourcha aussitôt son cheval et piqua des deux en direction de sa demeure.

PARTIE II

De retour chez lui, le père fut tout heureux de revoir sa fille. Pour remercier son cheval, il lui ajouta du fourrage et lui donna la meilleure avoine. Mais le cheval ne toucha pas à sa nourriture. Par contre, chaque fois que la jeune fille entrait dans l'écurie, le cheval ruait, sautait, allongeait le cou et hennissait joyeusement ou tristement.

Etonné le père demanda des explications à sa fille.

Celle-ci lui raconta alors la promesse qu'elle avait faite au cheval. Très embarrassé, le père réfléchit un moment et dit à sa fille :
- Ecoute, personne ne doit connaître cette affaire. Si on apprenait que je marie ma fille à un cheval, tu imagines le scandale que cela ferait ! Pour l'instant, reste à la maison et ne va voir le cheval sous aucun prétexte.

Le lendemain, à l'aide d'une arbalète, le père abattit son cheval. Puis il le dépouilla, et suspendit la peau sur une branche d'arbre dans la cour.

Sa fille jouait avec des amies quand elle découvrit la peau du cheval suspendue dans l'arbre. Le coeur serré, elle s'en attrista, et se dit :
" Il est mort par ma faute !"

C'est alors qu'il se passa quelque chose d'extraordinaire. Elle s'était approchée de l'arbre por caresser la crinière du cheval quand soudain, la peau se tendit, se jeta sur elle et l'enveloppa entièrement.

Terrorisées, ses amies coururent avertir son père. Quand celui-ci arriva, sa fille et la peau du cheval avaient disparu sans laisser de traces.

PARTIE III

Enroulant la jeune fille dans sa peau, le cheval magique vola en direction du sud-ouest. Là-bas était un lieu appelé le Grand Talon. Sur les pentes des montagnes et dans les vallées inhabitées poussaient des mûriers. Lorsque le cheval s'y arrêta, la jeune fille était déjà métamorphosée en ver à soie à tête de cheval.

Desormais, elle grimpa dans les arbres et ne mangea plus que des feuilles de mûriers. Plus tard, devenue la maîtresse des mûriers, l'Empereur Céleste la divinisa en Déesse des vers à soie.

Malheureuse, elle songeait jour et nuit à son pays natal, à son père et à ses compagnes. Chaque fois qu'elle y pensait, elle crachait un long fil de soie. Au dire de certains témoins, chaque printemps, on pouvait voir une jeune fille assise sur une branche de mûrier, crachant un long fil de soie blanche et claire.

Métamorphosée à l'origine en ver à soie, comment avait-elle pu redevenir une jeune fille ? Peut-être qu'une fois divinisée, la Déesse des vers à soie avait utilisé ses pouvoirs prodigieux pour se transformer. Des années après, les vers à soie s'étaient reproduits par milliers. Comme les jeunes filles, ils ont le corps blanc et le caractère doux.

Aujourd'hui encore, dans certaines régions, on appelle les vers à soie "Filles à tête de cheval", en souvenir peut-être de cette légende.

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MessageSujet: Re: Légendes de 81 à 90   9/2/2007, 10:05

Une Bru Habile


PARTIE I

Il était une fois un vieillard intelligent nommé Zhang Gulao. Il avait quatre fils dont les trois aînés étaient déjà mariés et seul le cadet était encore célibataire. Ils vivaient ensemble, et le vieux lui-même tenait le ménage.

Ce qui était bizarre, c'est que les trois fils aînés étaient tous lents et mous, ne ressemblant point à leur père. Leurs femmes n'étaient pas meilleures qu'eux. Personne ne plaisait au vieux Zhang.

De temps en temps, il s'ennuyait et se disait:
"Moi qui suis vieux ne vais pas vivre éternellement. Comment vivront-ils sans moi?"

Il pensa alors à chercher une femme sage pour son fils cadet qui le remplacerait et serait la maîtresse de maison.

Ce n'était pas facile de trouver une bru idéale. Il s'en enquérait, mais nulle n'était convenable. Comme il était intelligent, il eut enfin une bonne idée.

Un jour, il fit venir ses trois brus et leur dit:
- Voilà bien longtemps que vous n'êtes pas rentrées chez vos parents, vous devez beaucoup penser à eux. Je vous laisse partir aujourd'hui.

Les trois femmes furent très heureuses et demandèrent combien de jours elles pourraient rester chez leurs parents.
- La femme aînée aura trois ou cinq jours, la deuxième sept ou huit jours et la troisième quinze jours. Il faut que vous partiez toutes les trois ensemble et rentriez en même temps, répondit Zhang Gulao.

Sans même réfléchir, les trois femmes acceptèrent. le vieux continua:
- Chaque fois que vous reveniez de chez vos parents vous m'avez apporté quelque chose, mais ce que vous avez choisi autrefois pour moi ne m'a pas plu. Il vaut mieux que je vous dise ce que je voudrais, cette fois-ci.

PARTIE II

Les trois femmes lui répondirent aussitôt:
- N'hésitez pas à nous le dire, nous vous le rapporterons certainement.

- Je voudrais que l'aînée m'apporte un navet rouge à l'intérieur, la deuxième un feu couvert d'un papier et la troisième une tortue sans pieds, dit Zhang Gulao.

Elles en tombaient d'accord et se mirent en route. Après un moment de marche, elles avaient devant elles trois chemins: l'aînée devait prendre celui du milieu, la deuxième celui de droite et la troisième celui de gauche.

Au moment où elles allaient se séparer elles se rappelèrent ce que leur beau-père leur avait recommandé.
- Le beau-père nous a donné trois ou cinq jours, sept ou huit jours et quinze jours. On peut partir ensemble, mais comment rentrerons-nous en même temps? dit l'aînée.

- C'est, comment rentrerons-nous en même temps? répétaient les deux autres femmes.

- Et les cadeaux? reprit l'aînée, un navet rouge à l'intérieur, un feu couvert d'un papier et une tortue sans pieds. On pensait que c'était des choses normales, mais réfléchissons, on n'a jamais vu de choses pareilles!

- On n'en a jamais vu! poursuivirent les deux autres femmes.

- Puisque nous ne pouvons pas retourner en même temps, ni trouver les cadeaux, le beau-père ne nous laissera pas rentrer à la maison. Comment faire? L'aînée commença à s'inquiéter.

Les deux autres femmes s'en soucièrent elles aussi. Elles avaient beau réfléchir, elles ne purent savoir comment s'y prendre. Trop anxieuses, elles se mirent à sangloter, assises au bord de la route.

Elles continuaient à pleurer. Au coucher du soleil, de plus en plus chagrinées, elles pleuraient de plus belle, si bien qu'un boucher nommé Wang les entendit...

PARTIE III

Le boucher, qui avait une fille nommée Qiaogu, avait construit une cabane en paille au bord de la route et y vendait de la viande tous les jours. Ayant entendu les pleurs, il dit à sa fille:
- Qiaogu,va voir qui pleure et ce qui se passe.

Qiaogu vit les trois jeunes femmes pleurer ensemble et elle leur demanda alors:
- Mes grandes soeurs, qu'est-ce qui vous fait pleurer ainsi?

A ces paroles, ces dernières essuyèrent leurs larmes et virent une jeune fille devant elles. Elles s'arrêtèrent de pleurer et lui racontèrent en détails ce qui s'était passé.

Qiaogu, sans même réfléchir, dit en souriant:
- C'est très simple, vous n'y avez pas pensé, peut-être. Trois fois cinq font quinze, sept plus huit font aussi quinze. Vous rentrerz toutes les trois ensemble dans quinze jours. Quand aux trois cadeaux: le navet rouge à l'intérieur est l'oeuf, le feu couvert d'un papier est la lanterne et la tortue sans pieds est le fromage de soja. Voilà des choses si ordinaires que chaque famille en possède.

