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 Légendes de 61 à 70

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Rhadamante

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MessageSujet: Légendes de 61 à 70   9/2/2007, 09:41

L'Enfant Pêcheur


PARTIE I

Il était une fois un vieux pêcheur qui ne possédait qu'un bateau et un filet. Il pêchait sur la rivière du Dragon la journée et dormait dans son bateau la nuit au bord de la rivière. Il vivait pauvrement.

Cette année-là, au mois de juin, au moment des crues, l'eau avait rempli le lit de la rivière. Les vagues déferlaient en faisant un grand bruit. Le vieux pêcheur qui avait passé sa vie à pêcher savait bien que si l'on pêchait au moment des crues, le bateau risquerait d'être renversé par les vagues.

Le vieux pêcheur était inquiet en voyant que les jours s'écoulaient sans qu'il pût travailler, et que le niveau des eaux ne baissait toujours pas. N'ayant pas envie de dormir, il s'assit au bord de la rivière et fixait ses yeux sur l'eau.

Il vit tout à coup s'élever de l'eau un feu doré scintillant. Etonné, le vieux pêcheur se demanda:
- Qu'est-ce que c'est? Un monstre aquatique ou un trésor?

Il se dit alors:
- J'entends dire depuis mon enfance qu'il y a un trésor dans cette rivière. Celui qui ne pêche pas souvent ou qui est peureux n'a aucune chance de le voir, et encore moins de l'avoir. Est-ce que moi, je l'ai rencontré, ce trésor? Si c'est vrai, je le repêcherai.

Ce feu doré scintilla pendant trois nuits et le vieux pêcheur concentra toute son attention sur le feu. Il se dit le troisième soir:
- Eh bien, je vais essayer de voir ce qu'il y a.

Par précaution il allongea la tirette du filet et en attacha le bout autour de son corps . Il ne craignait plus ainsi les grandes vagues et conduisit son bateau à la rencontre des crêtes des vagues vers le feu doré.

PARTIE II

Il agissait au risque de sa vie ! Une fois dans l'eau, le bateau se balançait entre les crêtes des vagues et le corps du vieux pêcheur ruisselait de sueurs froides. Cependant il se maîtrisa aussitôt et continua à se diriger vers le feu doré.

Lorsqu'il en fut assez proche, il ouvrit le filet et le lança sur le feu. Grâce à sa longue expérience, il atteignit la cible du premier coup. Le feu s'éteignit. Tandis qu'une vague impétueuse faisait balancer le bateau, l'eau y pénétra. Le bateau risquait de couler lorsque le vieux pêcheur, le coeur battant, réunit toutes ses forces et rama vers le rivage en serrant les dents et en fermant les yeux.

Après un grand effort, le bateau se trouva au bord de la rivière. Le vieux pêcheur essuya sa sueur, se détendit en se disant:
- Eh bien c'était dangereux!

Il attacha son bateau, écopa l'eau qui était dedans, se détache de la corde et tira doucement le filet.

Qu'y avait-il dans le filet? C'était un vase de pêche de jade blanc, de dimension normale. Une paire de poissons rouges autour desquels se déployaient de fines rides d'eau étaient sculptés sur le fond du vase. Une tige s'allongeait jusqu'au bord du vase et deux larges feuilles vertes de lotus soutenaient une grosse fleur de lotus rose sur laquelle était assis un enfant pêcheur. Deux chignons sur la tête, portant une veste rouge et un pantalon vert, les pieds nus, cet enfant tenait une canne à pêche dans ses bras.

C'était un objet original. Au clair de la lune, le vieux pêcheur l'examina avec soin et il lui plut tellement qu'il ne voulut pas le lâcher. Bien que L'Enfant Pêcheur fût sculpté sur le bord du vase, le vieux pêcheur avait l'impression qu'il le regardait. Transporté de joie, il rit aux éclats.

On apprécie toujours un objet original la première fois qu'on le regarde. Puis, avec le temps, on ne le trouve plus original. Bien que le vieux pêcheur aimât ce vase de pêche, jugeant qu'il ne servait à rien, ni à manger, ni à boire, il le cacha dans l'herbe sur le talus au bord de la rivière. Au moment du reflux, il pêcha, comme d'habitude, et s'endormit profondément le soir après une journée de travail.

PARTIE III

La nuit, réveillé par un bruit, le vieux pêcheur ouvrit les yeux et vit s'élever des éclairs dorés du vase qu'il avait mis dans l'herbe. Au milieu des éclairs, la fleur de lotus devint brusquement vivante. La tige soutenait les feuilles et la fleur rose, les haussait petit à petit en s'allongeant.

Elle se courba tout à coup, les feuilles et la fleur de lotus se posèrent sur l'herbe. A ce moment-là, L'Enfant Pêcheur devint aussi vivant et grandit. Il se redressa sur la fleur, une canne à pêche sur l'épaule, ouvrit la bouche, sourit au vase tout en chantant:

Balance-toi, vase de pêche,
Coule, coule, eau limpide!

Le vase de pêche se balança alors tout seul et de l'eau limpide en surgit. Ensuite, L'Enfant Pêcheur recommença à chanter en souriant:

Coule, coule, eau limpide,
Nagez, nagez, poissons rouges!

L'eau se rida tout de suite et forma un tourbillon. Les deux poissons rouges devinrent vivants et nagèrent joyeusement dans le vase. L'Enfant Pêcheur reprit son chant:

Sautez, sautez, poissons rouges,
Jaillis, jaillis, eau limpide.

Les deux poissons rouges sautèrent quelques dizaines de cm hors de l'eau, puis tombèrent dans l'eau et recommencèrent. L'eau limpide jaillit en même temps et déborda du vase. A ce moment-là, L'Enfant Pêcheur prit la canne à pêche, la secoua légèrement quand les deux poissons rouges sautèrent en l'air et en pêcha un.

Puis il leva la canne. La rabaissa, le poisson rouge retomba brusquement dans l'eau: "Plouf", le poisson rouge retombé souleva de l'écume dorée qui se dispersa à l'extérieur du vase pour se transformer en billes d'or qui roulèrent sur l'herbe.

L'Enfant Pêcheur éclata de rire. Il accrocha l'un des poissons rouges, le secoua un moment en riant, puis le lâcha. Ensuite il accrocha l'autre poisson, le secoua également, en riant, puis le lâcha de nouveau, l'eau jaillit et de l'écume se souleva, et ainsi de suite.

Cela dura jusqu'à l'aube. L'Enfant Pêcheur avait l'air fatigué et cessa de jouer: il lâcha le poisson, tint la canne dans ses bras, s'assit sur la fleur de lotus, commença à chanter, souriant au vase:

Apaise-toi, eau limpide,
Calmez-vous, poissons rouges!

L'eau cessa de jaillir et les poissons rouges de sauter. La fleur de lotus s'éleva de l'herbe, rapetissa et recula jusqu'à l'intérieur du vase. Les éclairs dorés s'éteignirent en même temps. Puis, le jour se leva.

PARTIE IV

Retenant son souffle, le vieux pêcheur, le cou tendu, les yeux grands ouverts, avait regardé le phénomène toute la nuit. A ce moment-là, il se rendit sur l'herbe, prit le vase de pêche - c'était toujours le même vase! Cependant, dans l'herbe autour du vase, des billes d'or reposaient au fond de l'eau stagnante.

Le vieux pêcheur en ramassa un tas. Il fut si heureux qu'il ne savait pas comment s'exprimer. Il acheta alors avec des billes d'or les objets dont il avait besoin et mena dès lors une vie aisée. Le vase fournissait toujours des billes d'or la nuit. Le vieux pêcheur, après avoir travaillé laborieusement toute sa vie, commençait à avoir une vie de plus en plus large.

Un jour, le vieux pêcheur prit des billes d'or et alla au marché pour faire des commissions. En ville, lorsqu'il sortit ses billes pour payer, arriva un pasteur étranger qui passait par là en se pavanant. A la vue des billes d'or, il s'arrêta, en prit quelques-unes, les examina pendant un long moment et demanda en avalant sa salive:
- Vieillard, d'où viennent tes billes d'or?

Le vieux pêcheur, qui ne savait pas mentir, lui raconta comment il les avait obtenues. Le pasteur hôcha la tête en riant et demanda ensuite l'adresse et le nom du vieux pêcheur. Après quoi, il lui rendit les billes et s'en alla.

Le lendemain, ce fut la catastrophe.
Après le petit déjeuner, le vieux pêcheur allait partir à la pêche lorsque soudain apparurent deux personnes qui lui dirent:
- Vieillard, notre seigneur le préfet nous envoie te convoquer. Viens avec nous et apporte ton vase de pêche!

- Comment? Qu'est-ce qui s'est passé; je n'ai ni volé, ni cherché noise à personne, ni violé la loi, pourquoi me convoquer?

- Quelqu'un a porté plainte contre toi.

- Qui? A moins que ce soit le roi Dragon, parce que j'aime pêcher dans la rivière du Dragon.

- Hé, hé, ne rêve pas Ce n'est pas le roi Dragon, même pas un Chinois. La personne qui t'a accusé, notre seigneur le préfet n'ose pas la contrarier. Allons-y, tu le sauras au tribunal.

Cela dit, ils amenèrent le vieux pêcheur avec son vase de pêche.

PARTIE V

Au tribunal, le vieux pêcheur vit que le préfet était assis et parlait respectueusement avec le pasteur étranger qu'il avait rencontré. Il se dit alors:
"N'est-ce pas cet étranger qui m'a accusé?"

A ce moment-là, le préfet, en le voyant arriver, commença l'interrogatoire:
- Vieillard, as-tu un vase de pêche de jade blanc?

- Oui

- Sur le fond du vase, il y a des motifs représentant une paire de poissons rouges, de fines rides d'eau, une grosse fleur de lotus sur laquelle est assis un enfant pêcheur, n'est-ce pas ?

- C'est ça.

- La nuit, la fleur de lotus pousse, L'Enfant Pêcheur devient vivant, l'eau jaillit, les poissons rouges sautent et les éclaboussures deviennent des billes d'or, n'est-ce pas ?

- Exactement.

- Eh bien, c'est bon, continua le préfet en indiquant du doigt le pasteur étranger assis à côté de lui, vieux voleur, tu es bien audacieux pour avoir volé le trésor du pasteur! Il t'en a accusé: le vase de pêche lui appartient. Dis la vérité, comment l'as-tu volé, vite avoue!

