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 Légendes de 71 à 80

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Rhadamante

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MessageSujet: Légendes de 71 à 80   9/2/2007, 09:56

La Bataille des Taureaux


PARTIE I

A l'Ouest du village de Xibeima du bourg de Nanloudi dans le district d'Anguo dans le Hebei, il y a un chemin qui s'appelle le Chemin des Taureaux. A ce que l'on dit, lors de la Bataille des Taureaux, Yang Liulang fit passer ces derniers par ce chemin.

Yang Liulang avait fait stationner des troupes dans le district de Renqiu. Ayant reçu l'ordre de ses chefs de secourir Baozhou (Baoding actuel dans le Hebei), il déplaça rapidement ses troupes à Baozhou pour combattre les ennemis. Attaqués par surprise par ces derniers, ils subirent un échec entraînant des pertes sévères, et furent obligés de se retirer dans le village de Xibeima du district d'Anguo pour y recruter des hommes afin d'aller affronter les ennemis.

Malgré l'augmentation de ses effectifs, ses forces restaient encore insuffisantes. Les ennemis pouvaient les poursuivre dans leur retraite d'un jour à l'autre. Que faire? Yang Liulang se creusa la tête et trouva enfin une bonne idée. Il acheta plusieurs centaines de taureaux, les fit attacher dans un bois, sans leur donner du fourrage pendant quelques jours; puis il ordonna à ses subordonnés de mettre dans les champs plusieurs centaines d'épouvantails faits avec de la paille qui furent remplis de fourrage fin comme du haricot noir, du soja et du sorgho; en outre, on leur fit porter des vêtements et des chapeaux semblables à ceux de l'ennemi.

Plusieurs dizaines de "mu" de terres étaient maintenant noires d'épouvantails qui ressemblaient vraiment à les voir de loin, à des ennemis en train d'approcher.

Après avoir pris ces dispositions, on conduisit les taureaux déjà affamés dans les champs de mannequins.

PARTIE II

Une fois que les bêtes sentirent l'odeur du haricot noir, ils déchirèrent les vêtements des épouvantail et mangèrent ce qu'il y avait dedans sans rien laisser. Et il ne resta finalement par terre que des chapeaux et des vêtements en lambeaux.

Cet exercice fut répété par deux fois, et c'est alors que Yang Liulang reçut tout à coup la nouvelle que les ennemis descendaient déja dans le sud, c'est à dire vers leur camp. Alors ils se hâtèrent d'enfermer les taureaux dans une enceinte à l'intérieur du bois sans leur donner de quoi manger, et ils attachèrent deux couteaux aux cornes de chaque animal. Tout était prêt pour attendre que l'ennemi vienne s'exposer à la mort.

Deux jours après, plusieurs milliers d'ennemis arrivèrent prêts à les attaquer. Yang Liulang, sans s'affoler, les guettant de son poste de commandement jusqu'à ce qu'ils soient assez proche de son piège, transmit l'ordre à ses soldats de se tenir prêts à conduire les taureaux. Les soldats ennemis arrivèrent bientôt aux abords du village de Xibeima.

Comme leur habillement était tout à fait semblable à celui des épouvantails, les taureaux excités commencèrent à creuser la terre avec leurs sabots, brûlant d'aller manger à satiété.

Les Soldats de Yang Liulang les lâchèrent. Alors, tout le troupeau dont chaque bête avait ses deux couteaux fixés aux cornes, vola directement dans la foule de l'ennemi. ILs en attrapèrent un et le firent tomber. Une fois qu'ils sentirent que celui-ci n'était pas du fourrage, ils en attrapèrent un autre et le renversèrent encore. C'est ainsi que chaque taureau fit tomber et tua plusieurs soldats ennemis.

En moins de temps qu'il n'en faut pour un repas, des ennemis éventrés étaient couchés pêle-mêle sur le sol sur une dizaine de "li".

En ne voyant que des taureaux les combattre, les survivants furent tellement terrifiés qu'ils s'enfuirent dans toutes les directions.

Dès lors, le nom de Chemin des Taureaux est demeuré jusqu'à nos jours.

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MessageSujet: Re: Légendes de 71 à 80   9/2/2007, 09:57

La Stratégie des Petits Pains


PARTIE I

Lorsque les troupes des Taiping attaquèrent Hangzhou pour la deuxième fois, elles assiégèrent la ville pendant deux mois de suite. Les soldats gouvernementaux des Quing, enfermés dans la cité et donc coupés de tout ravitaillement, avaient entièrement vidé la ville de céréales et auraient fouillé dans les trous de rats pour en découvrir un grain.

La famine était insupportable et ils en souffraient tellement qu'ils enfoncèrent les portes des boutiques de sauces et de condiments, où ils dévorèrent tout: concombre salé, fromage de soja fermenté, sauce de soja, vinaigre...

Faute de mieux, ils pillèrent même les pharmacies et y prirent tout ce qui pouvait remplir leur estomac vide: igname, réglisse, angélique...

A la fin, on ne trouvait absolument plus rien à manger dans la ville. Alors ces soldats, crevant de faim, les yeux ternes, s'étendaient çà et là sur la muraille, tout haletants.

A l'extérieur de la muraille, c'était un tout autre spectacle: dans les Dépôts sacrés (dépôts de munition et de vivres des Taiping) s'entassaient le grain et le fourrage. Venus des environs, groupe par groupe, les villageois apportaient sans discontinuer riz, légumes, porc, mouton pour réconforter les troupes des Taiping.

A ce moment-là, sur une colline à l'extérieur de la porte Fengshan campaient dix mille soldats conduits par un général des Taiping qui avait pour tâche d'enfoncer la porte.

PARTIE II

Un jour à midi, le commandant de l'Armée des Taiping vint là en tournée d'inspection. Il sentit une odeur fort appétissante, et demanda à un soldat qui se trouvait près de lui :
- Oh, ça sent bon ! Qu'allez-vous manger de bon à midi ?

- Votre Excellence, on nous prépare des petits pains à la vapeur, farcis de viande de porc et de poireau, répondit le soldat.

- Combien de petits pains avez-vous chacun ?

- Oh ! on en mangera autant qu'on voudra.

Eclatant de rire, le commandant fit remarquer :
- Mes frères, quand on a de quoi manger, il ne faut pas oublier les souffrances de la faim.

- Soyez tranquille ! Nous n'oublierons jamais les paroles sacrées de notre Roi céleste:
"Que tous soient égaux en tout, que chacun mange à sa faim..."

Tout souriant, le commandant acquiesça d'un signe de tête et entra dans la tente où le général lui fit son rapport:
- On prépare des petits pains à la viande pour que nos frères mangent tout leur content. Après le déjeuner, battant le fer pendant qu'il est chaud, nous organiserons le nouvel assaut. Nous sommmes résolus à prendre la ville aujourd'hui !

Le commandant secoua la tête et dit :
- A mon avis, ce n'est pas la peine d'organiser l'assaut pour cet après-midi. Demandez à nos hommes de garder chacun deux petits pains, et qu'ils se rassemblent avec leur provision après le déjeuner ! J'aurai à leur parler.

Lorsque le général conduisit le commandant devant le rassemblement, flèche sur l'arc, couteau sortant de sa gaine, poings serrés, tous les soldats étaient prêts au combat. Le commandant prit la parole :
- Mes frères, les soldats Qing souffrent horriblement de la famine comme des poux affamés. A quoi bon se battre avec des gens comme eux ?

Les auditeurs se retenaient de rire, mais il continua:
- Ces soldats Qing sont nos adversaires aujourd'hui. Ils seront nos amis demain, lorsqu'ils ouvriront la porte et se rendront. Ils sont à l'origine comme nous de pauvres gens qui ont été opprimés par le gouvernement. Mes frères, nous annulons le combat de cet après-midi.

Ces paroles soulevèrent une discussion animée parmi les assistants. Les uns soutenaient le point de vue du commandant, les autres étaient sceptiques, comment pourraient-on prendre la ville sans combattre ?

le commandant expliqua :
- Mes frères, les soldats Qing sont si affamés qu'ils n'ont même pas la force d'ouvrir la porte pour se rendre. Nous mettrons de côté chacun deux petits pains pour leur donner à manger.

PARTIE III

Quelle chose étrange! Epargner des vivres pour nourrir l'adversaire! Mais comment lui faire parvenir les petits pains puisqu'il était derrière la muraille? Le commandant eut une idée: il demanda aux soldats d'enlever la pointe de leur flèche et de la remplacer par deux petits pains.