Les trois femmes rayonnèrent de joie, remercièrent la jeune fille et prirent joyeusement leur chemin.

Au bout de quinze jours, elles rentrèrent ensemble chez leur mari et offrirent les trois cadeaux à leur beau-père.

Ayant reçu les cadeaux qu'il avait demandés, Zhang Gualo fut étonné. Il se dit que ce n'était certainement pas ses brus qui avaient pensé à cela. Il leur demanda alors la vérité. Les trois brus, n'osant mentir, lui racontèrent ce qui s'était passé.

PARTIE IV

Zhang Gulao se décida à aller voir cette jeune fille. Un jour, il arriva chez le boucher et voulut acheter de la viande de porc.

Le boucher n'étant pas là, sa fille vint l'accueillir en lui demandant:
- Que voulez-vous?

- Je voudrais un morceau où il n'y a que de la peau, un autre morceau de peau ronde un troisième morceau rouge sans os et un quatrième morceau blanc sans peau, répondit Zhang.

Qiaogu ne dit rien et s'éloigna. Peu de temps après, elle revint avec quatre paquets et les mit devant Zhang Gulao.

Zhang les regardait l'un après l'autre: des oreilles de porc qui n'avaient que de la peau, de la queue qui était ronde, un morceau du foie qui était rouge et un morceau de tripes qui était blanc. C'était exactement ce qu'il voulait. Très content, il se dit:
"Elle me plaira comme bru!"

En rentrant chez lui, il envoya tout de suite quelqu'un chez le boucher demander sa fille en mariage. Le boucher qui connaissait bien le vieux Zhang donna son accord.

Zhang Gualo fixa alors une date, et, quelque temps après, son fils cadet se maria avec la fille du boucher.

Très satisfait de sa bru qui était intelligente, il l'estimait beaucoup et voulut qu'elle dirigeât le ménage. Pour sa part, Qiaogu respectait beaucoup son beau-père.

De temps en temps, les trois autres brus étaient contrariées et murmuraient à l'insu de leur beau-père:
"Il n'est pas juste: il n'aime que Qiaogu et nous dédaigne."

Zhang Gulao lit dans leur pensée et se dit:
"Il faut faire quelque chose pour les convaincre."

PARTIE V

Un jour, il fit venir ses quatre brus et leur dit:
- Je suis de plus en plus vieux et il m'est difficile de diriger la maison. J'ai donc l'intention de vous le laisser faire. Il faut quelqu'un qui soit intelligent. Je ne sais pas qui est la plus intelligente et la plus efficace de vous quatre.

Les quatre femmes répondirent d'une même voix:
- Beau-père, faites ce que vous voulez!

- Eh bien, je vais essayer pour voir qui est la plus intelligente et la plus efficace. Je la chargerai du ménage. Etes-vous d'accord? Vous ne vous en plaindrez pas plus tard! poursuivit le vieux.

Tout le monde donna son consentement. Zhang Gulao continua:
- Celui qui dirige bien la maison sait faire des économies et le plus de choses possibles avec des matériaux limités. A ce propos, je vous demande de faire un plat de dix ingrédients avec deux choses; d'ajouter une chose dans le riz pour qu'il contienne sept ingrédients. Qui pourra le faire sera la maîtresse de maison.

Cela dit, il tourna la tête vers l'aînée et lui demanda:
- Sais-tu le faire?

Celle-ci réfléchit:
"Comment peut-on changer deux choses en dix!"
Elle répondit alors:
- Vous plaisantez, c'est impossible.

Zhang interrogea la deuxième bru:
- Et toi?

Celle-ci se dit qu'on n'avait jamais fait de riz contenant sept ingrédients:
- Beau-père, ne nous taquinez pas. Ce n'est pratiquement pas faisable.

Ce fut alors au tour de la troisième bru.
Voyant que ses deux belles-soeurs ne savaient pas comment s'y prendre, elle se tut. Zhang la connaissait bien et lui dit:
- Je suppose que toi non plus, tu ne sais pas comment faire?

Finalement, il s'adressa à Qiaogu:
- Et toi?

Après un moment de réflexion, elle se prononça:
Je vais essayer.

Elle se rendit à la cuisine, fit une omelette à la ciboulette et du riz mélangé de petits pois verts. Après quoi, elle les présenta devant son beau-père.

Celui-ci les regarda et dit:
- J'ai dit de faire un plat aux dix ingrédients et du riz au sept ingrédients, pourquoi n'y en a-t-il que deux dans chacun d'eux?

- De la ciboulette (prononciation en chinois: neuf) plus des oeufs, n'est-ce pas dix? Des petits pois verts (prononciation en dialecte local: six) plus du riz, n'est-ce pas sept? expliqua Qiaogu.

En entendant cela, Zhang Gulao fut très content et accorda son approbation. Il donna sur le champ la clé à Qiaogu.

PARTIE VI

Depuis lors, tout était rangé en ordre par Qiaogu et toute la famille vécut dans l'aisance.

Un jour où il n'avait rien à faire, Zhang Gulao prenait le soleil devant la porte. Il pensait aux jours passés où ils étaient endettés et se faisaient injurier. Maintenant tout marchait bien, et il ne leur fallait plus emprunter. Il s'en félicita, ramassa une boule de terre et traça quelques mots sur la porte:
~compter sur ses propres forces~

Le même jour, le préfet passa par là sur un palanquin. A la vue de l'écriture de Zhang, il fut surpris et se dit:
"Quelle audace d'écrire une phrase pareille. N'est-ce pas du dédain pour moi? Eh bien je lui donnerai une leçon"

Alors, il s'écria:
- Arrêtez, faites venir cet audacieux.

Ses gardes firent sortir tout de suite Zhang Gulao avec brutalité.

Le préfet fit les gros yeux et dit:
- Je croyais que c'était un monstre à trois têtes et à six bras. En fait, c'est un vieux roublard. Je suppose que tu as un talent particulier pour écrire ces mots. Alors, je t'ordonne de me trouver trois objets en trois jours. Si tu les trouves, ça ira. Sinon, tu seras condamné comme offenseur.

Zhang Gulao demanda:
- Quels objets, seigneurs?

- Un veau mis au monde par un taureau, de l'huile qui pourra remplir la mer et un morceau de tissu noir qui pourra couvrir le ciel. S'il en manque un seul, on verra, répondit le préfet. Puis, il s'en alla.

Très ennuyé, Zhang Gulao se creusa la tête, mais en vain. Anxieux, il en perdit l'appétit et le sommeil. En le voyant, Qiaogu lui demanda:
- Beau-père, qu'est-ce qui vous ennuie, n'hésitez pas à nous le dire.

- Je n'aurais pas dû écrire de tels mots. Cela ne sert à rien de vous le dire, répondit celui-ci.

- Beau-père, dites-le-moi, je puis peut-être vous aider.

Zhang Gulao raconta alors ce qui s'était passé. Qiaogu dit:
- Vous avez eu raison d'écrire ces mots. Nous vivons de nos mains sans dépendre des autres. Soyez tranquille, je vais m'en occuper...

PARTIE VII

Trois jours plus tard, le préfet revint et cria:
- Où est Zhang Gulao?

Qiaogu s'adressa à lui posément:
- Mon beau-père n'est pas là.

- Il a osé s'enfuir! Il avait une mission à accomplir, dit le préfet en écarquillant ses yeux.

- Il ne s'est pas enfui, il est allé accoucher.