- Qui est voleur! C'est à moi, ce trésor. Comment oses-tu dire que c'est moi qui l'ai volé! Comment peut-on être injuste à ce point! Je n'ai jamais vu un étranger aussi impudent de toute ma vie!

Très en colère, le vieux pêcheur expliqua en détails comment il avait repêché le vase de pêche dans la rivière et qu'il avait rencontré le pasteur la veille au marché.

PARTIE VI

En entendant cela, éberlué, le préfet salua le pasteur les mains jointes et lui dit tout en souriant:
- Mon révérend, comment faire selon vous?

- C'est simple: je vais l'interroger, répondit le pasteur. Puis, se donnant de grands airs, il s'adressa au vieux pêcheur:
- Vieillard, nous sommes venus en Chine pour propager la religion - ce qui est une bonne action, nous ne volons pas, ni ne cherchons à vous extorquer. Nous sommes justes. Le vase de pêche est un objet que j'ai apporté de mon pays, il a été fabriqué chez nous. Je l'avais mis dans l'église lorsque je suis venu. mais il a disparu ces derniers jours et je n'ai pas pu le retrouver. Hier, j'ai reconnu les billes d'or et ça m'a fait penser à mon trésor. Tu l'as volé, tout est clair maintenant, qu'est-ce que tu as à dire?

Hors de lui, le vieux pêcheur répliqua:
- Quel pasteur tu es! Tu as l'air bien cultivé, mais ce que tu dis ne vaut pas mieux que de la crotte!

Le pasteur tourna la tête vers le préfet et lui dit:
- Ce Chinois est non seulement un voleur, mais encore un insolent. Il faut le punir sévèrement. Qu'il me rende le vase et dise la vérité: Cela ne suffit pas, il faut le condamner et en faire une proclamation officielle. Voilà ce qui est raisonnable.

Le préfet poursuivit:
- Le pasteur a raison!

Puis il cria au vieux pêcheur:
- Vieux voleur, présente-lui le vase de pêche et dis-nous la vérité.

Le vieux pêcheur répondit:
- Qu'est-ce que tu veux que je présente et que je dise? Qui est le voleur? Ce vase était dans une rivière chinoise et a été repêché par un Chinois au risque de sa vie. pourquoi m'obliges-tu à le donner à un étranger? Pourquoi me forces-tu à avouer un vol!

Très fâché, le vieux pêcheur sortit le vase, et, le tenant à la main, indiqua du doigt L'Enfant Pêcheur sur le fond du vase en demandant au pasteur:
- Dis-moi, tu prétends que ce vase est fabriqué chez vous. Puisque c'est un produit étranger, pourquoi cet enfant est-il habillé à la façon chinoise et a-t-il un visage chinois?

PARTIE VII

A cette question, le pasteur ainsi que le préfet ne surent que répondre et se turent. Ils se regardèrent consternés pendant un long moment sans savoir que faire.

Embarrassé, le pasteur ne chercha plus à se donner raison, il se redressa promptement et dit au vieux pêcheur:
- Je veux ton vase, tu es obligé de me le donner!

Le préfet, lui aussi, se mit en colère, frappa la table avec un morceau de bois pour intimider l'accusé et lui cria:
- Ne pas lui donner, c'est violer la loi!

Plein de dégoût, le vieux pêcheur tremblait de colère. Les mains agîtées, il s'évanouit et le vase tomba par terre, "crac", il se brisa en mille morceaux.

Chose inattendue: L'Enfant Pêcheur sauta tout vivant des débris, agita sa canne à pêche, l'hameçon accrocha la mâchoire supérieure du pasteur. Ensuite il la tira, l'agita et alors le pasteur s'éleva en l'air sans savoir que faire, en tendant les bras et les jambes et en poussant des cris. L'Enfant Pêcheur secoua brusquement la canne; houp! le pasteur fut lancé dans le ciel et s'éloigna en exécutant une suite de sauts périlleux.

A ce moment-là, L'Enfant Pêcheur agita de nouveau la canne qui se rapetissa aussitôt. Il se prépara à recommencer et le préfet, croyant que c'était à son tour, se glissa sous la table. Il eut si peur qu'il en mourut.

L'Enfant Pêcheur aida le vieux pêcheur à se relever, ce dernier reprit petit à petit connaissance et tous les deux sortirent du tribunal pour aller on ne sait où.

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MessageSujet: Re: Légendes de 61 à 70   9/2/2007, 09:42

Li Jing


PARTIE I

A l'époque des Tang, vécut un général qui jouissait d'une grande renommée. Il s'appelait Li Jing et était duc de Weiguo. Quand il n'était encore qu'un homme obscur, il allait souvent chasser dans les monts Ling. Il s'arrêtait souvent pour dormir dans un petit village. Un vieillard l'hébergeait et lui préparait de copieux repas.

Avec le temps, Li Jing s'était attaché au vieil homme et au village hospitalier. Un jour qu'il avait rencontré un troupeau de cerfs et s'était lancé à leur poursuite, la nuit l'enveloppa soudaine et silencieuse. Pour rien au monde, Li Jing n'aurait lâché sa prise, si bien qu'il s'égara.

La nuit était très noire, loin des sentiers battus, longtemps il chercha le chemin du retour; une profonde mélancolie l'avait envahi. Des yeux, il cherchait à percer l'obscurité. Enfin, il aperçut au loin une lumière qui brillait. Il partit au galop et après une longue chevauchée, il arriva devant une riche bâtisse aux portes laquées de rouge, entourée d'une haute muraille.

Il frappa à la porte; il dut attendre un long moment avant qu'on ne vienne lui ouvrir. Le chasseur se présenta et expliqua à l'interlocuteur qu'il s'était perdu dans la montagne et demandait l'hospitalité pour la nuit.

L'homme semblait hésiter; il répondit que les jeunes seigneurs étaient tous partis , la vieille dame, restée seule n'accepterait peut-être pas de le recevoir. Li le pria d'insister auprès de sa maîtresse. Quelques secondes plus tard l'homme était de retour :
" Les circonstances auraient voulu, dit-il, que ma maîtresse ne vous reçoive pas; mais étant donné que la nuit est noire et que vous êtes égaré, l'hospitalité est de rigueur." Le domestique conduisit Li dans la salle de séjour. Une seconde après une jeune servante vint annoncer la maîtresse de maison.

C'était une dame sur la cinquantaine, simplement vêtue, mais l'élégance et la grâce du comportement révélaient qu'elle appartenait à un milieu élevé. il s'empressa de s'incliner. La vieille dame le salua à son tour en disant :
- Mes fils étant tous partis, on n'aurait pas dû vous héberger. Mais le ciel est couvert et vous vous êtes perdu. Si on ne vous gardait pas, où iriez-vous ? Nous sommes ici à la campagne, vous voudrez bien nous pardonner si mes garçons à leur retour ou quelque bruit venaient à troubler votre sommeil.

On lui servit un repas délicieux, riche en poissons. Ensuite la vieille dame le quitta pour sa chambre et deux jeunes servantes apportèrent le nécessaire pour la nuit; la couverture et le matelas étaient propres et parfumés. Après avoir préparé le lit, elles s'en allèrent, fermant la porte derrière elles...

PARTIE II

Li se demandait qui pourrait bien rompre dans cette région montagneuse et solitaire le silence de la nuit, il eut peur et décida de résister au sommeil, il resta assis, les oreilles tendues...

Vers minuit, il entendit frapper violemment à la porte. Quelqu'un alla ouvrir. Le nouveau dit :
- L'édit céleste ordonne au Seigneur-Premier de faire pleuvoir, sans tarder, à sept cents lis à la ronde de la montagne. La pluie tombera fine et dru, sans violence et s'arrêtera avant la cinquième veille.

Le serviteur prit l'édit et alla le présenter à sa maîtresse des lieux, qui eut un ton inquiet.
- L'édit céleste est déjà là , et mes deux fils ne sont pas encore rentrés, dit-elle. Je ne puis refuser et nous serons punis si la pluie ne tombe pas à l'heure indiquée. Même si j'envoie quelqu'un pour les prévenir, il sera toujours trop tard pour exécuter les ordres à temps... D'autre part, les domestiques n'ont pas le droit de faire la pluie... Ah, qu'y puis-je ?

Une servente vint à son secours :
- Le visiteur installé dans la salle ne semble pas être un homme ordinaire. Madame pourrait peut-être l'inviter à remplacer le Seigneur-Premier ?

Ravie de la suggestion, la vieille dame alla frapper à la porte de la salle et demanda :
- Monsieur est-il réveillé ? Voudrait-il sortir une seconde ?

- A vos ordres, répondit Li Jing, qui fut aussitôt dehors.

- Il faut que vous sachiez, lui dit la maîtresse des lieux, que vous êtes ici dans le Palais du Dragon et non pas dans une maison ordinaire. Mon fils aîné se trouve pour le moment à la mer Orientale pour assister à un mariage, tandis que mon deuxième fils est parti avec sa soeur cadette. Un édit céleste vient d'arriver, qui nous somme de déclencher la pluie dès l'aube. Il faudrait parcourir plus de dix milles lis pour en informer l'un ou l'autre de mes fils et il est fort difficile de choisir un remplaçant. Voulez-vous m'aider ?

- Je ne suis qu'un mortel, il n'est pas en mon pouvoir de chevaucher les nuages , et encore moins de faire la pluie. Mais si vous voulez bien m'indiquer le moyen, je vous obéirai en tous points.

- Ah, si Mon Seigneur suit mes conseils, rien n'est impossible !

PARTIE III

La vieille dame ordonna à un vieux domestique d'amener un cheval blanc ainsi qu'une bouteille en métal ronde et plate comme une galette, qu'elle fit attacher à la selle. Se tournant vers Li Jing, elle lui recommanda :
- Il faut que vous chevauchiez ce cheval sans tirer sur la bride et le laissiez aller à son gré. Lorsque vous l'entendrez hennir à chaque bond, vous verserez une goutte d'eau du récipient sur sa crinière; j'ai bien dit : Une seule goutte...

Il enfourcha le cheval qui partit au galop. Il s'étonnait de la vitesse de l'animal lorsqu'il s'aperçut qu'il était déjà au-dessus des nuages. Le vent soufflait en rafales et le tonnerre grondait. Le cheval hennit. Li saisit la bouteille; à chaque bond de sa monture il fit tomber une goutte d'eau sur sa crinière, comme il lui avait été ordonné.