Sur l'ordre du commandant, une dizaine de milliers de flèches avec des pains embrochés filèrent par-dessus la porte Fengshan. Des soldats Taiping crièrent en même temps:
- Soldats Qing, mangez bien et ouvrez-nous la porte! Les pauvres ne se battent pas entre eux; à quoi bon vous sacrifier pour l'Empereur Xianfeng! Tuez les mandarins! Ouvrez la porte et venez manger chez nous des petits pains à la viande!

Les soldats Qing sentaient depuis un moment déjà l'odeur appétissante de la viande et du poireau. Et maintenant des pains leur tombaient du ciel. Les soldats affamés s'en emparèrent et les avalèrent avidement. Un soldat découvrit soudain que les flèches étaient sans pointe et s'écria:
- Regardez mes frères, les soldats des Taiping nous ont envoyé des pains avec des flèches sans pointe de crainte de nous blesser.
Quels braves gens! Révoltons-nous! "Révoltons-nous, REVOLTONS-NOUS!"
.................................................

Un prend l'initiative, des milliers lui répondent. La porte Fengshan est ouverte la première, puis deux autres. Les soldats Qing descendent de la muraille, se précipitent vers leur caserne et y mettent le feu, brûlant dedans leur commandant qui avait commis toutes sortes de crimes.

Ils encerclent le siège de l'administration du préfet. Le rusé représentant de l'Empereur se voit obligé de se pendre dans les latrines.

L'officier en chef des quatre portes de la ville est tué par les soldats révoltés qui ouvrent toutes grandes les portes et font un accueil triomphal aux troupes des Taiping à leur entrée dans la ville.

Les Taiping prirent ainsi facilement la ville de Hangzhou contre vingt milles petits pains à la viande.

Depuis lors, on appelle le monticule où les Taiping firent leur cuisine "La colline des petits pains".

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MessageSujet: Re: Légendes de 71 à 80   9/2/2007, 09:57

Le Lac Ding et les Lotus Dorés


PARTIE I

En l'an 2637 avant notre ère, notre ancêtre Xuan Yuan, l'Empereur Huangdi, montait sur le trône. Pour célébrer sa victoire sur Chi You, l'Empereur Huangdi fit fondre un grand vase tripode haut de 33 pieds.

Le jour dit, de tous les coins du pays, les habitants vinrent par milliers assister à la cérémonie. Nombreuses furent aussi les divinités du Ciel présentes. Les tambours célestes et les cloches divines résonnaient à des lieux à la ronde; les arcs-en-ciel brillaient de mille éclats dans le ciel; partout, des fleurs aux mille couleurs s'épanouissaient; les Dragons volaient et les tigres bondissaient, les oiseaux voletaient et chantaient; les fées dansaient dans le ciel, tandis que les dignitaires et les citoyens levaient au ciel leurs coupes de vin. Tout le pays était plongé dans l'allégresse.

A midi, une lumière étrange brilla soudain dans le ciel: des nuages colorés se formèrent, qui se dispersèrent peu à peu au loin; c'est alors qu'apparut un grand Dragon rouge, qui majestueusement descendait, faisant miroiter comme de l'or au soleil ses écailles flamboyantes.

Le Dragon alla poser sa tête sur le vase précieux; les barbes frôlaient la terre, tandis que son corps se balançait toujours dans le ciel.

A l'instant même, les chants et les danses s'arrêtèrent, les oiseaux rares et tous les animaux, les dignitaires et les citoyens, tous fixèrent leurs regards sur le Dragon céleste.

A sa vue, l'Empereur Huangdi éprouva une violente émotion. Il avait en effet compris que le Dragon était là pour lui, qu'il était venu le chercher pour le conduire au ciel.

IL posa les pieds sur un lotus doré. Celui-ci le hissa sur le dos du Dragon rouge, et la céleste monture vira lentement et reprit le chemin des airs...

PARTIE II

A la vue de l'Empereur Huangdi qui montait au ciel, nombreuses furent les personnes, qui voulurent partir avec lui, et se pressèrent vers le Dragon, cherchant à qui mieux mieux à s'agripper à ses longues barbes.

Ils s'accrochèrent très nombreux, aussi pas mal de barbes se trouvèrent-elles arrachées.

Le jour même où il avait rassemblé tous ses dignitaires et son peuple, l'Empereur Huangdi, monté au ciel, devint Immortel. L'on donna un nouveau à la ville: Xiandu, "capital de l'Immortel". Xiandu existe encore de nos jours: au Zhejiang, dans le district de Jinyun.

Au sommet de la montagne dite des Cimes Rouges, hautes de quelques mille pieds, l'on peut encore apercevoir la trace du grand tripode qui y fut déposé par l'Empereur Huangdi. Le vase était tellement lourd, qu'à son emplacement une fosse s'est creusée. Avec le temps, la fosse se remplit d'eau, et les gens l'appelèrent "Le Lac Ding".

Entre temps, le lotus où l'Empereur avait posé ses pieds, s'était reproduit et les lotus recouvraient nombreux les abords du lac, et leur parfum délicat embaumait l'air.

Leurs couleurs fraîches attirèrent les regards des gens qui vinrent en foule les cueillir. Un génie céleste assista à la scène et, d'un coup de vent emporta tous les lotus au ciel.

Mais deux pétales, légers et soyeux, volèrent en d'autres directions. L'un alla se poser au sommet d'une montagne, dans le district de Dongyang. Le pétale grossissait de jour en jour et la nuit scintillait de mille lumières.

Emerveillés, les gens l'appelèrent "Jinhua" (Fleur d'Or). Sur ce même lieu se dresse aujourd'hui le mont Jinhua; à ses pieds, s'étend encore le district du même nom.

L'autre pétale alla se poser sur le mont Xiandu et grossit jusqu'à devenir la pierre de base du pavillon Wenyu, dite "Pierre des Lotus Verts".

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MessageSujet: Re: Légendes de 71 à 80   9/2/2007, 09:58

Shi Xuanzhao


PARTIE I

Shi Xuanzhao était un moine pratiquant la vie religieuse dans la vallée des Pies Blanches du Mont Songshan. Homme sans pareil dans le milieu bouddhique pour sa vertu et ses connaissances, il prononçait des sermonts sur le soutra de Lotus. En dépit des rigueurs de l'hiver ou de la canicule, la salle était toujours pleine de monde. Parmi les auditeurs, il remarqua trois vieillards à la barbe et aux sourcils blancs et à l'allure étrange, qui l'écoutèrent pendant plusieurs journées avec la même concentration. Ce qui lui parut bizarre. Un matin, ceux-ci vinrent se présenter à lui.

- Nous, vos humbles disciples, dirent-ils, sommes des Dragons. Nous avons chacun une fonction à laquelle nous consacrons toutes nos peines depuis des milliers d'années. Nous avons profité de vos leçons sans pouvoir vous remercier. Nous vous prions donc de nous donner une indication afin que nous puissions vous rendre quelque service, si mince, soit-il.

Le moine dit :
- A l'heure actuelle, le soleil est exceptionnellement torride pour la saison, et sécheresse et famine sévissent dans le pays. Je serais exaucé si vous pouviez envoyer une pluie opportune.

Et les trois vieillards de répondre :
- c'est facile de rassembler des nuages et faire tomber la pluie. Seulement celle-ci est réglée selon une discipline rigoureuse; sans un ordre de là-haut, nous risquerions la peine capitale. Voilà ce qui nous rebute. Nous pensons à une solution envisageable. Etes-vous enclin à nous prêter main forte ?

- Je vous prie de me faire savoir cette solution.

- Monsieur Sun Simiao* habite dans la montagne Shaoshi, c'est un homme jouissant d'un considération et d'un pouvoir étendu. Lui seul est à même de nous faire échapper à la punition. Accepteriez-vous de vous déranger pour solliciter sa protection ? Si oui, la pluie viendra vite !

- Je sais que Monsieur Sun habite dans cette montagne, mais je le connais mal. Est-ce que cela vaut vraiment la peine ?

- La bienfaisance de Monsieur Sun est incommensurable. Il est l'auteur du "Précis des recettes et des plantes médicinales"(*) dont mille générations à l'avenir seront les bénéficiaires.

Son nom figure dans le registre du Palais de l'Empereur Céleste de Jade. C'est vraiment un homme d'une grande noblesse. Il suffira d'un mot de lui pour que nous en sortions sains et saufs. Seulement, il faut obtenir la promesse avant d'agir.