- Dans ce monde, il n'y a que les femmes qui peuvent accoucher, comment un homme peut-il le faire? demanda le préfet, curieux.

- Vous savez bien que les mâles ne peuvent pas donner le jour à un enfant, pourquoi demandez-vous un veau mis au monde par un taureau? poursuivit Qiaogu.

N'ayant rien à répondre, le préfet se tut pendant un moment, puis dit:
- Tant pis pour celui-là. Et le deuxième objet?

- Lequel? demanda Qiaogu.

- L'huile pour remplir la mer.

- C'est facile, videz la mer de son eau, s'il vous plaît, et je commencerai tout de suite à la remplir.

- La mer est si immense, comment veux-tu que je la vide?

- Si elle est pleine, comment voulez-vous que je la remplisse d'huile?

Rouge de honte, le préfet s'écria:
- Laissons tomber celui-ci, et le troisième?

- Lequel? demanda Qiaogu.

- Le tissu pour couvrir le ciel, dit le préfet.

- Dites-moi, s'il vous plaît, quelles sont la longueur et la largeur du ciel? dit Giaogu.

- Personne ne le sait, répondit le préfet.

- Puisque l'on ne le sait pas, combien de tissu voulez-vous que je prenne?

Cette fois-ci, le préfet ne sut quoi répondre. Tout rouge, il rentra dans le palanquin et partit à la hâte.

Depuis ce jour-là, la famille de Zhang fut mieux connue. Tout le monde savait qu'il y avait, dans cette famille, un vieux très intelligent et une bru très sage.

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MessageSujet: Re: Légendes de 81 à 90   9/2/2007, 10:08

Mademoiselle Abricot


PARTIE I

Il était une fois, au bord du Lac de l'Ouest, un village où habitait une jeune fille , habile et intelligente, qui s'appelait Xing Chan, Mademoiselle Abricot.

Un jour, au début de l'été, Xing Chan, qui avait alors sept ou huit ans, faisait paître ses buffles dans un pré à l'entrée du village. Non loin, dans les vergers, les abricotiers étaient chargés de fruits rouges et jaunes dont le parfum embaumait.

Soudain, un abricot, le plus gros et le plus rouge , tomba sur le sol, juste aux pieds de Xing Chan qui le ramassa et allait le porter à sa bouche quand une voix claire se fit entendre:
- Petite fille, petite fille, ne me mordez pas, laissez-moi aller.

Muette, Xing Chan regardait autour d'elle, personne. Qui pouvait bien lui parler? Stupéfaite, elle laissa tomber l'abricot par terre. Miracle! L'abricot roula et soudain se transforma en une jolie femme. C'était la Fée Abricot!

La Fée tira de ses cheveux une épingle d'or et la mit dans les mains de Xing Chan en souriant:
- Ma fille, vous êtes travailleuse, aimable; alors gardez cette épingle. A l'avenir, si vous vous trouvez dans l'embarras, vous n'aurez qu'à frapper trois fois avec cette épingle et appeler par trois fois "Fée Abricot", je viendrai immédiatement me mettre à votre service. Puis, la Fée, reprenant la forme d'un abricot tout rouge, s'envola jusque sur l'arbre.

Xing Chan grandit et on lui donna pour époux le neuvième fils de la famille Song. Au début du mariage, le nouveau couple vivait en bonne intelligence et témoignait de l'affection aux parents.

En principe, les membres de la famille Song étaient de braves gens; seulement, ils étaient trop nombreux et ne s'entendaient pas très bien. L'un voulait faire quelque chose, l'autre une autre, l'un préférait les mets sucrés, l'autre les mets salés.

Le brave homme de père était incapable de faire obéir ses neuf fils adultes; la mère était très bonne, mais elle ne pouvait pas non plus faire admettre ses idées à ses enfants.

Voyant ses beaux-parents accablés de soucis, Xing Chan leur proposait souvent des idées, celles-ci étaient toujours bonnes et justes. Si sa belle-mère oubliait de faire quelque chose, elle le faisait pour elle, et bien. C'est ainsi que ses beaux-parents s'habituèrent à adopter ses idées.

PARTIE II

Trouvant que leurs beaux-parents préféraient Xing Chan, ses belles-soeurs commencèrent à murmurer et méditèrent de lui jouer des tours.

Un jour, c'était le tour de Xing Chan à préparer la nourriture. Elle mit à bouillir une marmite de riz et une marmite de fromage de soja; sa belle-soeur aînée l'appela alors d'un signe de la main à la porte de la cuisine, pour lui demander de l'aider à tailler des empeignes de souliers.

Dès qu'elle fut partie, la seconde belle-soeur entra, mit des bûches dans le feu et des poignées de sel dans le fromage de soja. Quand Xing Chan revint, le riz et le fromage sentaient le roussi. Après réflexion, elle comprit que c'était ses deux belles-soeurs qui s'étaient jouées d'elle! Sans un mot, elle mit pas mal d'eau dans le riz, et un peu de fécule et d'eau dans le fromage de soja.

A l'heure de déjeuner, les hommes revinrent des champs, les enfants se précipitèrent pour mettre la table, disposer les bancs. Les huit belles-soeurs, debout à côté, se lançaient des clins d'oeil, le sourire au lèvres, en pensant à ce qui allait se passer pour le riz et le fromage roussis. Cependant, Xing Chan apporta en souriant la nourriture de la cuisine et dit:
- Il fait chaud, j'ai préparé la bouillie de riz grillé pour vous rafraîchir, et comme vous avez mangé trop souvent du fromage de soja, cette fois-ci, j'ai fait la bouillie de fromage de soja pour vous changer un peu.

Beau-père, belle-mère, frère aîné, frère cadet, neveux, nièces..., tous les membres de la famille mangèrent avec appétit en complimentant Xing Chan sur sa cuisine. Les deux marmites furent bientôt vides.

Après cette affaire, les belles-soeurs furent convaincues des mérites de Xing Chan; comme elle témoignait beaucoup de respect à ses beaux-parents, une grande sollicitude pour son mari, et qu'elle se montrait aimable et juste avec tous les autres, on la choisit pour diriger la famille, afin de soulager de cette charge ses beaux-parents trop âgés...

PARTIE III

Devenue maîtresse de la maison, elle n'imposait jamais ses ordres, mais toujours modeste, discutait avec ses beaux-frères et ses belles-soeurs pour prendre les décisions. Elle s'entendait à bien distribuer le travail des champs ou celui du ménage.

Les neuf beaux-frères travaillaient au champ et ne s'occupaient de rien à la maison; là, les belles-soeurs se chargeaient du tissage, de la couture et de la préparation des repas. Les adolescents devaient soigner les bêtes de trait, faucher l'herbe, couper du bois à brûler et ramasser le fumier. La belle-mère s'occupait des enfants et le beau-père était chargé spécialement d'aller au marché pour les ventes et les achats.

Ainsi, la famille avait de quoi manger et se vêtir et la vie s'améliorait de plus en plus; on put même reconstruire la maison. Xing Chan se montrait la même pour tous; elle ne favorisait personne.

Dès qu'elle eut pris en charge la maison, l'entente régna dans la famille: Les vieux aimaient les jeunes, qui les respectaient; pas de querelles entre les frères et les belles-soeurs, même les enfants devinrent très sages.

Xing Chan aimait aider ses voisins, quand ces derniers manquaient de riz ou de boi, sans souffler mot, elle leur en prêtait tout naturellement. Les voisins l'avaient donc en grande estime, et ils la donnaient en exemple à leurs filles ou leurs belles-filles.