A la lueur d'un éclair qui déchira les nuages, Li reconnut le village où il trouvait refuge lors de ses parties de chasse.
"J'ai trop souvent importuné les habitants de ce village, pensa-t-il, et je leur dois reconnaissance. Depuis longtemps je désire les récompenser, après cette longue sécheresse, les plantes ont besoin d'eau. Puisque j'ai pouvoir de commander à la pluie, pourquoi en être avare ?"

La pensée le traversa qu'une goutte d'eau n'aurait jamais suffi à bien tremper la terre, aussi en versa-t-il vingt gouttes à la suite. Bientôt la pluie tombe à verse et Li rentra avec son cheval.

Il trouva la vieille dame pleurant dans la salle qui lui dit :
- Comment Mon Seigneur a-t-il pu se tromper à ce point ? Je vous ai bien dit de ne verser qu'une seule goutte, pourquoi ne pas m'avoir écoutée ? Une goutte d'eau du ciel équivaut sur terre à une pluie haute d'un pied. A minuit le village était submergé par vingt pieds de pluie. Il n'y a pas un seul survivant. J'ai déjà été jugée coupable et condamnée à 80 coups de bâton.

PARTIE IV

La dame montra son dos couvert de sang. Ses fils eux aussi allaient être punis. Li Jing était honteux et confus et ne savait trop que répondre. La vieille dame reprit :
- Je sais bien que vous n'êtes qu'un simple mortel ignorant des nuages et de la pluie. Je n'ose vous en vouloir. Maintenant, je m'inquiète pour vous, car le roi Dragon pourrait s'en prendre à vous. Il vaut mieux que vous quittiez ces lieux le plus tôt possible. Je voudrais néanmoins vous remercier pour votre service. Je n'ai ici avec moi que deux domestiques à vous offrir. Vous pouvez les prendre tous les deux ou en choisir un, selon votre préférence.

A son ordre, deux hommes sortirent, l'un du couloir de l'est, l'air souriant et distingué; l'autre du couloir de l'ouest, l'air rude et agressif. "En tant que chasseur, pensa Li Jing, j'ai toujours à faire à des bêtes furieuses. Un seul domestique me suffit, mais il ne doit pas avoir l'air trop accommodant, je veux que l'on sache qui je suis." Ausi dit-il à la dame :
- Je m'en voudrais trop de vous priver de vos deux valets. Puisque vous avez la gentillesse de m'en faire le don, je prendrai avec moi l'homme à l'aspect rébarbatif.

La dame répondit avec un sourire aimable :
- C'est cela que vous avez choisi !

Li fit ses adieux à la vieille dame et s'éloigna, suivi de son valet. Il parcourut un bout de chemin et se retourna pour saluer une dernière fois. Quelle ne fut pas sa surprise en découvrant que la maison avait disparu ! Il voulut s'adresser à son domestique, mais ne le trouva pas non plus.

Li chercha le chemin du retour. A l'aube, il arriva au village qu'il avait voulu récompenser. L'eau s'y étendait à perte de vue; seules quelques branches d'arbres qui flottaient çà et là.

EPILOGUE

Par la suite, Li Jing allait devenir un puissant guerrier. A la tête de ses soldats il écrasa bien des révoltes et apporta la paix dans le pays. Partout l'on célébrait ses exploits militaires. Pourtant il n'arriva jamais à devenir Chancelier de l'Etat. Serait-ce l'effet d'un mauvais choix ?

On dit qu'à l'Est de la passe de Tongguan le pays est le berceau des Chanceliers et à l'Ouest, celui des Généraux.

N'y a-t-il pas là une allusion aux deux valets, débouchant l'un du couloir de l'Est, l'autre du couloir de l'Ouest ?

N'empêche que le terme "valet" indique l'être subalterne :
Même si Li Jing avait accepté les deux valets, il serait devenu tout au plus Général et Chancelier à la fois.

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MessageSujet: Re: Légendes de 61 à 70   9/2/2007, 09:44

La Source de Baotu


PARTIE I

Il y a très très longtemps, habitait dans la ville de Jinan un jeune bûcheron du nom de Bao Quan. Même s'il s'exténuait à longueur de journée dans les bois, il n'arrivait pas à faire vivre décemment ses vieux parents.

Une année, son père et sa mère tombèrent malades subitement. Mais pauvre hère qui avait déjà du mal à manger à sa faim, comment aurait-il pu trouver l'argent pour les faire soigner?

A bout de ressources, il dut recourir à ses amis et parents. Bien qu'il eût, avec de la peine, réussi à ramasser quelques pièces d'argent, il ne parvint pas à faire venir de médecin. L'un, sous prétexte de manquer de temps, lui tourna le dos, l'autre refusa catégoriquement de venir. Alors, l'un après l'autre ses parents moururent dans ses bras.

"Je suis un homme, mais je ne peux même pas faire soigner mes vieux parents!" se dit-il. En proie à un désespoir indicible, il voulut se pendre. Mais il y renonça en pensant à tous les autres misérables autour de lui qui ne pouvaient pas non plus sauver leurs parents de la maladie.

A cet instant l'idée lui vint d'apprendre la médecine auprès d'un moine qui habitait dans la montagne du sud. Désormais, tous les soirs après son travail dans les bois, il allait voir le moine et lui demandait des conseils de médecine.

Touché par son zèle pour ses études comme par les services assidus qu'il rendait au temple, le moine en fit son apprenti et lui transmit sans réserve ses connaissances médicales.

Au bout d'à peine un an de dur travail, Bao Quan réussit à savoir prescrire des ordonnances. Dans les montagnes, tout en coupant du bois, il cueillait aussi des plantes médicinales. Il soignait volontiers les pauvres et grâce à son art miraculeux, il rendit en quelques années la santé à d'innombrables malades. Par ailleurs il refusait sans exception tout l'argent et tous les cadeaux et tenait à continuer à vivre de son travail de bûcheron. Ses bonnes actions lui valurent un grand renom.

PARTIE II

A cette époque là, il n'y avait pas du tout de sources à Jinan. Les gens buvaient l'eau de pluie qui s'accumulait en été dans les mares. Parfois polluée par des chiens et des chats morts, cette eau immonde ne manquait pas de nuire à la santé des citadins. Ce qui était le pire, c'étaient les sécheressses qui les privaient même de cette eau sale.

A ces moments-là, s'ils voulaient acheter un bol d'eau de puits chez les riches, il leur fallait le payer la contrepartie d'un bol de céréales. Les pauvres ne pouvaient que soupirer devant ce trésor inaccessible!

Une année, pas une goutte de pluie ne tomba dans la région de Jinan. Aucune plante ne poussait sur la terre fendillée et crevassée. Et comme un malheur ne vient jamais seul, une peste dangereuse s'abattit sur les habitants squelettiques consumés par la faim. De l'écume à la bouche, les malades avaient les yeux révulsés, tremblaient de fièvre une heure à peine et mouraient.

Bao Quan consacrait tout son temps à soigner les malades. Appelé tantôt chez les Zhang, tantôt chez les Li, il n'arrivait pas à s'occuper de tous ses clients, malgré le rythme vertigineux de son travail. Quand les malades pauvres ne pouvaient payer l'eau qu'il fallait pour préparer de la potion, le matin il devait parcourir une vingtaine de kilomètres pour aller puiser de l'eau dans la rivière Daqing.

Un jour, deux seaux d'eau à la palanche sur son épaule, Bao Quan, ruisselant de sueur, s'en revenait de la rivière, lorsqu'il entendit un gémissement. Il regarda autour de lui et aperçut un vieillard à barbe blanche, étendu dans le fossé, près de la route. Les yeux fixes et de l'écume aux coins des lèvres, il était sur le point de rendre son dernier soupir. Bao Quan posa aussitôt sa palanche et fit avaler au vieillard un peu de poudre qu'il portait dans sa poche.

PARTIE III

Quelques minutes avaient à peine passé que le vieillard émit un gargouillis. Il ouvrit lentement ses yeux et vit un jeune homme qui le soutenait. Il se dressa sur son séant et examina son sauveur des pieds à la tête:
- Est-ce toi qui m'as administré des médicaments?

- Oui, vieillard, ça va mieux?

- Jeune homme, demanda subitement le vieux, qui t'a dit de me soigner?

- C'est ma conscience qui m'a dit de vous aider. Qui ne sauverait un moribond?

- Tu penses m'avoir sauvé, or tu m'as fait du tort, jeune homme! répliqua en soupirant le vieillard.

- C'est de bon coeur que je vous ai rappelé à la vie. Comment ai-je pu vous porter préjudice?

- Une fois mes yeux fermés, répondit le vieillard, j'aurais ignoré toute souffrance! maintenant tu m'as fait revivre, mais je ne verrai plus les miens qui sont tous morts de faim ou de maladie. Alors vivre seul, cela ne reviendra-t-il pas à souffrir?

Réflexion faite, Bao Quan s'empressa de proposer au vieux:
- Père, mes parents m'ont quitté pour toujours, faute d'argent pour se faire soigner. Maintenant je vis solitaire. Si vous n'y voyez pas d'inconvénient, je voudrais vous prendre comme père adoptif.

Le vieillard releva la tête et examina de son regard scrutateur le jeune homme si sincère. Un brin de sourire apparut sur ses lèvres. Il acquiesça d'un signe de tête. Alors Bao Quan reprit sa palanche et se dirigea en soutenant son père adoptif vers sa maison.

PARTIE IV

Le vieillard était désolé de voir son fils adoptif si occupé à prodiguer ses soins. Il lui fit remarquer:
- Mon fils, ce n'est pas tellement facile de guérir tous les malades pauvres. Je vais te proposer un moyen de t'en sortir, mais c'est très difficile.

- Mon père, pour guérir mes clients, je suis prêt à me précipiter dans l'eau bouillante ou dans le feu. Dis-moi vite! Quel moyen?

- Sur le mont Taishan se trouve une source du nom de Dragon noir. L'eau de cette source est l'ennemie jurée de la peste. Si tu réussis à y puiser deux seaux d'eau, et que tu en mets une goutte dans le nez de chacun de tes malades, toute peste sera chassée. Mais la source est presque inaccessible à cause de la hauteur vertigineuse de la montagne, de la longueur du trajet et de la route abrupte. Par ailleurs la montagne fourmille de loups, de serpents, de léopards et de tigres.