(* Véridique, Sun Simiao était un célèbre savant de la dynastie des Tang (618-907) son ouvrage mentionne plus de 800 plantes)

PARTIE II

Ceci dit, les trois vieillards expliquèrent la démarche à suivre à Xuanzhao. Celui-ci se rendit donc à la demeure de Simiao. Il s'y comporta avec respect et s'exprima avec sincérité. Puis il se recueillit longtemps avant de dire :
- L'on sait, Monsieur, votre vertu de sage, votre magnanimité de sauveur. Aujourd'hui, le soleil a tué tous les jeunes plants, la population exténuée crie son désespoir. C'est le moment d'exercer charité et bienveillance. Je sollicite votre générosité pour sauver les hommes du péril et de la pénurie.

Siamo répondit :
- Simple ermite de la montagne, je suis dépourvu de toute possibilité. Que puis-je faire pour eux ? Je ne m'épargnerai pas si je peux leur être utile, d'une façon ou d'une autre.

- Le modeste moine que je suis, poursuivit Xuanzhao, ai rencontré hier trois Dragons. Je leur ai demandé de faire venir la pluie, leur réponse fut que sans l'ordre de l'Empereur Céleste de Jade, ils risquent irrévocablement la mort. Grâce à votre prestige et à votre mérite, vous êtes de force à les faire exempter de ce châtiment. Ils m'ont confié cela et attendent humblement votre décision.

- Qu'ils agissent de leur mieux, je me mets à votre disposition et ferai mon possible.

- Après la pluie, reprit Xuanzhao, les trois Dragons viendront se réfugier dans l'étang derrière votre demeure. Lorsque viendra un homme de physionomie insolite pour les arrêter, je vous prie de lui expliquer les faits et de le congédier.

Sun Simiao donna sa promesse et le moine prit le chemin du retour. Il vit les trois vieillards se tenant sur le côté de la route. Xuanzhao leur transmit la parolede Simiao, et ceux-ci lui promirent une pluie qui durerait le jour et la nuit, sur une étendue de mille lis. Ce fut en effet ce qui se passa à l'heure indiquée, et une vaste superficie de terre fut abondamment arrosée.

PARTIE III

Le lendemain, Xuanzhao vint encore chez Simiao. Tous deux se mirent à causer lorsqu'entra un homme à l'aspect peu commun. Il se dirigea droit vers le bord de l'étang, cria d'une voix rauque. L'eau se transforma instantanément en glace. Trois loutres, une blanche et deux noires, en sortirent. L'homme les attacha à une ficelle rouge et s'apprêta à partir. Simiao le fit venir et lui dit :
- C'est vrai que les trois bêtes ont commis hier un crime que même la mort ne saurait racheter. Mais c'est pour répondre à ma volonté qu'elles ont enfreint l'ordre céleste. Je vous prie de me faire la grâce de les relâcher et de présenter mes excuses sincères en haut lieu afin que soit levée la lourde punition qui pèse sur elles.

L'homme s'inclina, libéra ses prisonniers et s'en fut avec sa ficelle rouge. Un instant plus tard, les trois vieillards vinrent remercier Simiao et lui proposèrent une récompense. Sun Simiao répondit :
- Tout devient inutile dans ma demeure de la montagne. Je n'ai besoin de rien.

Le trio s'adressa alors à Xuanzhao pour connaître ses voeux. Celui-ci dit aussi :
- Un montagnard comme moi n'a d'autre besoin que de manger et s'habiller. A part cela on ne demande rien. Ce n'est pas nécessaire de me récompenser.

Comme tous trois insistèrent encore, Xuanzhao dit :
- Il y a une montagne qui bouche le chemin devant mon temple, est-ce que vous pourriez la déplacer pour dégager la route ?

- Rien n'est plus facile ! Mais ne nous en veuillez pas trop si vous êtes dérangé par le vent et la foudre.

La nuit même, le monde fut ébranlé par le tonnerre et la foudre. Lorsque vint le matin et que le brouillard se dissipa, la vue devant le temple se trouva entièrement libre. On pouvait distinguer comme sa paume les perspectives à plusieurs lis de distance.

Le trio revint encore une fois remercier Xuanzhao et prendre congé de lui. Ayant eu la noblesse de décliner toute offre, Sun Simiao était bien l'homme supérieur que l'on disait.

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MessageSujet: Re: Légendes de 71 à 80   9/2/2007, 09:59

Bai Juyi à Hangzhou


PARTIE I

Il y a bien longtemps, une sécheresse terrible sévissait à Hangzhou. Aux environs du Lac de l'Ouest, la terre se fendait en crevasses, les plantes commençaient à se flétrir faute d'eau.

Les paysans, fort inquiets pour leur subsistance, se virent obligés d'aller présenter une supplique aux autorités compétentes pour les conjurer de les laisser irriguer les champs avec l'eau du lac. Cependant, les dignitaires corrompus, qui ne savaient que s'adonner aux plaisirs, ne prêtaient aucune attention aux prières du peuple.

Un jour, les villageois se rassemblèrent spontanément à la porte du bâtiment officiel pour supplier avec plus d'insistance:
- Ayez pitié de nous, magistrat! Permettez-nous d'irriguer les champs avec l'eau du lac! Nous allons périr si vous nous refusez de l'eau, de l'eau! criaient-ils sans cesse.

La tête fatiguée par leurs cris, le magistrat dut se présenter devant la foule, il gronda:
- Qui demande d'irriguer les champs avec l'eau du Lac de l'Ouest? Et où les poissons s'abriteraient-ils si le lac était desséché?

- Oh vénérable magistrat, voudriez-vous nous dire lequel est le plus urgent à sauver, du poisson ou de l'homme rétorquèrent les villageois en choeur.

Le magistrat ne trouva d'abord rien à répondre, mais il ne se tint pas pour battu, et avança un deuxième prétexte ridicule pour refuser:
- Qui demande d'ouvrir les écluses du Lac de l'Ouest? Si le lac était desséché, les lotus et les châtaignes d'eau ne se flétriraient-ils pas?

- Mais lequel est indispensable à l'homme, le riz ou les lotus? lancèrent les villageois presque d'une seule voix.

Le magistrat en eut la gorge nouée et ne put trouver un mot à répondre.

Juste à ce moment-là, une voix se fit entendre dans la foule:
- Voilà qui est bien dit et fort raisonnable!

En tournant la tête, les villageois virent un homme dans la cinquantaine, le menton orné d'une longue barbe, la tête couverte d'une coiffure carrée en étoffe, un manteau noir sur les épaules et un air amène sur le visage.

A la vue de cet inconnu, le magistrat entra tout de suite en fureur, et l'apostropha d'une voix tonnante:
- Quoi, qu'est-ce que tu as dit? J'ai tout compris maintenant, c'est toi qui a incité la foule à se rassembler ici!

L'homme l'interrompit:
- Non, vous faites erreur! Je viens d'arriver ici. Mais je me demande si toi, en tant que magistrat, tu n'aurais pas le devoir d'écouter la plainte du peuple?

PARTIE II

Haussant les sourcils, le magistrat, lui demanda brutalement:
- Qui es-tu?

- Je ne suis autre que Bai Juyi*.(*772-846, célèbre Poète de la Dynastie des Tang)

A ce nom de Bai Juyi, le magistrat devint tout pâle, descendit en hâte de son perron, et alla saluer le voyageur, s'inclinant bien bas et implorant son pardon:
- Oh, mon dieu, excusez-moi, préfet Bai, je ne vous avais pas reconnu; si j'avais été averti de votre arrivée, j'aurais été à votre rencontre vous accueillir. Voulez-vous passer dans la salle de réception pour vous reposer un peu?

Bai, récemment nommé préfet de Hangzhou, s'était rendu dans la ville pour y prendre ses fonctions et, pour se renseigner directement auprès des habitants, il n'avait pas revêtu les habits insignes de son grade.

Dès qu'il fut entré en fonction le lendemain, il émit un décret ordonnant d'ouvrir les écluses du Lac de l'Ouest pour arroser les champs. En contemplant l'eau limpide qui coulait joyeusement dans les rizières, les villageois disaient avec reconnaissance:
- C'est le préfet Bai qui nous a sauvés, nous autres, pauvres paysans!

Peu de temps après son arrivée, Bai Juyi commença à se rendre chez les paysans pour faire des enquêtes sur leurs conditions de vie. Enfin, pour répondre à la demande des habitants de Hangzhou, une digue et une écluse furent construites l'année suivante, de sorte que le Lac de l'Ouest pût avoir de l'eau en abondance en toute saison.

En outre, de peur que ses successeurs ne comprennent pas l'importance de la digue pour les paysans, Bai Juyi composa un récit dans lequel il relatait en détail le rôle de la digue, les moyens de la protéger et la manoeuvre des vannes de l'écluse. Sur son ordre, ce récit fut gravé sur une stèle érigée sur les lieux.