La bonne réputation de Xing Chan se répandit de bouche en bouche et parvint même jusqu'aux oreilles de l'Empereur. Celui-ci ne pouvant croire qu'il existait une fille si intelligente, envoya un émissaire pour la mettre à l'épreuve. L'émissaire présenta à Xing Chan une amande en lui demandant de la partager entre tous les membres de sa famille. Comment allait-elle s'en tirer?

A la lecture de l'ordonnance impériale, la famille fut frappée de stupeur, mais Xing Chan, sans perdre son sang-froid, prit l'amande de la main de l'émissaire et dit:
- Vous vous êtes donné beaucoup de peine, monseigneur! Allez-vous reposer, je vous prie, dans la salle à manger, et vous verrez comment la famille va se partager votre amande.

Aussitôt, Xing Chan construisit un âtre en briques sur lequel elle installa une grande marmite remplie d'eau. Quand l'eau se mit à bouillir, elle y jeta l'amande puis un peu de sucre. De cette façon, elle put distribuer à chaque membre de la famille un bol de thé à l'amande!

A cette vue, l'émissaire hocha la tête avec admiration. Il retourna rapidement auprès de l'Empereur et fit son rapport:
- Xing Chan n'est pas seulement intelligente et habile, mais aussi belle comme une fée!

PARTIE IV

L'Empereur, vivement intéressé, ordonna alors à son émissaire d'aller enlever cette beauté avec trois milles gardes pour l'amener à la cour. Arrivés au bord du Lac de l'Ouest, les hommes d'armes entourèrent la maison de grand-père Song.

L'émissaire impérial entra et lut l'ordonnance de son maître à la famille. Hommes, femmes et enfants, tremblants de peur, commencèrent à crier et à pleurer; les plus jeunes s'accrochaient aux vêtements de Xing Chan; les hommes se disputaient avec l'envoyé impérial : toute la famille était dans le trouble et la confusion.

Xing Chan fit éloigner ses parents et dit:
- Attendez un instant au dehors, s'il vous plaît! Je vais préparer mes bagages et je vous suivrai.

Une fois entrée dans sa chambre, elle retira l'épingle de ses cheveux et frappa trois fois sur la table en s'écriant :
- Fée Abricot, en ce moment, j'ai des difficultés, pouvez-vous m'aider !

Aussitôt la Fée fit son apparition et lui répondit:
- Je connais vos ennuis; je vais vous faire déménager et vous installer au fond du Lac de l'Ouest; là vous pourrez vivre tranquillement !

Xing Chan acquiesça. D'un coup de sa manche légère, la Fée déchaîna un tourbillon de vent qui emporta les gens de la famille, la maison, les moutons, les vaches, les instruments agricoles au fond du lac.

Le vent impétueux emporta aussi l'émissaire et les gardes impériaux et les dispersèrent çà et là. Les voisins stupéfaits se précipitèrent au bord du Lac de l'Ouest; ils aperçurent encore une cheminée se dressant sur l'eau qui bientôt s'y enfonça tandis que revenaient le calme et la tranquilité. Quant à la famille de Xing Chan, elle arriva saine et sauve au fond du lac.

La famille avait laissé un bon souvenir à ses voisins, et ceux-ci brûlaient de savoir si elle vivait oui ou non dans le lac. Un jour, l'un d'entre eux eut l'idée d'appeler Xing Chan pour lui emprunter une charrue. Miracle ! Au bout d'un petit moment, une charrue apparut sur l'eau.

EPILOGUE

A partir de ce jour, quand quelqu'un avait besoin de quelque chose, il allait le demander à Xing Chan. Lorsque des voyageurs, venus d'une autre province, arrivaient, recrus de fatigue, il leur suffisait de demander à Xing Chan pour avoir bientôt des chaises, des bancs et des tables à leur disposition.

On bénéficia de ce privilège des années durant. Malheureusement, un homme cupide emprunta un jour quatre bancs à Xing Chan, les emporta chez lui et ne les rendit plus. Xing Chan, fut-elle fâchée? En tout cas, elle ne prêta plus ses affaires aux gens, qui, peu à peu, cessèrent de lui demander son aide.

Pourtant, à la saison des abricots, on raconte encore à Hangzhou, combien mademoiselle Abricot était habile, bonne et généreuse.

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MessageSujet: Re: Légendes de 81 à 90   9/2/2007, 10:09

LHistoire de Kechuxun


PARTIE I

Il était une fois un jeune homme honnête qui s'appelait Kechuxun. Son père qui avait mené paître des troupeaux pendant toute sa vie pour le propriétaire était épuisé par le travail et il tomba gravement malade. La maladie s'aggrava jour après jour. Pour soigner son père, Kechuxun alla demander le salaire que le propriétaire devait à celui-ci qui avait travaillé 40 ans pour lui.

Chez le propriétaire de troupeaux, la maîtresse roula de gros yeux et compta sur ses doigts devant Kechuxun:
- Ton père a gardé des moutons pour nous pendant 40 ans. Outre les 40 ans de repas qu'il doit nous payer, il a usé encore trois paires de bottes de peaux de boeuf et une robe de peau de mouton. L'année de la tempête de neige, il a laissé geler deux agneaux et l'année de l'inondation, il a perdu une brebis. De plus, nous t'avons nourri avec le reste du lait fermenté. Et maintenant, va-t-en avec une vache laitière; autant de perte pour nous!

A ces paroles, le visage de Kechuxun s'empourpra sous le coup de l'indignation. Mais comme son père était affaibli par ses 40 ans de travail et qu'il y avait des hommes de main derrière la maîtresse qui lui lançait des regards menaçants il fut obligé de ravaler sa colère, d'emmener la vache laitière vieille et maigre et de rentrer chez lui.

Une fois de retour, Kechuxun dit à son père comment la maîtresse avait fait le compte. Le vieux berger en fut tellement furieux qu'il ne put que dire à son fils:
- Ne garde plus des moutons pour le propriétaire.

Cela dit, il rendit le dernier soupir.

PARTIE II

Après la mort du vieux berger, Kechuxun, éxécutant sa dernière volonté, ne travailla plus pour le propriétaire. Tout en gardant soigneusement la vache, il défricha encore un lopin de terre et le cultiva. Ilcommença ainsi à mener sa vie indépendamment.

Un an plus tard, la vache devint robuste et mit bas un veau; la terre qu'il avait cultivée lui donna aussi une très bonne récolte.

Un jour, après avoir donné à manger au veau, Kechuxun se préparait à aller travailler aux champs. Juste à ce moment-là, la maîtresse vint avec ses hommes de main. En la voyant arriver, Kechuxun comprit bien qu'elle n'avait pas de bonnes intentions et l'ignora.

Comme Kechuxun s'occupait de ses propres affaires et ne la saluait pas, la maîtresse en fut très furieuse intérieurement. Mais c'est en contrefaisant la pitié qu'elle s'adressa au jeune homme:
- Eh, Kechuxun, tu ne vis pas mal depuis plus d'un an! La vache a-t-elle mis bas un veau? Tu es certainement trop fatigué. Ah, comme ce veau est indocile! Il court partout seulement quelques jours après sa naissance! Allons, Kechuxun, repose-toi quelques jours, j'emmène la vache laitière et le veau pour les nourrir chez moi.

Sur ce, elle voulut aller prendre la vache. Mais à cette vue, Kechuxun se rebella. Il se précipita vers sa vache pour la protéger tout en criant:
- C'est ma vache. Personne ne peut la toucher!