- Mon père, répondit en souriant joyeusement le garçon, ces obstacles ne sont rien pour moi, qui coupe du bois à longueur de journée dans la montagne. Tu vas garder la maison. Si quelqu'un vient me chercher, tu lui diras que je suis allé cueillir des plantes médicinales. Je partirai demain au chant du coq.

Le lendemain à l'aube, Bao Quan prit sa palanche et se mit en route. Son père adoptif lui montra un bâton en disant:
- Prends-le! Il t'épargnera pas mal de fatigues.

Et Bao Quan de se diriger avec le bâton vers le mont Taishan.

Comme il brûlait d'y arriver au plus vite! Il se levait avant le lever du jour et ne s'arrêtait qu'après la tombée de la nuit. Au bout de trois jours de route il arriva enfin au pied de la montagne.

En s'aidant du bâton de son père, il monta si vite qu'il se trouva bientôt à mi-pente sans la moindre peine. Il y aperçut en effet une source d'eau qui, plutôt profonde qu'immense, avait une eau vert émeraude comme du nectar.

Il en prit aussitôt dans ses deux mains et en but. Quelle fraîcheur agréable!
"Si Jinan avait la chance d'avoir une pareille source, s'exclama-t-il, il n'y aurait plus là-bas ni soif ni maladie, et les terres n'y souffriraient plus de la sécheresse!"

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MessageSujet: Re: Légendes de 61 à 70   9/2/2007, 09:44

PARTIE V

Fasciné par le beauté du paysage de la montagne, il avait très envie de monter jusqu'au sommet pour embrasser des yeux tout ce panorama féerique. Mais le souvenir de ses clients qui l'attendaient avec angoisse le fit changer d'avis. Alors il posa sa palanche, accrocha un seau à son bâton avec une corde et le plongea dans l'eau.

Chose curieuse, une fois trempé dans l'eau, le bâton eut l'air de devenir plus solide et il plongea vigoureusement vers le fond de la source. De peur de perdre le bâton de son père adoptif, Bao Quan ne voulut pas lacher prise, si bien que bâton et homme s'enfoncèrent ensemble. Ne sachant pas nager, il se résigna à attendre la mort et ferma les yeux.

Sur ces entrefaites, des clapotis lui résonnèrent dans les oreilles avec une telle force qu'il se sentit comme flottant au milieu des nuages. Un instant après il atterrit subitement. Il ouvrit furtivement les yeux et aperçut des Palais en cristal dont les fenêtres, les portes et les murs lui éblouissaient les yeux.

Surpris, il en vit sortir un vieillard au visage jeune et aux cheveux blancs.
- Qui a la témérité de pénétrer dans mon Palais des Dragons? marmonna le vieillard.

Aux mots "Palais des Dragons", Bao Quan fut pris de peur. Il salua le vieillard en joignant les mains:
- Pardonnez-moi, votre majesté Roi Dragon, dit-il, je suis venu à la source du Dragon noir pour prendre de l'eau curative. C'est par mégarde que je suis tombé dans le Palais de votre majesté.

- N'aie pas peur, fit en souriant le Roi Dragon. J'ai été mis au courant de ta bonne intention par mon neveu. Maintenant que tu es chez moi, tu es invité à y séjourner bien sûr. Je te reconduirai chez toi dans quelques jours.

Rassuré, Bao Quan se demanda comment le neveu du Roi Dragon était au courant de sa conduite. Après avoir beaucoup réfléchi, il comprit enfin: le bâton de son père adoptif était sans doute un petit Dragon métamorphosé, puisque trempé dans l'eau il s'était efforcé d'y plonger. Mais il se gardait d'être indiscret, et se contenta de supplier son hôte:
-Je me permets de demander à votre majesté de me laisser partir, parce qu'un jour de retard va coûter force vies à mes malades.

- Tous les ans, le deuxième jour du deuxième mois lunaire je retourne à la mer Orientale. Je vais t'emmener en passant. Reste ici à te reposer trois jours.

Rien à faire! et Bao Quan dut obéir à son hôte trop hospitalier.

PARTIE VI

Dans le Palais, perles, bijoux, objets et jade, soie, satin, brocart n'arrivaient à lui réjouir les yeux, ni les mets recherchés, faits de produits de montagnes et de mers, à lui flatter l'appétit.

Au bout de trois longs jours pénibles, arriva enfin le deuxième jour du deuxième mois lunaire. Le Roi Dragon l'invita à s'asseoir dans son salon et lui dit cordialement:
- A vrai dire, celui que tu as sauvé, c'est mon frère. Il a envoyé mon neveu me demander de te faire un cadeau à titre de récompense. Mais je ne sais ce que tu préfères parmi tant de choses.

Cette confidence encouragea Bao Quan. Il indiqua un pot en jade blanc d'où jaillissait sans discontinuer de l'eau fraîche et douce que le roi lui avait offerte.
- Je n'ai besoin de rien, répondit-il, si ce n'est de ce pot en jade blanc.

- Mon Palais est gorgé de trésors, pourquoi choisis-tu seulement ce pot? S'exclama le roi en caressant sa barbe avec un sourire.

- Les trésors ne me sont d'aucune utilité pour exercer la médecine. Mais l'eau de ce pot sauvera mes clients.

- Ce pot en jade blanc, répondit le roi avec un peu d'embarras, fait partie du précieux patrimoine de ma famille. L'eau peut en jaillir éternellement. Mais je suis tellement touché par ton coeur d'or qui, d'ailleurs, t'a fait sauver mon frère, que j'accepte de te l'offrir. Alors, emporte-le!

Fou de joie, Bao Quan prit le pot et le serra sur son coeur.

- Comment allons-nous voyager? demanda-t-il.

- Tu n'as qu'à me tenir par le pan de mon vêtement. Quelque bruit que tu entendes, n'ouvre pas les yeux. Tu ne les ouvriras que lorsque tu sentiras tes pieds toucher la terre, d'accord?

Alors Bao Quan saisit le pan du vêtement du roi et ferma les yeux. Crac! il eut l'impression de s'envoler dans les airs. Autour de lui retentissaient le mugissement du vent, le crépitement de la pluie et le grondement du tonnerre.

PARTIE VII

Peu après il sentit la terre ferme sous ses pieds. Il ouvrit les yeux et à sa surprise, il se trouvait exactement dans la cour de sa maison! Le pot en jade blanc intact qu'il avait entre les mains lui confirma qu'il ne s'agissait pas d'un rêve, et il se précipita vers sa chambre en criant "Père". Mais personne ne lui répondit. Sur le mur, il lut quelques vers signés par son père adoptif.

Bao Quan a un coeur d'or, unique au monde
Le Roi Dragon lui a fait cadeau d'un pot en jade immaculé
Le nectar peut guérir toutes les maladies de l'humanité
On ne craint plus ni la sécheresse ni le tarissement de la mer

A la nouvelle de son retour, ses voisins vinrent le voir et lui racontèrent à l'envie:
"Le lendemain de ton départ, une cigogne venue du ciel s'est soudain posée sur le pont devant ta maison. Assis sur le dos de la cigogne, ton père adoptif s'est envolé vers l'Orient". Bao Quan comprit que son père était retourné dans la mer Orientale.

Bao Quan tira le pot de sa poche et offrit à chacun une tasse d'eau. Alors les malades se sentirent aussitôt rétablis, et les autres, débordants de vitalité et d'énergie.

La nouvelle se transmit de maison en maison. Il ne fallut pas beaucoup de temps pour que les malades accourent le consulter à la queue leu leu. Ses clients, tous guéris sans exception, l'appelèrent "médecin divin".

Le préfet, bientôt mis au courant de cette histoire, couva immédiatement de mauvais desseins.
"Si je réussis à m'emparer de ce pot miraculeux, se dit-il, je l'offrirai à l'Empereur et je serai nommé fonctionnaire sinon de premier ordre, du moins de grade supérieur. Alors or et argent, belles femmes et concubines, rien ne me manquera. Oh, quel bonheur !"

Réflexion faite, il fit venir un huissier de service et l'envoya acheter le pot en jade blanc pour dix taëls d'argent.
"Si par hasard il ne veut pas le vendre, emprunte-le pour moi!" ajouta-t-il.

PARTIE VIII

L'huissier ne tarda pas à faire savoir l'intention du préfet à Bao Quan. Celui-ci n'osa pas refuser catégoriquement ni ne voulait le vendre, sachant très bien ce que cela représenterait pour ses clients pauvres.

Le voyant hésiter, l'huissier lança:
- le préfet voudrait emprunter le pot pour l'admirer, si vous ne voulez pas le lui céder.

Bao Quan savait bien que l'emprunter voulait dire s'en emparer. Mais il était impossible de refuser. Comment faire? Il s'avisa soudain d'un moyen de gagner du temps:
- Seigneur officier, bien qu'assez ordinaire, mon pot est un patrimoine familial. Il est donc impossible de le vendre. Le seigneur préfet peut l'emprunter, mais qu'il me le rende le plus vite possible!

Et il donna un vieux pot à thé à l'huissier. Comme celui-ci n'avait jamais vu le pot en jade blanc, il marmonna en regardant le pot en argile:
- Aïe! Notre seigneur ne sait vraiment plus comment dépenser son argent. Un vieux pot de ce genre, on pourrait en acheter dans la rue une bonne centaine pour dix taëls d'argent! Et il retourna avec le faux pot vers la résidence du préfet.

"Je me suis débarrassé de l'huissier, pensa Bao Quan, mais le seigneur ne va pas manquer de découvrir la vérité. Il ne va pas en rester là. Il va envoyer ses hommes de main me l'arracher de force!"

Et il versa aussitôt de l'eau du pot en jade dans une grande jarre pour soigner ses malades, puis il enterra profondément le pot dans sa cour.

Le préfet prit le pot des mains de l'huissier, mais il ne put en aucune façon en verser d'eau. Sa moustache redressée de fureur, il injuria l'huissier:
- Espèce de vieil idiot! Qui t'a dit que c'était le pot sacré? Va vite arrêter Bao Quan, le sale coquin!

PARTIE XI

A peine avait-il enterré le pot que Bao Quan fut arrêté et mené devant le tribunal. Le préfet, malin, lui demanda:
- Où caches-tu le pot en jade blanc que tu m'as volé? Dis!

- J'ai perdu aussi un pot en jade blanc, répondit Bao Quan, c'est un patrimoine de ma famille! Vous me réclamez le vôtre, mais moi, à qui devrais-je demander le mien?

Fou de rage, le préfet cria:
- Donnez-lui des coups de bâtons!