Quand les habitants y lisaient des indications sur le volume d'eau nécessaire pour irriguer une superficie donnée de champs, ils étaient tous profondément touchés. Beaucoup proposèrent donc d'écrire à l'Empereur pour lui demander de promouvoir Bai Juyi selon ses mérites.

Celui-ci connaissait bien les souffrances des pauvres pour lesquels il éprouvait une profonde sympathie, comme en témoignent les vers suivants:

Les impôts écrasants engendrent la pauvreté;
Les champs assoiffés, la famine vient menacer.
Que ce lac plein d'eau que je vous ai laissé
Puisse vous sauver les années de calamités!

PARTIE III

Au cours des trois ans qu'il fut préfet de Hangzhou, Bai se montra très exigeant quant au contrôle du Lac de l'Ouest. Une fois, lors d'une promenade au bord du lac, il aperçut par hasard des gens en train de transporter de la terre dans le lac probablement pour y bâtir un pavillon et une villa.

Il envoya donc ses serviteurs aux informations et, quand on lui apprit que c'était le beau-père du haut magistrat local qui se faisait construire un jardin, il le fit comparaître devant le tribunal.
- le Lac de l'Ouest appartient à tous, comment pourrais-tu t'en approprier une partie? Je te condamne à défricher cent mous de terre inculte!

Le vieillard, comprenant que Bai n'avait qu'une parole, se vit obligé de recruter de la main-d'oeuvre pour s'acquitter de son amende.

Une autre fois, au retour d'une promenade sur le sentier de Lingyin, Bai, voyant un homme qui avait abattu deux arbres, vint à lui et l'interpella:
- Si les arbres étaient tous coupés, la terre et le sable ne seraient-ils pas emportés par les torrents dans le lac? Comme punition, je te demande d'en planter dix.

L'homme , n'ayant pas le choix, s'en fut, pour racheter sa faute, planter dix arbres.

Depuis lors, personne n'osa plus empiéter sur le lac pour construire une maison ou couper des arbres sur les collines.

Si Bai Juyi aimait les habitants de Hangzhou, il adorait les paysages du Lac de l'Ouest. Chaque fois qu'il se trouvait libéré des affaires d'Etat, il était heureux de faire une promenade sur la digue Baisha (la Digue de Sable blanc) ou au pied de la colline Solitaire, pour se griser des beautés de la nature.

A la vue des traînées de brume flottant sur le lac au doux clapotis et des saules au tendre feuillage agités par la brise, il se sentait aussitôt saisi par l'inspiration poétique. Au temps où il était préfet de Hangzhou, il a donc composé un grand nombre de poèmes où il évoque les paysages du Lac de l'Ouest auxquels sa plume donne encore plus de charme et de poésie.

PARTIE IV

Un jour qu'il chevauchait sur la digue Baisha en revenant du Temple de la colline Solitaire, Bai Juyi se sentit tout à coup emporté par l'inspiration et improvisa les vers suivants:

Au nord, le Temple de la colline Solitaire, à l'ouest le pavillon Jia;
La brume flotte sur la surface lisse du lac.
Au matin, les rossignols se disputent les arbres ensoleillés,
De quel toit viennent ces hirondelles qui picorent la boue printanière?
Toutes sortes de fleurs s'ouvrent, éblouissant les yeux.
L'herbe nouvelle cache à peine les sabots des chevaux.
Je ne me lasse pas de me promener sur la rive de l'est,
Où les saules verts ombragent le digue de Sable blanc.

Juste à ce moment-là, de l'autre bout du sentier, s'avançait une vieille femme qui, elle aussi, se délassait à admirer le paysage. Bai alla immédiatement à sa rencontre:
- Voudriez-vous écouter le poème que je viens de composer?

Puis, sans attendre la réponse de la vieille femme, il se mit à lire son poème à haute voix.

La lecture à peine terminée, la vieille femme s'exclama:
- Oh, c'est un bon poème! Mais j'ai un conseil à vous donner, je vous propose de remplacer le mot "je" par un autre, pour que votre poème reflète les sentiments de tous les habitants de Hangzhou, car nous autres aussi nous aimons le Lac de l'Ouest! Vous n'êtes pas le seul à l'adorer!

Bai, enchanté, reconnut en riant:
- Vénérable dame, vous avez raison, vous me proposez une bonne correction pour mon poème, je dois vous en remercier!

Plus tard, lorsque la vieille femme apprit que l'auteur du poème n'était autre que Bai Juyi, elle ne put s'empêcher de raconter la chose à ses voisins:
"J'ai apporté une correction à un poème de Bai Juyi, et il m'en a remerciée!"

Dès lors, cette petite histoire se répandit à Hangzhou et contribua à illustrer la personnalité de Bai Juyi.

PARTIE V

Tant qu'il eut la charge de l'administration de Hangzhou, Bai Juyi réalisa une foule de choses utiles pour le peuple. Par exemple, il organisa de grands travaux pour bâtir des barrages, reboiser les collines ainsi que pour améliorer le système de contrôle du Lac de l'Ouest, de sorte qu'une immense superficie de champs en tiraient profit.

Ainsi , Hangzhou se transforma graduellement en un pays aux eaux limpides et aux montagnes verdoyantes, et connut une prospérité sans précédent dans son histoire. Mais les mérites de Bai Juyi étant parvenus aux oreilles de l'Empereur, celui-ci le rappela dans la capitale.

A la nouvelle que Bai allait être transféré dans la capitale, les habitants de Hangzhou, apportant du vin et des gâteaux, se réunirent de bonne heure au bord du lac pour lui dire adieu. On attendit longtemps, très longtemps...

Mais ni le son des gonds ni le brouhaha d'un cortège ne se faisait entendre. Enfin, Bai, monté sur un cheval blanc, arriva silencieusement, venant du mont Tianzhu, suivi de ses serviteurs qui ne portaient rien sauf deux morceaux de pierre sur une palanche.

Tout en poursuivant son chemin, Bai adressait sans cesse la parole à ses concitoyens qui, en étouffant leurs sanglots, s'attroupaient autour de lui.

Emu par ce spectacle, Bai Juyi improvisa ce poème sans descendre de cheval:

J'ai été préfet ici durant trois ans,
Vivant de mets simples et d'eau claire.
J'ai seulement demandé au mont Tianzhu
Ces deux morceaux de pierre
Qui me sont plus précieux que l'or.
Cela pourrait-il entamer mon intégrité?

La population, pleine de regrets, accompagna Bai Juyi jusqu'à l'embarcadère du Grand Canal...

PARTIE VI

Après avoir quitté Hangzhou, Bai, assis solitaire sur la proue du bateau, se sentait d'humeur chagrine et il garda toujours le silence durant tout le trajet. Un de ses serviteurs, voyant que son maître ne voulait ni boire ni se distraire en lisant des poèmes, hasarda cette remarque:
- Monsieur le préfet Bai, je sais bien que le poste de préfet de Hangzhou vous plaisait beaucoup. Mais, de toute façon, cela ne vaut pas un poste à la cour dans la capitale. Pourquoi faites-vous si sombre mine?

- Ne vois-tu pas, répondit Bai en soupirant, que je suis atteint d'une maladie!

- Quoi! vous êtes malade? Mais, on ne le dirait pas. Vous dormez bien, vous avez toujours bon appétit; qu'est-ce que vous avez donc?

- C'est la nostalgie qui s'empare de moi! Tu ne peux pas imaginer combien je me suis attaché aux paysages du Lac de l'Ouest! Rien qu'à la pensée de m'en séparer, je me sens triste, comme si je languissais d'amour!

Le serviteur alors éclata de rire en disant:
- Oh, c'est une maladie bien curieuse!

Bai, qui se trouvait aussi un peu ridicule, ne put non plus s'empêcher de rire aux éclats, et se mit à déclamer cette improvisation:

Il est possible d'avoir la manie d'aimer la nature,
Mais, il est incroyable d'en souffrir comme du mal d'amour!
Puisque j'avoue être atteint d'une telle maladie,
Vous pouvez imaginer qu'elle splendeur le Lac de l'Ouest recèle!

Le bateau allait arriver à l'extrémité de la province du Zhejiang, et là Bai devait changer de bateau et renvoyer celui qu'il avait pris en premier. Pour exprimer une dernière fois son attachement au Lac de l'Ouest, il prit son pinceau et écrivit un poème. Puis, il passa la feuille de papier au timonier en lui recommandant de l'accrocher au pavillon situé à l'extrémité est du Pont brisé sur le Lac de l'Ouest.