Kechuxun osait même protéger sa vache! La maîtresse en fut d'abord toute abasourdie, puis, cria méchamment:
- Quoi? Ta vache? Comme on le dit, c'est offrir du beurre, et être remercié à coups de poings! Quand ton père est tombé malade, par pitié pour vous deux, j'ai voulu que vous buviez un peu de lait et je t'ai laissé garder cette vache; comment pourrait-elle être devenue la tienne? Tu me paies vraiment d'ingratitude!... Alors, puisque tu nies que c'est ma vache, nous allons porter l'affaire devant le Hazi!

PARTIE III

La maîtresse criait ainsi tout en faisant ligoter Kechuxun par ses hommes de main et emmener sa vache laitière et son veau.

La maîtresse avait dit qu'ils iraient voir le juge, mais en réalité, elle voulut faire mourir Kechuxun, et s'emparer de ses bêtes et de ses champs. Donc une fois arrivée chez elle, elle enferma Kechuxun dans un cachot souterrain.

Le lendemain matin, de bonne heure, la maîtresse ordonna à ses hommes de main de mettre Kechuxun dans un sac de cuir et, à deux d'entre eux, de le porter dans un bois pour le jeter dans un lac.

A midi, sous le soleil torride, les cailloux du désert de Gobi brûlaient les pieds. Les deux hommes qui portaient Kechuxun, après une demi-journée de marche accélérée, ne pouvaient plus avancer, accablés par la fatigue et la chaleur. Ils mirent le sac à terre pour se reposer. Tout en haletant, ils se plaignaient de la maîtresse:
- Cette renarde est vraiment cruelle. Elle nous a donné seulement deux sous de bronze pour accomplir un meurtre aussi inhumain et sans même nous offrir un repas!

Après avoir entendu leurs paroles et évalué le chemin qu'ils avaient parcouru, Kechuxun comprit où ils allaient le porter. Alors, il poussa un soupir dans le sac et dit:
- Eh! Je n'avais pas pensé être si malchanceux, et un pot d'or sera perdu pour tout le monde!

Dès que Kechuxun eut parlé de l'or, les deux hommes cessèrent leur bavardage.
- A quiconque se chargera d'ensevelir mon corps à l'endroit où l'or est enterré, ce pot d'or appartiendra! Mon père m'a laissé ce pot d'or, reprit-il. Je comptais aller le chercher après avoir récolté les céréales. Et maintenant c'est impossible; si vous voulez m'aider...

- Nous le jurons!

- Bon, je vous fais confiance! Retournez sur vos pas par le même chemin. En arrivant à l'embranchement des trois routes, prenez la route de droite, et plus loin, vous pourrez voir une grande montagne au pied de laquelle il y a un grand arbre, et de là, à sept pas, une gorge profonde. Ne vous arrêtez pas et continuez à avancer en vous frayant un chemin au bout duquel, vous pourrez voir une fontaine, et à côté d'elle, se dresse une stèle de pierre. Enlevez-la et creusez à fond, vous pourrez y trouver le pot d'or que mon père m'a laissé.

PARTIE IV

Après avoir raconté tout cela, Kechuxun fit répéter ces indications à haute voix aux deux hommes. Alors, ceux-ci se mirent à se disputer. L'un dit:
- Tu attends ici, et je vais aller le chercher.

Mais l'autre ne céda pas:
- Non, laisse-moi y aller. Je cours plus vite que toi!

- Non, ta mémoire n'est pas bonne. Tu te tromperas de chemin!

- Je ne me tromperai pas!

- C'est mieux que j'y aille!

A ce moment, Kechuxun leur dit:
- Ne vous disputez pas mes chers amis. Allez-y tous les deux. En tout cas, je n'ai pas le moyen de m'enfuir. Soyez tranquilles et allez-y!

C'était juste ce qu'ils désiraient.
"Il a pieds et poings liés, se disaient-ils. Le sac est bien ficelé. Il ne peut pas s'enfuir."
Et ils s'en allèrent tous les deux.

Dès que ces deux hommes furent partis, Kechuxun se dépêcha de se rouler dans le sac pour briser la corde par le frottement et finit par en sortir.

Juste à ce moment là, il entendit tout d'un coup au loin quelqu'un qui venait vers lui en chantant sur son cheval. A sa voix, il devina que c'était le frère de la maîtresse. Ce type, un bossu avec un oeil aveugle, était aussi gourmand que lascif et dissolu.

Alors Kechuxun changea d'idée. Quand celui-là s'approcha de lui, il se mit à rire exprès dans le sac et dit:
- Ha! Ha! Très bien! Très bien! Merci, mon sac précieux!

En entendant cela, le frère de la maîtresse, tout étonné, sauta à bas de cheval et demanda:
- Qui es-tu? Pourquoi es-tu si content d'être couché dans le sac?

- Va-t-en! Ne me dérange pas. Je suis en train de soigner mes maladies!

Ce type le trouva encore bizarre et l'interrogea à la hâte:
- Quelles maladies soignes-tu? Pourquoi soignes-tu tes maladies en te roulant dans le sac? Dis-le moi vite! Sinon, je te ferai envoyer devant le Hazi!

PARTIE V

Kechuxun lui dit du ton de celui qui est contraint et forcé:
- Hélas! Il n'y a vraiment rien à faire avec toi! Je suis bossu et j'ai encore un oeil qui louche. J'ai presque cinquante ans, je n'ai pas pu encore épouser une femme. Hier, par la grâce du ciel, j'ai rencontré un commerçant qui m'a vendu ce sac précieux. Il avait dit qu'en se couchant dedans, un vieillard pourrait rajeunir, un aveugle lutter corps à corps en en sortant, et un bossu se redresser. Je soigne exprès ici ma bosse et ma loucherie. Touche mon dos, est-il plat ou non?

Le frère de la maîtresse toucha son dos, qui était tout plat.

- Et ma voix, ne ressemble-t-elle pas à celle d'un jeune homme d'une vingtaine d'années?

Le frère de la maîtresse trouva sa voix toute claire. Alors, il s'empressa de supplier Kechuxun:
- Cher ami! Sors vite et laisse-moi entrer! Moi, je suis vraiment vieux, bossu, aveugle et boiteux...

Kechuxun l'interromptit, feignant exprès l'embarras:
- Ça ne va pas, mon vieux. Je ne suis pas encore guéri complètement. Si cette fois je ne suis pas guéri à la tombée de la nuit, je devrais attendre le même jour de l'année prochaine! Va-t-en!

En entendant qu'il fallait attendre encore un an si la nuit tombait, le frère de la maîtresse fut plus impatient encore. Faute de convaincre par la douceur, il recourut à la violence. Et étant compté parmi les propriétaires de la steppe, on ne pourrait le convoquer même devant le Hazi; il desserra la corde du sac tout en disant à Kechuxun:
- Excuse-moi, cher ami, un dicton recommande:
"Quand on se rencontre, on partage moitié, moitié".
Si tu sors et me laisse entrer, ce cheval et les cinquante moutons seront à toi. Sinon, je te ferai envoyer devant le Hazi et t'accuserai d'avoir volé le sac précieux de notre tribu !

PARTIE VI

Kechuxun sortit du sac et dit comme résigné:
- Eh bien! J'ai de la malchance! Mais toi, si tu veux vraiment guérir tes maladies, il te faut être patient. Une fois entré, tu ne peux pas dire ni faire n'importe quoi. Avant que tu sois totalement guéri, tout sera perdu si tu parles ou si tu bouges.

Le frère de la maîtresse promit tout ce qu'on voulait, très pressé d'entrer dans le sac. Il allait y passer une jambe quand Kechuxun l'arrêta:
- Ne te presse pas, mon vieux! Pour éviter que par hasard tu parles ou tu bouges, tu dois te laisser lier les mains et les pieds comme moi et bâillonner.