Et tout le corps de Bao Quan ne fut bientôt plus qu'une plaie vive! Mais il continuait à affirmer qu'il avait été volé. A bout de ressources, le préfet dut ordonner aux huissiers de fouiller sa maison.
- Allez! Trouvez-le-moi même s'il faut creuser trois pieds sous terre! ajouta-t-il.

Les huissiers fouillèrent toute la maison sans en trouver trace. Alors ils firent creuser la cour par des voisins. Vers le soir, une fosse rectangulaire d'environ quatre-vingts pieds de large était apparue dans la cour. Mais pas l'ombre d'un pot! Les huissiers impatients sautèrent dans la fosse, et cherchèrent minutieusement à la lumière des torches.

Pour finir, ils réussirent à le trouver. A sa vue, les voisins bondirent d'inquiétude, tandis que les huissiers très contents se précipitèrent tous pour s'en emparer.

Pour leur malheur, le pot en jade se trouvait cloué dans la terre comme une plante bien enracinée. Impossible de le déplacer! Angoissés comme des chiens en rage autour d'un moulin, ils se mirent à l'oeuvre, les uns tirant l'embouchure du pot, les autres en tenant l'anse ou le manoeuvrant avec un levier.

Soudain, avec un rugissement terrible, jaillit de la terre une colonne d'eau gigantesque qui s'éleva à quelques dizaines de mètres. Les huissiers, projetés en l'air, retombèrent dans la fosse où ils moururent noyés.L'eau torrentielle jaillissait avec une telle énergie que des gouttes s'envolèrent partout dans la ville.

Partout où tomba une goutte apparut une source. C'est depuis lors que Jinan est connue comme la ville des sources. L'eau de ces sources abreuve ses habitants, chasse la peste, irrigue les cultures. Le voeu du père adoptif de Bao Quan s'est réalisé: On ne craint plus ni la sécheresse ni le tarissement de la mer.

Dans cette histoire, le préfet avait perdu la face et ses huissiers. Indigné, il fit exécuter Bao Quan.

Pour commémorer les mérites de Bao Quan et de son père adoptif, on appelle la grande source "source de Bao Quan" et "pont de la Cigogne" le pont où le père s'était envolé sur le dos d'une cigogne.

Avec le temps, la grande source prit le nom de "source de Baotu", car elle gazouille sans relâche: gutu, gutu, gutu, gutu...

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MessageSujet: Re: Légendes de 61 à 70   9/2/2007, 09:44

L'Histoire des Grèves Wangniang


PARTIE I

Il y a des années, la plaine ouest du Sichuan avait connu une sécheresse si grave que les arbres étaient morts, les jeunes plantes avaient jauni, les rizières s'étaient fendues , les lacs laissaient paraître leur fond, et les rayons d'un soleil rouge feu brillaient chaque jour sur la terre.

Dans un petit village, au bord d'un rapide, habitait une famille. La mère qu'on appelait Mère Nie avait plus de 40 ans et son fils Nie Lang en avait 14. Ils louaient un champ mais, après avoir payé le fermage, les quelques boisseaux de céréales qui restaient ne leur suffisaient pas; Nie Lang devait aller ramasser du bois de chauffage et des herbes pour les vendre. Très sincère, laborieux et sage, il était toujours prêt à aider les voisins. Il s'entendait bien avec les enfants de son village et son meilleur ami s'appelait Changsheng.

Un jour, au premier chant du coq, il alla comme toujours, un panier au dos, couper des herbes à la faucille. Tout en montant vers la Cime du Dragon, il pensait:
"Mon ami Changsheng m'a dit hier que Zhou le Richard demande des herbes pour nourrir son cheval, il faut que j'en coupe davantage pour les lui vendre."

Pris par ses pensées, insensiblement, Nie Lang avait dépassé le cime du Dragon rouge.

Dans le fossé du Dragon au bas de celle-ci, il y avait eu au printemps, abondance de poissons et de crevettes, et d'herbes sur ses rives. Mais l'endroit n'était maintenant que caillasses. Nie Lang poussa un soupir, et pensait aller ailleurs, quand il vit soudain une silhouette blanche derrière le Temple tutélaire. Très étonné, il dit:
- Hé! Un lièvre blanc!

A l'idée que le lièvre mangeait l'herbe tendre, il le poursuivit sur on ne sait combien de lis. Arrivés au fond de la vallée, le lièvre disparut. Mais, Nie Lang découvrit là une touffe d'herbes vertes, et tout joyeux, en coupa un plein panier.

Fait extrêmement bizarre, ces herbes repoussèrent le lendemain. Il alla donc les couper deux jours de suite. Puis il pensa:
"Il vaudrait mieux que je les arrache et les plante derrière ma maison, au lieu de courir à chaque fois comme un lapin sur une dizaine de lis."

Il se dépêcha de creuser la terre et arracha les herbes. Or dès qu'il voulut se relever, il vit une flaque d'eau, à la surface de laquelle brillait une perle. Il la prit, tout joyeux, la mit prudemment dans son giron et rentra chez lui, son panier d'herbes sur le dos.

PARTIE II

A son arrivée à la maison, le soleil se couchait déjà derrière la montagne. Mère Nie était en train de préparer la bouillie de maïs. A la vue de son garçon, elle se plaignit amèrement:
- Pourquoi rentres-tu si tard?

Nie Lang lui raconta son aventure et sortit la perle de contre sa poitrine. Soudain, toute la maison fut illuminée d'un éclat si éblouissant qu'on ne pouvait garder les yeux ouverts. La mère s'empressa de lui dire de la cacher dans le pot de riz. Après le dîner, Nie Lang planta les herbes derrière sa maison, près d'un bosquet de bambous.

Le lendemain, il se leva très tôt et courut jeter un coup d'oeil sur ses plantations. Hélas, les herbes étaient toutes desséchées. il rentra dans la maison pour voir si la perle était encore là. A peine eut-il ouvert le couvercle du pot de riz, qu'il cria, stupéfait:
- Maman, venez vite voir!

Le pot était plein de riz, et au-dessus il y avait encore la perle. Ils surent que c'était une perle magique, car, depuis lors, si l'on posait la perle dans le pot de riz, le riz augmentait, et si on la mettait sur de l'argent, l'argent se multipliait.

La famille ne manquait désormais plus ni d'habit, ni de nourriture. Quand les voisins n'avaient pas de quoi manger, Mère Nie disait à son fils de leur apporter du riz. Pauvre lui-même, Nie Lang voulait bien aider les voisins en difficulté. La nouvelle se répandit vite. Quand il la connut, Zhou le Richard, un hobereau despotique du village, dit à son intendant:
- Il faut essayer par tous les moyens de nous emparer de cette perle!

- Seigneur, dit l'intendant, la famille des Nie est pauvre, il sera facile de l'acheter avec une somme rondelette.

Mais comme Nie Lang était bien sûr trop intelligent pour se laisser tromper, Zhou et son intendant conçurent un noir dessein: l'intendant irait avec quatre valets piller la maison des Nie, en prétextant que Nie Lang avait la perle précieuse de la famille des Zhou transmise par leurs ancêtres.

Si Nie Lang ne donnait pas la perle, on le ligoterait et l'enverrait à la préfecture. Lorsque Changsheng, gardien de chevaux chez Zhou, eut vent de ce complot, il sortit en cachette et alla en informer Nie Lang pour qu'il s'enfuit immédiatement avec sa mère.

PARTIE III

Mère et fils étaient tout affairés à leurs préparatifs de départ quand l'intendant de Zhou les arrêta sournoisement à leur porte.
- Rendez-moi vite la perle magique de mon maître ou vous êtes morts tous les deux! cria-t-il.

Devant ces paroles, Nie Lang se mit en colère et dit en pointant l'index sur l'intendant:
- Tu ne sais que malmener les pauvres en t'appuyant sur Zhou le Richard. Sur quelle preuve m'accuses-tu de vol?

Sans prendre la peine de lui répondre, l'intendant donna l'ordre aux valets de fouiller la maison. Ceux-ci n'y trouvèrent rien. L'intendant écarquilla ses yeux et leur dit de fouiller le corps de Nie Lang. Celui-ci se hâta de mettre la perle dans sa bouche.

- C'est fichu, fichu! Nie Lang a avalé la perle; elle est dans son ventre! crièrent les valets.

- Battez-le! hurla l'intendant.

Sous les coups de poings et de pieds, Nie Lang s'évanouit. Heureusement, quelques dizaines de voisins réussirent à chasser l'intendant et les valets, puis ils portèrent Nie Lang à l'intérieur et se mirent à soigner ses blessures. Mère Nie, assise près du lit, gardait son enfant, les larmes aux yeux.

Après minuit, Nie Lang se réveilla soudain et dit à haute voix:
- Que j'ai soif! Je veux boire de l'eau!

Voyant que son fils parvenait à parler, Mère Nie, très joyeuse, se hâta de lui donner un bol d'eau. Nie Lang le vida d'un coup et en demanda un autre. Très impatient, il se mit à plat ventre sur le rebord de la grande jarre et en but toute l'eau. Sa mère tremblait de peur.
- Mon fils, c'est terrifiant de te voir boire tant d'eau!

- Maman, mon coeur souffre comme s'il était brûlé par un feu violent! Maman, je veux encore boire!

- Il n'y a plus d'eau dans notre grande jarre!

- Je veux aller boire dans le rapide!

Là-dessus, un éclair zébra le ciel et illumina toute la maison, suivi de la foudre. Nie Lang sauta par terre et courut dehors. Sa mère se précipita pour le poursuivre, mais plus elle courait, plus la peur montait en elle. Peu de temps après, une rivière apparut devant eux, semblable à un long ruban gris.

Tout comme un possédé, Nie Lang se jeta au bord de la rivière et but en glougloutant. Les éclairs et les coups de tonnerre se succédaient. En un clin d'oeil, Nie Lang avait absorbé la moitié de l'eau de la rivière.

PARTIE IV

Tout en le tirant par les pieds avec force, sa mère s'écria:
- Qu'est-ce qui t'a pris, mon fils?

Nie Lang tourna la tête, il s'était transformé: on vit deux cornes sur sa tête, des polis bleus autout de sa bouche et des écailles rouges sur son cou.
- Lâchez prise, maman, je veux être un Dragon pour me venger de cette haine de sang aussi immense et profonde que la mer!