Depuis que j'ai quitté les montagnes et les eaux Quiantang,
Je n'ai plus de goût à boire ni à rimer.
Que ce bac, au retour, transmette mes sentiments
Au vent et à la lune du Lac de l'Ouest.

Bai Juyi s'était éloigné, mais les habitants de Hangzhou gardaient précieusement son souvenir, on le surnommait avec affection "Notre Bai" et certains gardaient son portrait dans leur maison ou suspendaient ses poèmes calligraphiés sur leurs murs.

La digue, bâtie à l'époque de l'administration de Bai Juyi, n'existe plus maintenant à Hangzhou. Mais en souvenir de ce grand poète qui avait tant fait pour le bien être du peuple, les habitants du Hangzhou ont rebaptisé la digue Baisha (la Digue de Sable blanc), qui relie le Pont brisé et la colline Solitaire, en "Digue du Seigneur Bai" qui plus tard devint simplement "Digue Baidi" (la Digue blanche).

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MessageSujet: Re: Légendes de 71 à 80   9/2/2007, 09:59

Le Portefeuille


PARTIE I

Il était une fois un jeune couple qui habitait une chaumière dans une vallée. Pauvres, il leur fallait chercher deux fagots de bois chaque jour pour les vendre au marché.

Un jour, ils ramenèrent deux fagots de bois de la montagne, en mirent un dans la cour pour le vendre le lendemain matin pour acheter du riz. Ils gardèrent l'autre pour leur propre usage.

Mais le lendemain matin, ils s'aperçurent que le fagot qu'ils avaient déposé dans la cour avait disparu. Ils furent obligés de vendre l'autre fagot.

Le jour suivant, ils ramenèrent, comme d'habitude, deux fagots de bois, en laissèrent un dans la cour et gardèrent l'autre pour s'en servir. La nuit passée, le fagot de la cour avait disparu de nouveau. Il en fut de même les troisième et quatrième jours. Le mari en fut intrigué.

Le cinquième jour, il vida le fagot et se mit dedans. De l'extérieur, on ne voyait rien d'extraordinaire. A minuit, une grosse corde tomba du ciel, accrocha le fagot et l'enleva en l'air.

Le bûcheron se rendit ainsi au ciel et vit un vieillard aux cheveux blancs à l'air gentil. Le vieillard détacha le fagot, trouva un homme dedans et lui demanda:
- Les autres bûcherons ne ramassent qu'un fagot par jour, pourquoi en fais-tu deux?

Après l'avoir salué, le bûcheron répondit:
- Nous sommes vraiment pauvres. Ma femme et moi sommes obligés d'en ramasser deux, l'un pour nous-même, l'autre pour vendre au marché afin d'acheter du riz.

PARTIE II

En entendant cela, le vieux éclata de rire et dit avec affection:
- Je sais bien que vous êtes un couple travailleur et gentil. Je vous offre un objet magique.

Puis vinrent sept fées qui le guidèrent jusqu'à un Palais de tuiles vernissées aux toits relevés dorés, brillant d'un éclat éblouissant. Le Palais contenait toutes sortes de trésors dont nul ne savait les noms.

Dans une pièce, des portefeuilles de différentes formes étaient accrochés aux murs. Une fée dit au bûcheron:
- Lequel veux-tu? Prends celui qui te plaît!

Transporté de joie, le bûcheron répondit:
- J'en voudrais un plein de trésors. Donnez-moi celui-là, qui est gros et plein, s'il vous plaît. Il prit alors le plus gros portefeuille.

A ce moment là, le vieillard aux cheveux blancs entra dans la pièce, et lui dit d'un air grave:
- Non, pas celui-ci. Je préfère te donner un autre portefeuille vide. Tu pourras en sortir un lingot d'argent d'une once par jour, et pas plus!

Le bûcheron fut obligé d'accepter, prit le portefeuille vide, saisit la corde qui avait attaché le fagot de bois et descendit sur terre.

A la maison, le bûcheron donna le portefeuille à sa femme et lui raconta tout ce qui s'était passé. La femme en était heureuse. Ils allèrent toujours couper du bois la journée et le soir, à la maison, ils ouvrirent le portefeuille et sortirent un lingot d'argent pesant une once.

PARTIE III

Les jours passaient ainsi et ils avaient tous les jours un lingot d'argent de plus. La femme les mit de côté.

- Achetons-nous un boeuf! proposait le mari de temps en temps.

La femme n'était pas d'accord. Il proposa ensuite:
- Achetons-nous quelque "mu" de terre!

La femme refusa. Mais elle proposa:
- Construisons une chaumière!

Le mari avait l'intention de dépenser tout leur argent et dit:
- Puisque nous avons tant d'argent, il vaut mieux construire une grande maison en brique et à toit de tuile.

Ne pouvant le convaincre, la femme obéit.

Le mari acheta des briques, des tuiles et du bois. Il invita également des charpentiers et maçons.

Depuis lors ces deux bûcherons n'allèrent plus couper du bois dans la montagne. L'argent fut dépensé bien avant que la nouvelle maison ne fût construite.

Le mari eut une idée:
"Pourquoi ne pas demander plus d'argent au portefeuille?"

Il l'ouvrit à l'insu de sa femme et un lingot d'argent tomba par terre. Il recommença une fois, un autre lingot sortit. Trois fois de suite, le bûcheron obtint trois lingots d'argent. Il se dit:
"Si je continue à faire de l'argent ainsi, la grande maison sera construite!"

Il oublia complètement les recommandations du vieillard aux cheveux blancs et n'écouta pas les conseils de sa femme.

Cependant, quand il ouvrit de nouveau le portefeuille, celui-ci était vide et ne fournit plus d'argent. Ce portefeuille était devenu un sac de toile abîmé. La grande maison inachevée n'existait plus. Il ne vit que la vieille chaumière devant lui.

Le bûcheron était désolé, sa femme vint le consoler:
- Nous ne pouvons pas dépendre du portefeuille céleste, ce n'est pas sûr. Il vaut mieux aller couper du bois dans la montagne.

Dès lors, le jeune couple recommença à couper du bois dans la montagne et mena une vie tranquille.

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MessageSujet: Re: Légendes de 71 à 80   9/2/2007, 10:00

Le Pic Volant


PARTIE I

Le Mont Emai, situé dans la province du Sichuan, est couronné de nombreux pics. Il y en avait un qui était capable de voler et qu'on appelait le Pic volant. Celui-ci se déplaçait souvent d'un lieu à l'autre, et partout où il s'installait, il détruisait les maisons et faisait de nombreuses victimes.

En ce temps-là, dans le temple Lingyin vivait un moine du nom de Ji Dian qui, en dépit des règles religieuses, se contentait de flâner tout le temps, un éventail à la main. En quelque lieu qu'il arrivât, il était toujours bien accueilli et entouré par une foule nombreuse.

Une nuit, le moine eut tout à coup une intuition prémonitoire: le Pic volant allait bientôt atterrir dans le village qui se trouvait près du temple Lingyin.

Fort inquiet pour la vie des habitants du village, le moine se leva avant l'aube et s'y précipita pour faire part aux habitants de son intuition. Il allait de porte en porte en disant:
"A midi, un pic volant viendra s'installer dans votre village, vous devez partir d'ici le plus tôt possible, sinon, le malheur s'abattra sur vous!"

En l'entendant parler ainsi, un vieillard gronda en secouant la tête:
- Moine insensé, ne raconte pas de mensonges! Ce mont si lourd, comment pourrait-il se déplacer? Et qui a vu un mont capable de voler?

- Nous sommes des pauvres, ailleurs nous n'avons rien pour nous abriter. Nous ne pouvons que nous soumettre à la volonté du Ciel! intervint un homme en soupirant.

- Ne fabrique pas de mensonges pour nous effrayer! fit un gars, la voix chargée de colère. Nous ne sommes pas des lâches! Si le mont venait vraiment s'installer ici comme tu le dis, nous le supporterions sur nos épaules!

Malgré l'indifférence manifestée par les villageois, le moine n'en continua pas moins à répandre ses avertissements. Les enfants le suivaient l'entouranr de rires, de cris et de gesticulations.

Tous les foyers furent mis au courant, le moine en avait la gorge et les lèvres desséchées. Mais ce qui l'inquiétait le plus, c'est qu'aucune famille ne manifestait l'intention d'aller se réfugier ailleurs.

PARTIE II

Le soleil poursuivait sa marche dans le ciel, on approchait de plus en plus de midi. Le moine, dévoré d'anxiété, ne savait que faire. Juste à ce moment-là, l'écho de sonneries de trompettes lui parvint de loin, il se précipita alors sans plus réfléchir dans la direction de la musique.