- Ça va! Ça va! Le frère de lamaîtresse disait toujours oui et laissa faire Kechuxun.

Celui-ci le ligota solidement et ficela le sac en lui rendant sa forme originale; puis il monta sur le cheval et dit:
- Soigne tranquillement tes maladies ici, et n'oublie pas ce que je t'ai dit tout à l'heure!

Après être entré dans le sac, le frère de la maîtresse ne pensa qu'à la bonne conclusion de l'affaire: il serait devenu un jeune homme élégant à la tombée de la nuit.

Revenons aux deux hommes qui portaient Kechuxun . Ils avaient eu beau courir bien loin, ils n'avaient rien trouvé. Ils suffoquaient de colère. Peu après le départ de Kechuxun, ils revinrent en fureur. En voyant le sac par terre, sans mot dire, ils prirent le bâton et se mirent à frapper.

Le frère de la maîtresse reçut les coups dans le sac, mais il pensa encore que c'était un génie qui venait traiter sa bosse.

PARTIE VII

Très content, il se hâta de tourner son dos pour le laisser frapper. Mais peu après, il ne put plus supporter les coups et oublia ce que lui avait dit Kechuxun. Il se roula dans le sac en criant de douleur. Mais qui eût cru que ses cris ne feraient qu'exacerber la fureur des deux hommes qui redoublèrent de coups.

Le frère de la maîtresse avait rendu le dernier soupir lorsqu'ils le portèrent jusqu'au lac et l'y jetèrent en attachant une pierre au sac.

Ils rentrèrent chez la maîtresse et celle-ci, pleinement satisfaite, ordonna tout de suite à ses serviteurs d'atteler les chevaux pour aller chercher les céréales de Kechuxun. A mi-chemin, elle vit, non loin de là, un cavalier sur un grand cheval qui conduisait un troupeau et se dirigeait vers elle. Il chantait:
"Quel bon cheval! Quels gras moutons! Ce genre de bétail doit m'appartenir."

Pour voir qui pourrait bien être le cavalier, elle s'avança à toute bride.

Elle arriva peu après devant lui. Mais dès le premier coup d'oeil, elle fut tellement épouvantée qu'elle faillit tomber de cheval. En effet, l'homme sur le cheval était justement ce Kechuxun qu'elle avait fait jeter dans le lac!

PARTIE VIII

Kechuxun attendit qu'elle se fût bien remise en selle, puis lui dit:
- Ne me reconnais-tu pas? Je suis justement ce Kechuxun que tu as fait jeter dans le lac! Ah! Tu ne sais peut-être pas que dans le lac habitent aussi des familles. Leurs bestiaux sont si nombreux qu'il est difficile de les dénombrer! Quand j'y suis arrivé, ils m'ont reçu chaleureusement et m'ont offert beaucoup de bêtes. Mais malheureusement, à moi tout seul, je ne peux pas en garder tant. Je ramène seulement ces quelques moutons pour en faire présent aux villageois. Et puis j'y retournerai avec eux pour ramener les autres. Sur ce, il se remit à chanter et s'en alla avec ses moutons.

Sans mettre ces paroles en doute, la maîtresse se repentit de ne pas avoir appris cela plus tôt et d'avoir été devancée par Kechuxun. Alors elle décida de prendre les devants avant que celui-ci ne se jette dans le lac pour la deuxième fois. Et elle fit appeler en hâte ses enfants et ses brus et leur ordonna d'aller tous la rejoindre au bord du lac.

Quand ils y furent tous rassemblés, ne sachant même pas ce qui s'était passé, la maîtresse les pressa de se jeter dans le lac et fit aussitôt de même.

Elle venait de disparaître dans les eaux quand Kechuxun arriva avec les villageois. En voyant la famille de la maîtresse se débattre désespérement dans le lac, ils ne pouvaient s'empêcher de crier "bravo" et de dire:
"Des sales gens comme ça, il faut chercher à les punir. Si nous ne les laissons pas se jeter dans le lac, ils ne cesseront jamais d'opprimer les pauvres."

Ces mots se sont répandus partout sur la steppe de génération en génération et jusqu'à nos jours.

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MessageSujet: Re: Légendes de 81 à 90   9/2/2007, 10:11

Kuafu poursuit le Soleil


Dans l'Antiquité vivait un homme répondant au nom de Kuafu. C'était un hercule de taille gigantesque qui marchait si vite qu'il semblait avoir des ailes.

Il se peut qu'autrefois le Soleil avançât plus vite qu'aujourd'hui. A l'époque, on avait toujours l'impression que les journées étaient trop courtes. Chaque jour, on n'avait pas encore trouvé le temps de se mettre à l'ouvrage que la nuit était déjà tombée. Comme en ce temps-là il n'existait pas de lampe, on peut imaginer combien les hommes étaient incommodés par ces nuits froides, obscures et interminables.

Aussi tout le monde se plaignait-il du Soleil. Un jour, Kuafu se mit en colère et alla voir le Soleil.
- Hé! Paresseux Soleil! Lui reprocha-t-il. Combien de temps dors-tu chaque jour? Tu te lèves tard mais tu te couches bien tôt! Tu manques vraiment de responsabilité dans ton travail!

Orgueilleux, le Soleil ne daigna même pas lui répondre. Il continua à filer rapidement vers l'Ouest. Furieux, Kuafu se mit à sa poursuite en brandissant son bâton.

L'étrange boule de feu roulait toujours vers l'ouest et Kuafu la poursuivait à toute vitesse à travers les plaines. Kilomètre après kilomètre, il s'en approchait. Mais plus il l'approchait, plus il avait chaud. Il était en nage et les gouttes de sueur voltigeaient autour de lui. N'en pouvant plus, il déchira sa tunique, découvrant ainsi sa forte et rouge poitrine. Supportant la chaleur, il courait et courait toujours.

Kuafu transpirait tellement qu'il lui semblait qu'il allait mourir de soif. Il avait la gorge horriblement sèche. Quelques kilomètres encore et il aurait rejoint le Soleil, mais il n'y parvint pas à cause de la soif.

Il dû s'arrêter et aller à la hâte se désaltérer dans le Huanghe. D'un seul trait, il absorba les eaux du fleuve. Cependant, il avait encore très soif. Il se précipita vers la rivière Wei, mais elle ne suffit pas non plus à étancher sa soif. Il prit le parti d'aller vider un lac du nord. Hélas, trop assoiffé, il ne put l'atteindre et mourut à mi-chemin.

Son bâton, tombé à terre, se transforma en une forêt touffue. Chaque année, les arbres de cette forêt produisent en abondance des fruits désaltérant les hommes qui prennent le frais sous le vaste ombrage.

Kuafu, considérant les difficultés du peuple et négligeant sa peine et sa fatigue, est mort dans l'intérêt de tous. Pourtant, au moment de mourir, il laissa encore un dernier bienfait aux descendants de l'Humanité. Aussi l'exploit de Kuafu est-il resté dans le souvenir des hommes.

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MessageSujet: Re: Légendes de 81 à 90   9/2/2007, 10:12

Jingwei comble la Mer


PARTIE I

Nü Wa, fille cadette de Yandi, le Dieu du Soleil, était naïve, gaie et belle. Elle allait jouer chaque jour sur la plage, au bord de la Mer dont elle aimait voir les flots bleux tumultueux et recueillir les coquillages multicolores éparpillés sur le sable.

Un jour, alors qu'elle allait sortir, sa mère la prévint :
- La tempête menace aujourd'hui, ne va pas à la plage!

Cependant, sourde aux recommandations de sa mère, Nü Wa s'y rendit quand même.