Sous les coups de tonnerre, les éclairs et la foudre, l'eau monta rapidement dans la rivière avec des vagues déferlantes, et troubla le silence de l'immense terre. Zhou le Richard en personne arriva juste à ce moment, conduisant ses valets qui brandissaient des torches, avec l'intention d'aller ouvrir le ventre de Nie Lang et y prendre la perle.

A entendre ce brouhaha, Nie Lang devina que c'étaient ces gens-là, il dit alors:
- Lâchez-moi, maman, je veux me venger!

S'ébrouant de toutes ses forces, il se roula dans la rivière et fit jaillir aussitôt des vagues hautes jusqu'au ciel.

- Vieille femme, où est allé ton fils? cria Zhou en saisissant Mère Nie par l'épaule.

- Quel bandit tu fais, Zhou! Tu poursuis mon fils jusque dans la rivière. Cela ne te suffit pas? Nie Lang, lança-t-elle, ton ennemi est venu!

D'un coup de pied, Zhou le Richard jeta Mère Nie par terre, et courut au bord de la rivière pour chercher Nie Lang. A la suite d'un éclair rouge et dans le fracas du tonnerre, la houle déchaînée comme cavale au galop, emporta dans ses flots Zhou le Richard, son intendant et tous ses valets. Ils furent tous engloutis jusqu'au dernier.

Le vent s'affaiblit et la pluie s'arrêta. Le ciel s'éclaircit peu à peu. Nie Lang leva la tête et appela de la rivière:
- Maman, je vais partir!

- Mon fils! Quand rentreras-tu? demanda Mère Nie, très affligée.

- comme le monde humain et la mer se séparent, je ne rentrerai que lorsque les roches s'épanouiront en fleurs et qu'aux chevaux pousseront des cornes.

Ayant la triste certitude que son fils ne rentrerait jamais, Mère Nie, debout sur une grande roche, criait sans cesse:
- Mon fils! Mon fils!...

Aux injonctions de sa chère mère, Nie Lang tournait plus haut la tête pour la voir. Vingt-quatre fois elle appela et vingt-quatre fois il leva la tête. A chaque salut du fils, une grève apparut. Il y en eut vingt-quatre que l'on nomme plus tard les "Grèves à regarder la mère", en chinois " Grèves Wangniang".

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MessageSujet: Re: Légendes de 61 à 70   9/2/2007, 09:47

Liu Guanci


PARTIE I

Sous le règne de l'Empereur Dali de la dynastie des Tang, un certain Liu Guanci, originaire de Luoyang, mendiait à Suzhou. Un jour il rencontra un lettré du nom de Cai Xia. Celui-ci, beau et désinvolte, appela gentiment Guanci "frêre". Plus tard, Cai Xia rendit visite à Guanci et lui apporta des victuailles. Après avoir bu quelques verres de vin Xia demanda à son hôte :
- Pour quelle raison voyagez-vous à travers monts et rivières, mon frère ?

- Je mendie.

- Avez-vous une destination ? Ou voulez-vous simplement visiter les diverses principautés ? s'informa encore Xia.

- J'erre à l'aventure.

- combien de sapèques vous faudrait-il pour quitter cette vie de vagabond ?

- Cent mille, répondit Guanci.

- Espérer gagner cent mille sapèques en mendiant sans but, expliqua Xia, c'est espérer voler sans ailes. En admettant même que vous puissiez y arriver, cela vous prendra plusieurs années. Ma famille vit aux environs de Luoyang. Ce n'est pas à cause de ma pauvreté mais pour une autre raison que je me suis réfugié ici. je n'ai pas eu de nouvelles de ma famille depuis très longtemps. Je voudrais vous demander d'y retourner à ma place. Je paierai tous vos frais de voyage et vous donnerai en plus cent mille autres sapèques, aussi pourrez-vous à la fois connaître le pays et gagner de l'argent sans dépenser beaucoup de temps. Q'en pensez-vous ?

- Je ne demande pas mieux !

Alors Cai Xia lui offrit cent mille sapèques et lui confia une missive à remettre à sa famille.
- Au cours de mon séjour à Suzhou, fit-il, vous vous êtes lié d'amitié avec moi sans vous soucier de savoir qui j'étais. Cela prouve votre sincérité. En réalité, je suis un Dragon. Ma famille habite sous le pont de Wei à Luoyang. A votre arrivée là-bas, vous taperez sur un pilier du pont, en fermant les yeux, et quelqu'un vous répondra et vous invitera à entrer. Ma mère vous rencontrera et vous présentera ma petite soeur. Puisque nous sommes frères, je vous prie de ne pas l'éviter. J'en parle dans ma missive. Bien que ce soit presque encore une enfant, elle est assez intelligente pour être maîtresse de maison. Elle acceptera comme je lui demande de vous offrir cent ligatures* de sapèques. (* Une ligature contient mille sapèques.)

PARTIE II

Là-dessus, Guanci retourna dans son pays natal. Quand il arriva sous le pont de Wei, devant l'eau limpide du lac, il se creusa la tête pour trouver un moyen d'y pénétrer. Mais, certain que le Dragon ne l'avait pas trompé, il essaya de taper sur un pilier du pont en fermant les yeux.

Soudain, quelqu'un lui répondit. Ouvrant les yeux, il ne vit plus ni pont ni lac, mais un Palais magnifique avec plusieurs pavillons et tours qui se dressait devant lui. Au seuil d'une grande porte, se tenaient des huissiers vêtus de robes violettes.

Interrogé sur ce qu'il venait faire, il répondit qu'il venait de Suzhou apporter une lettre de leur jeune seigneur. Un huissier prit la lettre et rentra dans le Palais. Quelques instants plus tard, il revint et, au nom de Madame mère, l'invita à entrer dans un salon. Agée d'une quarantaine d'année, Madame était habillée d'une robe violette et avait l'air très aimable. Guanci se prosterna devant elle et elle lui rendit son salut.

- Mon fils est parti si loin, fit-elle, que nous n'avons plus de ses nouvelles depuis longtemps. Vous êtes vraiment très gentil d'avoir parcouru plusieurs milliers de lis pour nous apporter sa missive. Mon fils est tombé en disgrâce et s'est réfugié ailleurs. On a perdu ses traces depuis trois ans. Si vous n'étiez pas venu nous voir, mon chagrin n'aurait jamais pu se dissiper.

Une fois assis sur une chaise comme elle l'en avait prié,Guanci répondit :
- Votre fils et moi sommes liés d'amitié comme des frères. Sa soeur est aussi ma soeur. Je ne sais pas si elle daignerait me rencontrer ?

- Dans sa lettre, répondit Madame, mon fils en parle. Maintenant elle fait sa toilette. Elle va venir.

Au bout de quelques instants, précédée d'une servante, la jeune fille fit son entrée dans le salon. Agée d'environ 16 ans, elle était d'une beauté incomparable et d'une intelligence sans pareille. Après l'avoir salué, elle prit place tout près de sa mère et fit servir le dîner. Alors hôtesses et invité se mirent à table. Le repas était très recherché et propre. Sur ces entrefaites, Madame eut soudain les yeux congestionnés qu'elle fixa sur son invité.

- C'est mon frère qui l'a invité, s'empressa la jeune fille d'arrêter sa mère. Il faut le traiter avec politesse. D'ailleurs, il nous sauvera du malheur. Impossible donc d'agir autrement !

Et elle de se tourner vers Guanci en lui faisant remarquer :
- Mon frère m'a dit de vous offrir cent ligatures de sapèques. Comme c'est trop lourd à porter, je vais vous offrir quelque chose de même valeur que ces sapèques. Veuillez l'accepter !

- Puisque je suis son frère, répondit Guanci, comment pourrais-je accepter une récompense pour un si léger service ?

- Mon fils a évoqué votre pauvreté. Si nous vous offrons ce cadeau, c'est pour exaucer son voeu. Vous ne pouvez pas refuser.

Guanci acquiesça en les remerciant. Et la mère ordonna à la servante d'aller chercher le cadeau. Le dîner continuait quand, soudain, la mère reprit son air méchant et fixa ses yeux rouges sur son hôte. De la bave lui coula des coins de la bouche. La jeune fille mit aussitôt sa main sur la bouche de sa mère en s'écriant :
- Mère ! C'est avec sincérité que mon frère l'a chargé de cette visite. Ce n'est pas convenable d'agir ainsi !

Puis elle s'adressa à Guanci :
- Ma mère est tellement vieille qu'elle ne résiste plus à sa maladie. Il vaut mieux que vous sortiez d'ici.

L'air effaré, la jeune fille fit apporter un bol par une servante. Puis elle l'offrit à son hôte en expliquant.
- Ce bol vient de Jibin, un pays lointain. Ce trésor d'état servait à vaincre toutes les calamités et tous les malheurs. L'objet est pourtant inutile pour les sujets de la dynastie des Tang. Si l'on vous offre cent ligatures de sapèques, vendez-le, sinon, gardez-le. Maintenant, je dois vous laisser à cause de la maladie de ma mère.

Après avoir dit au revoir à son hôte, la jeune fille rentra.

PARTIE III

Sorti du Palais, Guanci tourna la tête et vit le même lac et le même pont. Son regard s'arrêta sur le cadeau qu'il tenait dans sa main, un bol en bronze jaune qui semblait coûter tout au plus trois à cinq sapèques. Il crut qu'il avait été dupé par la jeune fille. Il alla vendre le bol au marché. A sa surprise les clients lui proposèrent les uns sept cents sapèques, les autres cinq cents. Ce fut à cet instant qu'il comprit que le Dragon divin ne l'avait pas trompé.

Alors il le proposa tous les jours au marché. Un an s'était ainsi écoulé, sans qu'il ait pu vendre le bol. Un jour, vint un client étranger au marché de l'Ouest. La vue du bol le réjouit tellement qu'il ne tarda pas à en demander le prix.

- Deux cents ligatures de sapèques, répondit Guanci.

- Si on a besoin de ce bol, on le paiera plus de deux cents ligatures. Mais ce n'est pas un trésor pour les Chinois. Il n'a aucune utilité en Chine. Je paie cent ligatures, d'accord ?

Guanci se souvint de la recommandation de la jeune fille et céda.

Après avoir acheté le bol, le client expliqua :
- Ce bol est le talisman de l'Etat de Jibin. Depuis qu'il l'a perdu, le pays souffre de calamités naturelles, de troubles et de guerres. On dit que c'est le fils du Roi Dragon qui l'a volé il y a quatre ans. Le souverain de Jibin vient de promettre de payer la moitié des impôts d'un an de son pays pour racheter ce bol. Comment se fait-il que vous l'ayez en votre possession ?