Il fut bien étonné lorsqu'il s'aperçut qu'il s'agissait d'une cérémonie de mariage. Là, régnait une ambiance chaleureuse. Les gens, la joie sur le visage, allaient et venaient de la chambre à la cour.

A cette vue, le moine, se frappant le front, eut une idée. Il fendit la foule, pénétra dans la salle de cérémonie et, sans plus de façons, mit la mariée sur son dos et l'emporta aussitôt.

La fille, la tête encore voilée d'un carré de soie rouge, ne sachant pas du tout ce qui lui arrivait, tout en larmes, ne cessait de crier.

Un moine s'emparer de la mariée, quelle impertinence!

Fous de rage, les gens, ramassant quelque objet qui leur tombait sous la main - un morceau de bois, une palanche, une houe -, se lancèrent tout de suite à sa poursuite.

"Attrapez le moine! Attrapez-le! Ne le laissez pas échapper!" criaient-ils tout en courant.

Tout le village en était bouleversé: hommes, femmes, vieillards et jeunes gens, quel que soit leur lien avec les nouveaux mariés, se précipitèrent tous hors du village, sauf un richard qui, appuyé au chambranle de sa porte, lançait quelques plaisanteries sarcastiques:
- C'est bien bizarre, voilà que le "Bouddha vivant" a enlevé une fille!

Le moine , la fille sur son dos, s'exténuait à courir en s'éloignant du village. Il était si rapide qu'on ne pouvait le rattraper.

Après une dizaine de "lis", ses poursuivants étaient encore loin de l'atteindre. Le moine ne s'arrêta qu'au moment où le soleil au zenith tomba à plomb sur sa tête. Déposant la fille par terre, il s'assit à ses côtés en agitant son éventail pour se rafraîchir...

PARTIE III

Quand ses poursuivants finirent par se trouver devant lui et s'apprêtaient à lui administrer une bonne volée, le ciel soudain s'obscurcit, la terre trembla, un vent violent se leva, l'air se mit à charrier du sable et des pierres et, en un clin d'oeil, le monde se trouva enveloppé de ténèbres si épaisses qu'on ne pouvait rien voir devant soi.

Puis tandis qu'éclatait un grondement terrible et assourdissant, tous les gens furent renversés. Lorsqu'ils se remirent sur leurs jambes, miracle! le nuage s'était dissipé, le vent était tombé et le soleil brillait au-dessus de leurs têtes. Mais un mont se dressait sur l'emplacement du village écrasé. Ce fut alors seulement que les villageois se rendirent compte que le moine avait agi ainsi pour les sauver.

Le village détruit, les villageois sans abri étaient fort inquiets sur leur sort; certains même se mettaient à sangloter en frappant la terre du pied. Voyant leur affliction, le moine les consola:
- Pourquoi pleurez-vous? Le richard a été écrasé sous le mont, tous ses biens dès maintenant vous appartiennent, vous cultiverez la terre pour vous-même, plus de fermages à payer! Vous pourrez ainsi économiser facilement pour bâtir votre maison!

En entendant ces paroles, l'angoisse des villageois se dissipa, ils retrouvèrent leur gaîté. Comme ils s'apprêtaient à s'éloigner, le moine les retint:
- Attendez une minute, j'ai encore quelque chose à vous dire! Puisque le pic est capable de se déplacer d'un lieu à l'autre, il pourra continuer à écraser les hommes. C'est pourquoi, je propose de le dompter en sculptant sur ses flancs 500 bouddhas, ainsi, l'humanité sera débarrassée à jamais de cette menace. Etes-vous d'accord?

- Très bien, c'est une bonne idée! reconnurent tous les assistants d'une même voix.

Sur ce, on se mit à l'ouvrage sans tarder. Certains jouaient du ciseau, les autres du marteau. Au bout d'une nuit de travail assidu, 500 bouddhas étaient sculptés sur le mont. Mais, comme on était alors très pressé, ces bouddhas manquaient tous d'yeux et de sourcils.En les voyant aussi imparfaits, le moine dit:
- Laissez-moi y mettre la dernière touche.

Puis, sans recourir ni au ciseau, ni au marteau, il se mit à dessiner, sur la face des bouddhas, les yeux et les sourcils avec ses longs ongles. Après une demi-journée de travail, les bouddhas étaient achevés à la perfection.

Depuis lors ce petit mont, ayant perdu sa capacité de s'envoler, prit racine devant le Temple Lingyin. Comme il était venu d'ailleurs, on l'appela le Pic qui a volé jusqu'ici.

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MessageSujet: Re: Légendes de 71 à 80   9/2/2007, 10:00

Le Forgeron et les Serpents Noirs


PARTIE I

Il y avait une fois un forgeron du nom de Zhang Xiaoquan qui, ayant vexé un grand despote local, se vit obligé de quitter son pays natal; il conduisit alors ses trois fils à Hangzhou pour s'y établir.

Les membres de la famille de Zhang Xiaoquan étaient tous forgerons de père en fils. Lui même avait commencé à exercer le métier familial à l'âge de seize ans. Doté d'un esprit vif et d'une grande habileté manuelle, il se montra rapidement très capable, qu'il s'agît de la fonte, de l'affinage ou du forgeage, il surpassa même son père dans ce dernier domaine.

Zhang Xiaoquan avait une autre corde à son arc: c'était un excellent nageur. Sa mère, le dernier mois de sa grossesse, faisait la lessive au bord du ruisseau, quand elle mit au monde son bébé sans s'en apercevoir et le laissa tomber dans l'eau. L'enfant dut donc nager dès son premier souffle, c'est pourquoi on l'appela Zhang Xiaoquan, Petit Ruisseau. A l'âge de deux ans, il jouait déjà au bord de l'eau, à quatre ans, il savait nager, et à dix ans, il pouvait plonger longtemps comme une vraie loutre de rivière.

Une fois arrivé à Hangzhou, Zhang Xiaoquan et ses trois fils se bâtirent une cabane de chaume dans la rue Daijing et ouvrirent une forge. La rue Daijing, qui se trouvait au pied de la colline Chenghuangshan, était une rue très animée. Le nouveau forgeron était très aimable avec les clients et il présentait de nouvelles créations, aussi se fit-il rapidement une grosse clientèle.

Quelque temps plus tard, on trouva que le soc fabriqué par lui était très efficace pour labourer la terre, sa houe légère pour la creuser et son couteau très tranchant. On disait avec admiration:
"Zhang Xiaoquan est vraiment un excellent forgeron". Mais personne n'aurait pu penser qu'il était aussi un excellent nageur.

PARTIE II

Non loin de la forge, il y avait un puits, grand et profond, donnant une eau fraîche et limpide. On l'appelait "la première source de Wushan". Les habitants des environs buvaient tous l'eau de ce puits.

Un jour, au petit matin, on vint de tous côtés comme de coutume pour puiser de l'eau. Le fils aîné de Zhang Xiaoquan se trouvait là aussi. Un homme tira le premier un seau d'eau: l'eau était sale et puante. Il ne voulut pas y croire et en tira un second; c'était toujours pareil.
"C'est bizarre, se disait-il, hier, l'eau de ce puits était limpide, pourquoi ce changement aujourd'hui?"

On alla trouver un vieillard plus que centenaire qui habitait près du puits pour lui demander si on pouvait expliquer un tel phénomène. Il dit en caressant sa barbe:
- Chers compatriotes, il y a très longtemps, quand j'étais encore enfant, un vieillard m'a dit une fois que ce puits et le fleuve Qiantang communiquaient. Dans le fleuve Qiantang, il y a deux serpents noirs. Ceux-ci descendent une fois tous les mille ans dans le fond de ce puits pour s'accoupler. Alors leur venin salit l'eau. Maintenant, puisque l'eau est sale, c'est peut-être que ces deux serpents sont là.

- Quand vont-ils s'en aller? s'empressait-on de demander.

- C'est difficile à dire; d'après ce que j'ai entendu, il y a mille ans, les deux serpents sont restés à peu près six mois.

C'est paroles inquiétèrent beaucoup les gens, mais le puits était très profond, qui pourrait chasser les deux serpents? On s'interrogeait du regard, mais on ne trouvait pas de moyen.

PARTIE III

Cependant, Zhang Xiaoquan attendait sa provision d'eau à la maison; ne voyant pas son fils rentrer, il sortit et s'enfonça dans la foule pour le chercher. Quand son fils le vit arriver, il lui raconta tout ce qui se passait.

Zhang Xiaoquan réfléchit un moment et dit en riant:
- C'est bien, cela fait plusieurs années que je n'ai pas nagé, puisqu'il y a des choses étranges dans ce puits, je vais y aller voir.