Après avoir ramassé bon nombre de coquillages, elle alla se poster sur la pointe d'un récif. De là, elle pouvait contempler l'écume blanche sur les flots qui venaient se briser contre les rochers et les mouettes, leurs ailes blanches déployées, qui tournoyaient au-dessus de la Mer.

- Ah! Comme la Mer est belle! Je comprends pourquoi mon père venait prendre ici son bain quotidien! Se disait silencieusement la fillette sans s'apercevoir que la tempête menaçait à l'horizon et qu'elle était en train de se ruer vers la côte.

Une bourrasque chaude et humide annonça l'orage. Il arriva si vite que Nü Wa n'eut pas le temps de prendre la fuite. Elle fut emportée par les vagues hautes comme des montagnes qui déferlèrent sur le rivage.

Au plus fort de l'orage, la mère de Nü Wa accourut sur la plage. Le vent hurlait, la pluie tombait à verse. Vacillant sur ses jambes, elle ne pouvait ouvrir ses yeux. Cependant, elle cria de toute la force de ses poumons :
- Nü... Wa !... Nü... Wa !...

Mais nul écho ne répondit à son appel. Elle n'entendit que le hurlement du vent, le crépitement de la pluie et le grondement de la mer.

PARTIE II

Puis, la tempête passa et la Mer peu à peu s'apaisa. Mais, Nü Wa ne revint jamais.

Assise sur le sable de la plage, sa mère pleurait à chaudes larmes, le coeur brisé, le visage défait.

La pauvre petite Nü Wa n'aurait jamais pu imaginer qu'un jour la Mer qu'elle aimait tant deviendrait si féroce et perfide et qu'elle l'emporterait dans son jeune âge.

Après la mort de sa fille, la maman, l'âme indignée et blessée, se transforma en oiseau, l'oiseau Jingwei. C'était un oiseau à tête multicolore, au bec blanc et aux pattes rouges, qui habitait à l'ouest, sur le mont Fajiu. Jingwei nourrissait une haine farouche envers la Mer qui s'était emparée de la jeune Nü Wa.

Elle s'était jurée de venger la petite fille en comblant la Mer perfide. Depuis, jour et nuit, elle transportait dans son bec des branches d'arbre et des pierres qu'elle lâchait au dessus des flots.

Des années et des années durant, Jingwei ne cessa jamais son travail. Combien était-on ému et respectueux devant la noble ambition et la volonté inébranlable de Jingwei !

On dit que, peu après, Jingwei convola avec un oiseau des tempêtes. Ils eurent des fils oiseaux des tempêtes et des filles Jingwei. Les oiseaux des tempêtes, nés d'une mère intrépide, bravaient la tempête chaque fois qu'elle se déchaînait, faisant face aux vagues et traversant les nuages noirs, tournoyant et planant sans relâche au-dessus de la mer démontée en lançant des appels au combat et à la vengeance.

Les filles Jingwei continuèrent la tâche inachevée de leur mère avec la même volonté, transportant, année après année, génération après génération, des branches et des pierres qu'elles jetaient dans la Mer en vue de la combler un jour.

Depuis l'antiquité, on appelle Jingwei "l'oiseau innocent" ou "l'oiseau volontaire", termes qui traduisent pleinement la compassion et l'admiration des hommes pour cet oiseau.

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MessageSujet: Re: Légendes de 81 à 90   9/2/2007, 10:12

L'Archer Céleste Yi et les Dix Soleils


PARTIE I

Sous le règne de l'Empereur Yao, dix Soleils parurent simultanément dans le ciel, causant une terrible sécheresse sur la Terre.

Que s'était-il passé? Jadis, la mère du Soleil Xihe avait eu dix enfants. Ils habitaient à Tanggu, un grand lac situé dans les régions orientales. Les dix Soleils passaient là leurs journées à se baigner et s'amuser; aussi l'eau du lac était-elle bouillante pendant les quatre saisons de l'année. Au centre du lac poussait le grand arbre Fusang, le "lieu où se lève le Soleil". Cet arbre mesurait plusieurs milliers de mètres de haut, et mille personnes ne pouvaient l'embrasser. Sur ses dix énormes branches reposaient les dix Soleils.

Sur l'ordre de l'Empereur Céleste, chaque Soleil allait à son tour éclairer le monde, se levant à l'Est à l'aube et se couchant à l'Ouest au crépuscule après avoir traversé tout le ciel. Ainsi, tous les dix jours, chacun d'entre eux apportait lumière et chaleur aux hommes.

Comme le monde était beau alors, avec ses montagnes altières, ses fleuves impétueux, ses forêts profondes, ses fleurs multicolores et ses champs aux récoltes abondantes!
Vraiment, pour nos dix Soleils, le monde était plus amusant que le lac Tanggu...

Mais ils ne pouvaient s'y rendre qu'une fois tous les dix jours.

PARTIE II

Ces Soleils étaient de tempérament espiègle. Un jour la discussion s'échauffa:
- Le lac Tanggu n'est vraiment pas amusant! Nous y restons neuf jours sur dix, ce n'est pas drôle, se plaignit l'un d'entre eux.
- C'est vrai! Nous sommes sévèrement surveillés, nous ne pouvons pas aller où nous voulons, je trouve cela injuste! Renchérit un autre.
- Ces règlements sont raisonnables, intervint un troisième, si nous allons tous ensemble sur la terre, la chaleur y sera insupportable.

A ces mots, le premier Soleil se fâcha:
- Raisonnable! Raisonnable! Faire ce que nous voulons, voilà ce qui est raisonnable!
C'est insupportable de toujours rester ici! Et si, à partir de demain, nous allions jouer tous ensemble?
- D'accord! Répondirent en choeur les neuf autres Soleils.

Le lendemain, les dix Soleils quittèrent le lac Tanggu au mépris des ordres de l'Empereur Céleste.

Lorsqu'un seul Soleil apparaissait dans le ciel à l'aube, tout était normal. mais lorsque ce jour-là, les dix Soleils se levèrent simultanément, ils dégagèrent une chaleur torride: Tous les cours d'eau furent asséchés, les champs brûlés se crevassèrent, les arbres et les céréales se desséchèrent et les hommes durent se réfugier dans des grottes, n'osant plus en sortir.

Mais les dix Soleils s'amusèrent comme si de rien n'était. Ils étaient même ravis de leur mauvais tour.

PARTIE III

L'Empereur Yao, qui régnait à cette époque sur la Chine, habitait une chaumière et menait la vie simple et sobre du peuple. Ayant à coeur les intérêts de son peuple, il demanda aux Soleils de se retirer immédiatement, au risque d'anéantir toutes les espèces vivantes sur terre. Mais les Soleils n'en eurent cure et continuèrent à s'amuser.

L'Empereur Yao fut obligé d'intercéder pour son peuple auprès de l'Empereur Céleste. En apprenant que les dix Soleils avaient transgressé ses ordres, l'Empereur Céleste se mit dans une colère noire. Il fit appeler Yi, l'archer céleste.
- Les fils de Xihe ont trahi leur serment, lui dit-il. Ils sont sortis tous ensemble, causant de graves sécheresses. Voici un arc rouge et un carquois de dix flèches blanches. Va et chatie-les comme il se doit!

PARTIE IV

Obtempérant à l'ordre de l'Empereur Céleste, Yi prit son arc et ses flèches et descendit immédiatement sur Terre.