Guanci lui raconta ce qui s'était passé entre lui et son ami, le fils du Roi Dragon.

- Le Dragon divin de l'Etat de Jibin lui a intenté un procès. C'est pourquoi il s'est réfugié à Suzhou. Les magistrats du monde des ondes sont trop sévères pour qu'il puisse y revenir. Aussi vous a-t-il chargé de transmettre sa missive. S'il vous a demandé de rencontrer sa soeur, c'est que sa mère est très gourmande et qu'il avait peur qu'elle ne vous dévore. Sa soeur pouvait vous protéger. Maintenant que le bol a été vendu, il va pouvoir revenir. Vendre le bol, c'était le moyen de le sauver. Dans cinquante jours, quand les vagues agiteront la rivière Luo, et que le ciel se couvrira, c'est alors que Cai Xia reviendra.

- Pourquoi dans cinquante jours ? demanda Guanci.

- Parce qu'il faut que j'ai franchi la frontière avec le bol pour qu'il ose revenir.

Cinquante jours plus tard, le jeune Dragon divin était de retour. Guanci retint la date et, quand vint le jour, tout se passa comme prévu.

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MessageSujet: Re: Légendes de 61 à 70   9/2/2007, 09:47

La Riveraine de Fenshui


Au bord de la rivière Fenshui, habitait une vieille femme pleine d'ardeur au travail. Un jour, elle pêcha une carpe rouge, tout à fait différente des autres. Elle l'apporta chez elle, mais la pitié et la curiosité l'empêchèrent de la manger. Alors elle creusa la terre et versa de l'eau dans le trou pour y installer la carpe.

Plus d'un mois se passa. Un jour, la vieille pêcheuse vit s'accumuler des nuages dans le ciel, et sa carpe sauter dans un brouillard mystérieux. Quelques instants après, la carpe monta lentement vers le ciel et la mare s'assécha.

Dans la nuit, la carpe revint. Frappée de surprise, les voisins prirent la carpe pour un monstre. Apeurée et repentie, la vieille femme alla prier devant la mare en disant:
- C'est par pitié que je t'ai laissé vivre. Est-ce que tu veux me porter malheur ?

A peine avait-elle fini de parler que la carpe bondit et s'envola au gré du vent. Elle abandonna une grosse perle dans les airs avant d'entrer dans l'eau de la rivière. La perle éblouissante était si ressemblante à une balle que les gens n'osaient y toucher.

Cinq ans plus tard, le fils de la vieille tomba gravement malade. Le médecin bien qu'il fit l'impossible, ne parvenait pas à la guérir. Affligée, la vieille se souvint de la perle et la prit sur-le-champ pour l'offrir à un meilleur médecin.

Soudain, la perle se métamorphosa en une pilule.
"C'est la carpe rouge qui, en récompense, l'a faite pour sauver mon fils !" dit-elle. Et elle la lui fit avaler.

Son fils se rétablit aussitôt.

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MessageSujet: Re: Légendes de 61 à 70   9/2/2007, 09:49

La Victoire de Huangdi sur Chiyou


PROLOGUE

La Civilisation Chinoise a pris sa source dans le bassin du Fleuve Jaune. Irrigué par ce fleuve puissant et ses innombrables affluents, ce bassin est depuis l'Antiquité une région très fertile. Sur les deux rives du fleuve s'étendent de grandes plaines cultivées, des forêts touffues et des pâturages verdoyants. Le climat était alors plus humide qu'aujourd'hui. On trouvait toutes sortes d'animaux et même des éléphants.

PARTIE I

Les ancêtres des Chinois chassaient, faisaient paître leurs troupeaux et cultivaient la terre. Courageux et intelligents, ils vivaient heureux et prospères. La Chine et son peuple étaient gouvernés en ce temps-là par l'Empereur Huangdi (l'Empereur Jaune), l'un des ancêtres de notre nation. En fait, c'était aussi un Dieu intelligent et courageux.

Outre sa demeure céleste. Huangdi avait aussi une capitale sur Terre, dans les monts Kunlun de la Chine occidentale. Là s'élevaient de magnifiques Palais et de splendides jardins suspendus. L'Empereur se nourrissait du meilleur riz et buvait l'eau claire de l'Etang de Jade.

Huangdi avait une physionomie particulière. Avec ses quatre visages, il était capable de regarder en même temps dans toutes les directions. Ainsi pouvait-il observer le monde entier et diriger facilement son peuple.

Ordinairement Huangdi habitait dans sa demeure céleste ou dans ses Palais occidentaux. Cependant préoccupé par la vie de son peuple, il venait souvent sur Terre pour lui venir en aide.

En ces temps reculés, bateaux et véhicules n'existaient pas. Aussi ne pouvait-on traverser fleuves et rivières, et les habitants de chaque rive ne se fréquentaient guère. De même, sans véhicules, les gens devaient voyager à pied et ne pouvaient pas aller très loin. Huangdi leur apprit à couper de grands arbres et à en évider le tronc pour fabriquer des bateaux. Il leur apprit aussi à fabriquer des véhicules à deux roues qui pouvaient parcourir une centaine de li par jour. Les moyens de transport du peuple se virent ainsi grandement facilités.

A cette époque, on n'avait pas non plus de méthode pour désigner les années. On savait seulement que la température alternait du chaud au froid et vice versa, que les hommes naissaient, grandissaient et mouraient, sans jamais connaître leur âge. Huangdi désigna alors les années selon un cycle sexagésimal, par la combinaison des dix Troncs célestes avec le douze Rameaux terrestres. Ainsi naquit la chronologie primitive. Elle s'avéra très utile pour la vie quotidienne du peuple et la production.

Huangdi demanda également à ses fonctionnaires Can Jie et Ling Lun de créer les idéogrammes et d'élaborer une échelle musicale à douze notes. Avec Qi Bo, Huangdi écrivit le Huangdi Neijing (Classique de l'Interne), premier traité de médecine chinoise. Huangdi apprit aussi aux hommes l'architecture et l'utilisation d'ustensiles ménagers. De fait, Huangdi était bien différent des autres Empereurs soi-disant Fils du Ciel se succédant depuis l'Antiquité.

PARTIE II

Dans le monde, il y a toujours eu de bonnes et de mauvaises gens. Une année, dans le sud de la Chine, le démon céleste Chiyou fit son apparition. Chiyou avait une tête humaine, quatre yeux, six bras et des sabots de boeuf. Contrôlant le sud, il se livrait à tous les crimes inimaginables. Ses quatre vingt un frères et ses serviteurs étaient aussi cruels que lui.

Chiyou s'était d'abord emparé des terres du sud grâce à ses complicités. Exploitant le peuple, lui et ses comparses abusaient tyranniquement de leur pouvoir. Puis leur ambition grandit et ils attaquèrent le nord. Partout sur leur passage, hommes, femmes, vieillards et enfants étaient massacrés sans pitié, le bétail pillé, les maisons et les récoltes détruites. Là où Chiyou passait, l'herbe ne repoussait pas.

Lorsque Huangdi prit conscience de la situation, il décida de mettre fin à ces carnages et de tuer Chiyou...

Chiyou et ses complices occupaient alors la région de Zhuolu, au nord du Huanghe. Huangdi conduisit sans attendre ses armées à l'attaque. L'Empereur avait à ses ordres des généraux intrépides, comme le général Zhao Ying, chargé spécialement de la garde du jardin de Huangdi.

C'était un dieu céleste à visage humain, corps de cheval et peau de tigre. Il était très vaillant et portait aussi deux ailes sur son dos qui lui permettaient de voler comme un oiseau.

Le général Li Zhu, chargé, de la garde de l'arbre aux fruits de jade, avait trois têtes et un regard perçant qui ne laissait rien échapper. Il pouvait garder les yeux ouverts jour et nuit. Personne ne pouvait l'approcher.

Il y avait aussi d'autres généraux, comme Chi Gou, Xiang Wang, Shen Tu, Yu Lei, ainsi que le fils de Huangdi, Miao Long, et son petit fils Shi Jun. Chacun détenait un pouvoir magique différent. Pour lutter contre Chiyou et ses complices, Huangdi demanda encore l'aide d'un grand nombre d'ours, de lions et de tigres.

Cependant, Chiyou n'était pas disposé à reculer. Chaque côté combattait avec acharnement. La plaine de Zhuolu était noyée dans la poussière et le ciel semblait devoir s'écrouler à tout moment.

A la suite d'une contre-attaque vigoureuse des armées de Huangdi, Chiyou et ses complices furent obligés de reculer. C'est alors que Chiyou brisa l'encerclement, ouvrit son énorme bouche en levant la tête, et cracha une brume épaisse.

En un clin d'oeil, le brouillard couvrit toute la plaine. Le ciel s'obscurcit et la terre plongea dans les ténèbres. Les armées de Huangdi se trouvèrent désorientées.

PARTIE III

Huangdi fit appeler à la hâte son fonctionnaire Feng Bo qui contrôlait le vent céleste. Celui-ci ouvrit tout grand son sac de vent. La tempête souffla trois jours et trois nuits. mais le pouvoir de Chiyou était très grand, le brouillard très épais, et le vent, aussi fort fût-il, ne put le disperser. Les armées de Huangdi se déplaçaient tout le temps et hésitaient sur le chemin à prendre. La situation devenait grave.

Huangdi mit alors à profit ses connaissances astronomiques. Sachant que la Grande Ourse était toujours orientée dans la même direction, il inventa un char capable d'indiquer à tout moment le chemin à suivre. Une figurine en bois s'y tenait debout et, quelle que soit la direction prise, le bras droit de la statue indiquait toujours le Sud. Grâce à ce char, les armées de Huangdi purent se diriger dans la brume épaisse et briser l'encerclement ennemi.

Chiyou commença à paniquer. Pour contre-attaquer les troupes de Huangdi sans leur laisser le temps de se ressaisir, il envoya contre elles les démons de la forêt et des montagnes, Chi Mei et Wang Liang. Chi Mei était un démon à figure humaine et à corps d'animal. Il poussait des cris terribles. Wang Liang était un nain aux longues oreilles, avec des yeux rouges, de longs cheveux et une peau noire et rouge. Il était horrible à voir.