A ces mots, les gens s'effrayèrent:
"S'il descend, qu'en pourra-t-il advenir?"

Mais on connaissait bien son caractère obstiné, sa volonté inébranlable. S'il avait pris sa décision, personne ne pourrait l'empêcher d'agir. Il n'y avait donc plus rien à dire, il fallait bien le laisser faire.

Zhang Xiaoquan dit alors à l'un de ses voisins:
- Voulez-vous aller m'acheter deux cruches de vin vieux au cabaret?

Puis il demanda à un autre d'acheter un kilo d'arsenic rouge à la pharmacie.

Les deux voisins s'empressèrent d'acheter le vin et l'arsenic rouge. Zhang Xiaoquan demanda alors à son fils aîné d'aller chercher un marteau à la forge et mit l'arsenic rouge dans le vin. Il prit une cruche et la vida d'un seul trait, puis il se déshabilla. On vit alors saillir les muscles sur sa poitrine, son dos, ses bras et ses jambes. Il était solide comme un roc.

Dès que son fils arriva avec le marteau, il prit à deux mains l'autre cruche de vin d'arsenic rouge et la versa sur sa tête. Il fut ainsi inondé de vin de la tête aux pieds. Prenant le marteau, il fit quelques pas et descendit dans le puits.

PARTIE IV

Alors de vives discussions s'élevèrent parmi les assistants. L'un d'eux critiqua le fils aîné de Zhang Xiaoquan:
- Il est si entêté, nous étions incapables de le retenir. Mais toi, son fils, pourquoi ne l'as-tu pas empêché de faire cette folie?

Le fils de Zhang Xiaoquan répondit en souriant:
- Soyez tranquilles, il se débrouille très bien dans l'eau.

On se calma quelque peu et on décida de garder le puits à tour de rôle.

Dans le puits, Zhang Xiaoquan se sentit bien dès le début. Grâce au vin d'arsenic rouge, il ne craignait pas le venin du serpent noir. Il se laissa descendre lentement, l'eau était de plus en plus froide. Un bon moment après, il toucha le fond du puits; là il ouvrit bien les yeux et regarda.

Le fond du puits était spacieux, il chercha, mais en vain. Soudain il aperçut dans un recoin deux serpents noirs, gros comme le poignet et enlacés. L'oeil vif et la main preste, Zhang Xiaoquan appliqua trois coups de marteau là où les cous des deux serpents se croisaient, au point sensible. La nuque broyée, ils moururent. Zhang Xiaoquan remonta lentement, le marteau et les deux serpents à la main. Il arriva enfin à la surface.

C'était déjà l'après-midi. Bondissant de joie, les gardiens du puits y firent glisser rapidement une corde pour l'aider à sortir. Zhang Xiaoquan une fois à l'air libre jeta les deux serpents à terre. Un bruit retentit, on s'aperçut alors avec étonnement que ces deux serpents, forgés par mille ans de méditation, s'étaient fait des muscles en acier et une ossature de fer. S'ils n'avaient pas été enlacés, Zhang Xiaoquan n'aurait pas pu trouver le point sensible pour les tuer.

Les deux serpents morts, l'eau du puits redevint limpide et fraîche. On remercia beaucoup le forgeron et on loua sa bravoure.

PARTIE V

Zhang Xiaoquan emporta les deux serpents chez lui et, en les regardant, réfléchit tois jours et trois nuits ; soudain, il eut l'idée de créer un nouvel instrument.

Il dessina un plan sur le papier et, en s'en inspirant, Zhang Xiaoquan et ses trois fils enfoncèrent un clou dans le croisement des deux cous des serpents, courbèrent leurs queues, puis aplanirent les cous à coups de marteau et les aiguisèrent en lames. Les ciseaux étaient créés.

Avec ces grands ciseaux, il coupa des étoffes; c'était fort commode. En reprenant la forme de ces grands ciseaux, le forgeron et ses fils en fabriquèrent beaucoup de petits.

Auparavant, on ne connaissait pas les ciseaux, on taillait les habits et on coupait les fils avec un couteau. Mais après la création des ciseaux par Zhang Xiaoquan, on les employa toujours pour tailler et couper.

Depuis lors, les gens demandèrent beaucoup de ciseaux. Zhang Xiaoquan et ses trois fils furent incapables de répondre à la demande, alors ils embauchèrent de jeunes apprentis. Mais ils étaient encore fort occupés.

Plus tard, Zhang Xiaoquan accrocha les grands ciseaux à la porte de sa forge comme enseigne. Il se spécialisa dans la fabrication des ciseaux. La renommée des ciseaux de Zhang Xiaoquan se répandit à Hangzhou et dans tout le pays.

Lorsque Zhang Xiaoquan vint à mourir, ses trois fils se partagèrent ses biens. Chacun installa une forge avec pour enseigne
"Aux ciseaux de Zhang Xiaoquan".

Les apprentis de Zhang Xiaoquan le surent et se dirent:
"Si les fils peuvent se servir de l'enseigne de leur père, pourquoi pas les apprentis?"

Alors ils accrochèrent aussi la même enseigne.

De génération en génération, se sont perpétuées à Hangzhou beaucoup de boutiques "Aux ciseaux de Zhang Xiaoquan", et tous les ciseaux fabriqués dans cette ville portent la marque des deux serpents.

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MessageSujet: Re: Légendes de 71 à 80   9/2/2007, 10:02

La Légende du Papier découpé de Yangzhou


PARTIE I

Le papier découpé de Yangzhou a une histoire de plus de mille ans. Il est célèbre pour son style clair et frais, ses lignes coulantes et ses formes gracieuses et vivantes.

Mais pourquoi le papier découpé de Yangzhou est-il si réputé? Les vieux disent qu'il était une fois, dans la ville de Yangzhou, une petite orpheline dont personne ne savait le nom. On l'appelait la "Fille des Fleurs" parce qu'elle vivait de son art du papier découpé.

Un jour, la Fille des Fleurs partit de bonne heure pour vendre ses papiers découpés. Elle passait par les rues et les ruelles en criant pour attirer les clients, tant et si bien qu'elle s'enroua, bien qu'elle n'eût presque rien vendu.

A la fin de la journée, elle avait gagné si peu d'argent qu'elle ne pouvait même pas payer son petit-déjeuner. Elle sanglotait de chagrin, ses larmes tombaient telles des perles, l'une après l'autre.

C'est alors qu'elle vit un attroupement. N'ayant pas l'intention de se laisser distraire, elle décida de continuer, tête baissée. Elle entendit soudain des exclamations d'admiration et une voix qui disait:
"Qu'est-ce qu'elle découpe bien!"

La Fille des Fleurs ne put s'empêcher de s'arrêter, s'approcha de la foule et vit une vieille dame découper des papiers. Elle se dit qu'elle-même découpait moins bien que les autres et que ses papiers découpés étaient invendables. Elle put alors en profiter pour voir comment on découpait des papiers.

Elle vit la vieille dame manier une paire de ciseaux, on aurait dit que les ciseaux vivaient tandis que le papier tournait à toute vitesse dans l'autre main. Le papier fut découpé en quelques instants, et la Fille des Fleurs en fut étonnée.
" Oh! C'est magnifique, ce papier découpé; les branches d'arbres, les pétales de fleurs, les feuilles et les boutons de fleurs sont beaucoup plus jolis que les vrais," se dit-elle.

Elle était complètement captivée.

PARTIE II

Après que la vieille dame eut terminé son travail, la Fille des Fleurs resta plantée là un long moment, immobile. La vieille dame lui dit:
- Mon enfant, il fait noir, reviens ici demain si tu veux en acheter.

Retenant ses larmes, la fille se jeta aux genoux de la vieille dame, en disant:
- Grand-mère, je voudrais apprendre à découper des papiers. Prenez-moi comme apprentie, s'il vous plaît!

- Mon enfant, cela ne s'apprend pas du jour au lendemain. Il faut travailler dur, pourras-tu le supporter? répondit la vieille dame.

La fille fit "oui" d'un signe de tête. Voyant sa modestie et sa sincérité, la vieille dame l'emmena chez elle le jour même.

Le lendemain, la vieille dame lui donna une palanche et deux seaux et lui dit:
- Arrose les fleurs à ma place.

La fille jeta un coup d'oeil:
"Oh là là, quel grand jardin!" D'innombrables fleurs y poussaient, et elle n'avait jamais vu certaines d'entre elles.

A partir de ce jour-là, la fille arrosa les fleurs tous les jours du matin au soir sans rien dire, à tel point que ses épaules se couvrirent de callosités. Les fleurs de pêcher se fanèrent et celles de lotus fleurirent. Vint ensuite la floraison des osmanthus, puis celle des pruniers.