Les souffrances du peuple écrasé par la chaleur des Soleils l'affligèrent beaucoup. Il leva la tête, défia du regard les dix Soleils et, sans dire un mot, saisit son arc et le banda. La flèche partit comme une étoile filante. Une violente déflagration se répercuta dans le ciel, le Soleil touché par la flèche de Yi se changea en une boule de feu et tomba. Les autres prirent la fuite. Mais Yi visa le deuxième Soleil, puis le troisième, le quatrième... Ils tombèrent l'un après l'autre. Au moment où il retirait la dixième flèche de son carquois, l'Empereur Yao retint son bras :
- Arrête! Lui dit-il, tous les êtres vivants ne peuvent vivre ni se multiplier sans Soleil. Epargne le dernier. Yi acquiesça en silence.

Après avoir fait disparaître les neuf Soleils, la température redevint normale. les hommes purent sortir de leurs abris, labourer la terre, moissonner, chasser, réparer et construire leurs maisons. Ils menaient à nouveau un vie paisible.

Sa mission accomplie, Yi s'apprêta à retourner au ciel. Mais, pleins de gratitude, les hommes le retinrent auprès d'eux et émirent l'espoir qu'il restât quelques jours de plus sur Terre. On avait encore besoin de lui pour venir à bout d'autres calamités. Yi accepta sans rien dire...

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MessageSujet: Re: Légendes de 81 à 90   9/2/2007, 10:13

Yi abat le Démon des Eaux


Alors que la sécheresse était vaincue, le Démon des Eaux Hebo apparut. Prenant la forme d'un Dragon blanc, il entraînait partout sur son passage de grandes inondations, ravageant les champs, détruisant les maisons et noyant les hommes et le bêtes.

Les méfaits de Hebo parvinrent aux oreilles de l'Empereur Yao. Inquiet pour son peuple, l'Empereur demanda à Yi de chasser le démon. L'archer céleste accepta de bon coeur.

Un jour, Yi arriva sans bruit au bord des eaux et se posta derrière un grand saule en attendant l'arrivée de Hebo. Peu après, un Dragon blanc approcha en soulevant d'énormes vagues qui inondaient tout sur leur passage. Lorsque le démon fut assez proche, Yi lui décocha une flèche qui atteignit Hebo dans l'oeil gauche. Un cri déchirant se fit entendre, et le Dragon disparut dans les eaux en enroulant son immense queue.

Blessé, Hebo alla se plaindre devant l'Empereur Céleste.
- Yi n'avait aucune raison de s'en prendre à moi! Les eaux sont ma demeure et je ne le gênais pas. Or, il m'a blessé l'oeil d'une flèche. Majesté, je réclame sa mort en réparation. Sinon, pourrait-on encore parler de justice céleste?

L'Empereur Céleste, qui connaissait le fond de l'histoire, rétorqua à Hebo :
- En tant que Démon des Eaux, tu pourrais apporter le bonheur au peuple. Mais au lieu de cela, tu te transformes en Dragon et sèmes le désordre dans le monde. Le châtiment de Yi était pleinement justifié!

Hebo ne trouva rien à redire et retourna au fond des eaux pour soigner sa blessure. On ne le revit jamais plus provoquer des inondations.

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MessageSujet: Re: Légendes de 81 à 90   9/2/2007, 10:14

Yi et les Monstres


PARTIE I

Yi menait une vie paisible sur Terre. Le peuple l'aimait et le respectait. Bravant de nombreux dangers, il enraya tous les fléaux qui s'étaient abattus sur le peuple.

Yi aimait beaucoup chasser. Il allait souvent dans les hautes montagnes et les grandes forêts poursuivre les bêtes sauvages. En ce temps-là, le pays était infesté d'animaux sauvages. Nombreux étaient les hommes dévorés par les bêtes! Sans parler de tous les monstres contre lesquels le peuple ne pouvait résister. Yi décida alors de les exterminer.

Dans les plaines centrales vivait le monstre Yayu. Il ressemblait à un boeuf, couvert de poils longs et rouges, avec un visage humain et des sabots de cheval. Son cri ressemblait aux pleurs d'un enfant. Féroce, doté d'une force prodigieuse, il se déplaçait très vite, pénétrant parfois la nuit dans les villages où il détruisait les maisons et attaquait les gens. Nombre d'habitants furent ainsi dévorés.

Yi, fort de son adresse au tir à l'arc, décida de le tuer à distance.
Un jour, d'après les renseignements donnés par les habitants, il se rendit dans une haute montagne à la recherche de Yayu. Il arriva bientôt dans une profonde vallée, jonchée de crânes et d'ossements humains. Le monstre Yayu était là, couché sur une grande dalle de pierre, en train de dévorer ses dernières proies. Yi, qui avait de la peine à contenir sa colère, banda son arc, visa une seconde et lui décocha une flèche mortelle. Atteint en pleine figure, Yayu poussa un cri épouvantable et rendit son dernier soupir.

Dès lors, la population des plaines centrales mena une vie paisible.

PARTIE II

Cependant, dans les plaines du sud, vivait le monstre Zuochi, pourvu de dents redoutables de deux mètres de long, dures comme du fer et tranchantes comme des sabres. Zuochi vivait dans l'eau, guettant les passants sur lesquels il se jetait brusquement et qu'il entraînait au fond des eaux pour les dévorer. Comme sa peau était très épaisse et dure comme une armure, Yi attendit que Zuochi ouvrit toute grande sa gueule pour lui décocher une flèche qui s'enfonça profondément dans sa gorge. Le monstre mourut en poussant un râle de douleur.

Toujours dans le sud, sur les rives de la rivière Xiong-shui, vivait un autre monstre, Jiuying, qui causait des ravages parmi la population riveraine. Jiuying avait neuf têtes, crachait du feu ou de l'eau, et faisait preuve d'une grande férocité. Si on le blessait ou arrivait à lui couper une tête, non seulement il ne mourait pas, mais il se jetait férocement sur son agresseur. Yi décocha neuf flèches dans les neuf têtes avec une telle rapidité que le monstre Jiuying n'eut pas le temps de réagir et mourut sur le champ.

Au bord du lac Dongting, non loin de la rivière Xiong-shui, vivait Bashe, un python monstrueux qui pouvait avaler d'un seul coup un éléphant adulte. Il recrachait les os après trois années de digestion. Ces os d'éléphants étaient un bon médicament pour toutes les maladies de coeur et d'estomac. Mais Bashe était inabordable. Féroce, il semait la terreur partout sur son passage, avalant tous les êtres vivants. Après un combat acharné, Yi parvint à le tuer. Une montagne d'os s'amoncela. On appela cet endroit le Tombeau Ba.

PARTIE III

Après avoir tué les monstres du Sud, Yi retourna dans le Nord. En traversant les régions de l'Est, il apprit qu'un grand oiseau, Dafeng, causait de grands ravages. Quand il volait, ses ailes couvraient la moitié du ciel et leurs battements déchaînaient des tempêtes qui déracinaient de nombreux arbres et emportaient des centaines de maisons. Dafeng, qui s'attaquait aussi aux hommes et aux bêtes, volait très bien et il était difficile de l'atteindre. Lorsqu'on le blessait d'une flèche, il s'enfuyait au loin, pour revenir plus tard recommencer ses raids meurtriers. Mais Yi trouva une parade. Il attacha un fil à l'empenne de la flèche et, quand cette dernière atteignit l'oiseau, celui-ci ne put s'enfuir. Yi ramena Dafeng sur terre et le tua d'un coup d'épée. Les anciens propagèrent cette ingénieuse méthode pour la chasse des grands prédateurs.

Près de Sangcun, un village des régions occidentales, Yi tua le sanglier géant fengxi et le renard fenghu qui pouvait se métamorphoser en homme.

En exterminant tous ces fléaux, Yi apporta une immense contribution au peuple chinois. C'est pourquoi son souvenir et la vénération dont il est l'objet se sont perpétués de génération en génération.

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