Elle travailla ainsi pendant toute une année. Et elle pouvait, les yeux fermés, compter les fleurs de ce jardin, décrire leurs formes et dire le nombre de leurs pétales. Pourtant, la vieille dame n'avait pas encore parlé d'enseigner l'art du papier découpé.

PARTIE III

Un jour, la fille ne put pas s'empêcher de demander à la vieille dame:
- Maîtresse, quand est-ce que vous m'apprendrez à découper des papiers?

La vieille dame sortit une paire de ciseaux en souriant.
- Mon enfant, ne sois pas impatiente. Pour découper des papiers, il faut avoir de bons ciseaux. Tiens, aiguise-les pour moi.

La Fille des Fleurs prit les ciseaux et les regarda:
"Est-ce vraiment une paire de ciseaux, avec cette rouille, ces lames ébréchées, on dirait une scie," pensa-t-elle.

Elle alla sans rien dire au bord d'une petite rivière, et se mit à aiguiser jusqu'au coucher du soleil. Elle fait de même tous les jours, usa plusieurs pierres à aiguiser. Une année passa ainsi, les ciseaux devinrent de plus en plus brillants et tranchants.

La Fille des Fleurs fut un jour si épuisée qu'elle s'évanouit près de la pierre à aiguiser. Quand elle reprit connaissance, elle vit des ciseaux étincelants dans sa main.

Transportée de joie, elle se précipita chez la vieille dame. Mais elle fut stupéfaite en arrivant à son habitation: cette dernière n'était plus là, la chaumière et le jardin n'existaient plus.

Etait-ce un rêve? Très étonnée, elle se frottait les yeux. Elle entendit soudain un chant venu du ciel:

Petits ciseaux étincelants,
coupent des papiers tout vivants,
qu'on achète en se bousculant.

"Est-ce que j'ai rencontré une Immortelle?" se demanda-t-elle en regardant le ciel.

La Fille des Fleurs revint à Yangzhou en apportant la paire de ciseaux que la vieille dame lui avait laissée.

Chose curieuse, quand elle voulait découper une fleur en papier, la fleur même apparaissait devant elle. Le papier tournait dans sa main, puis une fleur bien ressemblante était découpée.

Elle fit ainsi beaucoup de fleurs dont chacune se distinguait des autres. Les branches, les feuilles et les pétales des fleurs étaient d'une ressemblance frappante. Ces fleurs se vendaient comme des petits pains.

Plus tard, on raconta que la vieille dame était une incarnation de la Fée He Xiangu. Cette nouvelle se diffusa rapidement, et la réputation de la Fille des Fleurs se répandit très vite dans toute la ville de Yangzhou.

Depuis lors, une grande animation régna devant la maison de la Fille des Fleurs. Les gens venus acheter des papiers découpés, ou pour apprendre comment les découper furent si nombreux que la porte de la maison risqua plusieurs fois d'être démolie.

Par la suite, La Fille des Fleurs transmit sa technique prodigieuse à un très grand nombre d'apprentis.

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MessageSujet: Re: Légendes de 71 à 80   9/2/2007, 10:02

D'où vient le Théier Longjing


PARTIE I

Longjing était autrefois un petit village perdu, avec une dizaine de foyers dispersés dans le vallon. On plantait des arbres et des bambous dans les collines plus éloignées, dans celles avoisinant les villages, on cultivait des céréales. Toute l'année on s'éreintait dans les champs, sans pouvoir pourtant manger à sa faim.

Aux abords du village, il y avait une chaumière délabrée où pénétraient la pluie et le vent; là habitait une vieille femme solitaire, sans enfant. Trop âgée pour grimper les collines ou aller aux champs, elle ne pouvait pour tout travail, que s'occuper de 18 arbres à thé derrière sa maison.

Ces arbustes avaient été plantés des dizaines d'années auparavant, du vivant de son mari. Faute de soins et de fumier, les théiers n'étaient guère feuillus, et chaque année ils ne produisaient que quelques kilos de thé de mauvaise qualité.

Bien qu'elle menât une vie dure, la vieille dame était très affable: elle mettait deux bancs dans son appentis et préparait tous les jours du thé sur sa réserve annuelle pour désaltérer les passants.

Une veille du Nouvel An, tandis que la neige tombait dru, les voisins achetèrent peu ou prou de denrées alimentaires pour passer la fête. La vieille dame était si pauvre que même le riz allait lui faire défaut; elle n'avait rien d'autre que quelques poignées de thé dans le pot.

Mais elle se leva cependant de bonne heure comme d'habitude et, après avoir mis une poignée de thé dans la marmite, elle alluma le feu et fit bouillir l'eau. Soudain un grincement se fit entendre, la porte s'ouvrit. Un vieillard couvert de neige entra. En le voyant, elle alla à sa rencontre:
- Il neige au dehors, lui dit-elle, entrez donc vous réchauffer un peu !

PARTIE II

Après avoir épousseté la neige sur ses habits, le vieillard s'installa près du feu et se mit à bavarder avec la vieille dame.
- Qu'est-ce que vous cuisez dans la marmite?

- C'est tout bonnement du thé que je prépare.

Le vieillard s'étonna:
- Aujourd'hui c'est la veille du Nouvel An, demain ce sera la fête. Chaque famille s'affaire à préparer le sacrifice en cuisant des viandes, pourquoi faites-vous seulement du thé?

Elle avoua en soupirant:
- Hélas, je suis seule et pauvre! Je n'ai pas de quoi pour offrir un sacrifice: tout ce que je peux faire, c'est de préparer du thé pour désaltérer les passants.

A ces mots, l'homme éclata de rire:
- Mais non, vous n'êtes point pauvre, devant votre porte, il y a un objet précieux.

Ces paroles excitant sa curiosité, la vieille dame passa la tête au dehors pour regarder. Tout était comme d'habitude: l'appentis de bois de pin, deux vieux bancs, et dans un coin un mortier usé plein d'ordures entassées depuis des années.

En désignant du doigt le mortier, le vieillard dit:
- Voilà l'objet précieux!

Croyant à une plaisanterie, la vieille dame lui proposa en souriant:
- Si vous considérez ce mortier usé comme un objet précieux, il est à vous emportez-le!

- Mais, comment pourrais-je prendre gratis votre trésor! Vendez-le-moi, je vais faire venir mes gens pour l'emporter. Ceci dit, bravant la grande neige, il partit tout joyeux.

Regardant le mortier usé, la vieille dame pensa:
"Comme il est sale, comment pourrait-on l'emporter dans cet état!"

Alors, elle enleva les ordures avec une pelle et les enterra près des racines des 18 théiers. Puis elle alla puiser un seau d'eau dans le puits pour laver le mortier; avec les eaux souillées, elle arrosa les théiers.

PARTIE III

Aussitôt après le nettoyage du mortier, le vieux monsieur vint avec ses gens. Lorsqu'il arriva devant la porte, il ne put s'empêcher de se lamenter:
- Hélas, où est le trésor? Où est le trésor maintenant?

La vieille dame, stupéfaite, désigna le mortier:
- Le voilà, il est toujours là!

Tapant du pied, il lui demanda:
- Où avez-vous mis les choses qui étaient dedans?

- Je les ai répandues sur les racines des arbres à thé derrière la maison.

Quand il eut constaté de ses yeux que la vieille dame avait dit vrai, il poussa de soupirs de regret:
- C'est bien dommage, c'est bien dommage! Les ordures entassées depuis des années dans le mortier usé étaient vraiment des trésor, mais puisque vous les avez mises sur les racines des théiers, ça fera du bien à vos arbustes.

Ceci dit, il partit tout désappointé avec ses gens.

Après le Nouvel An, ce fut bientôt le printemps. Cette année-là, chose étrange, les 18 arbres à thé de la vieille dame portaient beaucoup de feuilles. En outre, après la cueillette, les feuilles de thé s'avérèrent d'un goût savoureux accompagné d'un parfum délicat.

Voyant que les arbres à thé de la vieille dame poussaient à merveille, on sema leurs graines sur les flans des collines proches et lointaines après avoir abattu les bambous et les arbres et récolté les céréales.

Les théiers se multiplièrent et s'accrurent d'année en année, et finirent par couvrir toutes les montagnes et les champs environnant Longjing.

Depuis, le thé vert Longjing est devenu célèbre tant pour son goût savoureux que pour son parfum.

Aujourd'hui encore, les cultivateurs de thé disent souvent que les 18 théiers de la vieille dame sont les ancêtres du thé vert Longjing.

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