Mais Huangdi connaissait leur faiblesse : Ils craignaient le cri du Dragon. Alors Huangdi demanda à ses armées de souffler dans des trompes imitant le cri du Dragon. les démons n'osèrent pas s'approcher.

Comment vaincre Chiyou? Huangdi eut l'idée de fabriquer un immense tambour pour soutenir le moral de ses armées. Il savait que dans la Mer Orientale se dressait le Mont Liupo. Là vivait la bête Kui.

Kui ressemblait à un énorme boeuf sans corne à la peau brune. Il avançait en sautillant sur son unique patte. Quand il sortait de la mer, une bourrasque s'élevait et une pluie torrentielle s'abattait sur les flots. Son cri ressemblait au tonnerre et ses yeux brillants lançaient des éclairs.

PARTIE IV

Avec la peau de Kui et les os du démon de la foudre, on fabriqua un énorme tambour et des baguettes. Quand on battait le tambour, la terre et les montagnes tremblaient. On pouvait l'entendre à cinq cents li à la ronde.

Le combat reprit. On frappa le tambour, et la terre et les montagnes frémirent. Les troupes de Huangdi se jetèrent sur l'ennemi. Devant l'attaque soudaine des armées de Huangdi, les troupes de Chiyou furent frappées de stupeur et n'osèrent plus avancer. Obligé d'aller de l'avant, Chiyou se trouvait dans l'impasse. Alors il arma ses six mains de deux lances, deux arcs et deux épées, et ses deux pieds de lances. Il était si féroce que personne ne pouvait l'approcher.

Après neuf assauts consécutifs, Huangdi n'était toujours pas arrivé à le vaincre. Il décida alors d'appeler Ying Long à la rescousse. Yin Long était un grand animal qui pouvait faire jaillir des trombes d'eau de sa bouche et renverser d'un seul coup de queue des milliers de soldats ennemis. Il se plaça devant les troupes de Chiyou, ouvrit toute grande sa bouche et lança sur elles des flots tumultueux.

Chiyou et ses soldats ne pouvaient plus tenir debout. Mais Chiyou avait le pouvoir d'invoquer la pluie et le vent. Il monta au ciel et poussa un cri qui souleva un ouragan. Une pluie torrentielle s'abattit sur les armées de Huangdi. Empêtrés dans la boue, les soldats étaient en mauvaise posture. Huangdi dut faire appel à sa fille Nü Ba des monts Xikunzi.

Nü Ba était la Déesse de la sécheresse et elle pouvait faire cesser cette pluie. Partout sur son passage, elle dégageait une chaleur brûlante, dispersait les nuages et arrêtait la pluie. En temps ordinaire, Huangdi la consignait dans les monts Xikunzi du Nord-Ouest et lui interdisait d'en sortir. Cette fois-ci, elle put utiliser sans restriction son pouvoir magique.

Elle s'infiltra dans les troupes de Chiyou, et la chaleur de son corps brûla Chiyou et ses soldats. Paniqué, Chiyou recula à la hâte. Profitant de cette occasion, Huangdi avança à la vitesse de l'éclair et trancha la tête de Chiyou d'un seul coup.

Le combat était terminé. Huangdi avait remporté la victoire finale. Chiyou mort, son corps disparut. Il ne resta plus sur la terre qu'une immense tête, avec une bouche ouverte comme l'entrée d'une caverne. Cette tête rappela à Huangdi que le démon Chiyou s'appelait aussi Tao Tie, ce qui signifie "le sanguinaire".

EPILOGUE

Après la mort de Chiyou, le peuple vécut et travailla en paix. Pour célébrer cette victoire, Huangdi ouvrit la mine de cuivre de Shoushan et fabriqua un grand trépied de quatre mètres de haut sur lequel il inscrivit le récit du combat contre Chiyou, laissant ainsi ce message aux futures générations :

"Le mal est toujours puni".

Il composa également une musique pour tambour divisée en dix morceaux :La Colère de la Foudre, la Panique du Tigre, le Mugissement de Kui, etc.

Quant à Nü Ba, après la victoire, grisée par sa liberté, elle ne voulait plus obéir à son père et voyageait partout pour son plus grand plaisir. Hélas, là où elle passait sévissait aussitôt une grande sécheresse. Tous les arbres et toutes les céréales se desséchaient.

Le fonctionnaire Shu Jun en informa Huangdi qui se mit très en colère et ordonna de chasser Nü Ba jusqu'au nord de la rivière Chishui. Mais Nü Ba, de nature capricieuse, sortait secrètement de temps en temps et les sécheresses sévissaient souvent. Pour lutter contre ce fléau, avant chaque sortie de Nü Ba, on creusait des canaux et drainait les rivières. Devant l'impuissance de son pouvoir magique, Nü Ba se lassa et ne vint plus.

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MessageSujet: Re: Légendes de 61 à 70   9/2/2007, 09:50

Le Héros Xingtian


PARTIE I

Il était une fois un héros appelé Xingtian. Il tenait dans la main droite une grosse hache et dans la gauche un bouclier. Voyageant partout de par le monde, il frappait les tyrans et secourait les faibles. C'était un homme très fort et plein de bon sens. Il aimait la justice et tout le monde l'appréciait.

A cette époque, le monde était gouverné par un Génie Céleste égoïste et paresseux qui ne s'occupait que de ses réjouissances et jamais de la vie du peuple. Souvent, durant des mois, il ne pleuvait point; arbres et cultures mouraient alors sous la sécheresse. Parfois, il pleuvait à verse pendant plusieurs mois consécutifs; maisons et arbres étaient alors noyés. La vie du peuple était à cette époque très misérable.

Devant toutes ces calamités, Xingtian décida un jour d'aller voir le Génie et lui dit avec colère :
- Stupide Génie! Pourquoi tourmentes-tu toujours le peuple! Puisque tu ne fais aucun bien à l'humanité, va-t-en et cède ton trône!

Naturellement, le Génie ne l'entendit pas de cette oreille et lui rit au nez :
- Je fais ce qui me plaît! Retourne d'où tu viens et mêle toi de tes affaires! A moins que tu ne veuilles tâter de mon épée!

La brutalité et l'insolence du Génie mit Xingtian au comble de la colère. Il leva sa hache et lui assena un coup. Ainsi commença la bataille. Et quelle bataille! Xingtian et le Génie se battirent depuis le ciel jusqu'à la terre, du mont Kunlun à la mer de l'Est.

On ne sait combien de jours ils combattirent. Ils étaient de force équivalente et ni l'un, ni l'autre ne parvenait à l'emporter sur son adversaire. La poussière soulevée par leur combat voila la lumière du Soleil et la clarté de la Lune, les étoiles tremblèrent à tel point qu'elles semblaient vouloir tomber à tout moment.

PARTIE II

Un jour, au milieu des coups de hache et des coups d'épée, tandis qu'ils se livraient à un corps à corps acharné, le Génie Céleste poussa tout à coup un cri strident. Aussitôt accoururent de toutes parts un grand nombre de Démons. Certains avaient un visage humain et un corps de lion, d'autres un visage de chien et un corps humain.

Tous ces Diables , armés jusqu'aux dents, encerclèrent Xingtian. Bien que notre héros menât une résistance énergique, il ne put faire face à ses adversaires dix fois plus nombreux. Profitant d'une seconde d'inattention, le cruel Génie se jeta sur lui et, d'un coup d'épée, lui trancha la tête.

Néanmoins, rempli d'énergie, Xingtian ne tomba pas. Ses seins lui servirent d'yeux et son nombril de bouche. C'est ainsi que, brandissant sa grosse hache et son bouclier, il continua le combat sans sa tête.

Stupéfié par l'héroïsme de Xingtian, le Génie s'enfuit à toutes jambes vers l'ouest. Xingtian le poursuivit sans relâche jusqu'au pied du mont Kunlun où notre héros mourut d'épuisement.

Bien que le Génie céleste gardât toujours sa position dominante, il devait rester traumatisé par ce terrible combat. Dès lors, il n'osa plus jamais commettre de méfaits.

Xingtian n'est pas mort pour rien. Sa farouche vertu au service des intérêts du peuple, sa force, son courage et surtout sa volonté inflexible qui lui permit de continuer héroïquement le combat malgré sa défaite, tout cela restera toujours gravé dans la mémoire populaire.

La lecture du conte de Xingtian a inspiré au célèbre poète de la Chine antique, Tao Qian, ces vers élogieux :

Xingtian continua de se battre
Bien qu'on lui coupât la tête,
Son audace restera éternelle
Bien qu'il subît une défaite...

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MessageSujet: Re: Légendes de 61 à 70   9/2/2007, 09:52

La Princesse aux Cent Fleurs


PARTIE I

Au delà de la porte Fengshan se trouve un monticule nommé "Tertre du Commandement". C'est là que jadis la Princesse aux Cent fleurs, soeur cadette de Fang La*, distribua les ordres d'attaque à ses femmes soldats.

*(Fang La, mort en 1121 était le chef d'un soulèvement paysan à la fin de la dynastie des Song du Nord)

La Princesse, à l'origine, ne s'appelait pas ainsi, c'était une jeune villageoise du district de Qingxi. Ni grosse ni maigre et ni trop grande ni trop petite, d'une taille parfaite, elle était belle comme un camélia frais épanoui.

Née et ayant grandi dans les montagnes, elle avait mené dès l'enfance une vie de chasseur avec son père. Elle pouvait tendre un arc rigide de 150 kg; sa flèche perçait une feuille de saule à cent mètres; et quand elle maniait deux lances argentées, même des dizaines d'hommes robustes n'auraient pas pu l'approcher.

Ce jour là, elle avait abattu une panthère et, après l'avoir dépouillée, elle franchit montagnes et vallées pour se rendre dans la ville de Qingxi et vendre sa fourrure. En une demi-journée de marche, elle arriva aux portes de la ville.

Au moment où elle allait entrer dans la ville, un tintamare de coups de gong se fit entendre, tandis que les passants s'écartaient rapidement. De la porte sortit un cortège portant des drapeaux et des pancartes; deux hommes frappant des gongs de cuivre ouvraient la marche. Puis, venaient de nombreux soldats criant et grondant qui escortaient 99 jeunes filles ligotées en ligne par une corde. Derrière, un mandarin coiffé d'un chapeau de fonctionnaire et en robe rouge avançait à cheval arborant un air insolent.

A peine sorti de la ville, le mandarin aperçut au premier coup d'oeil la jeune fille portant la peau de panthère. Il rit aux éclats et dit:
- Heureux hasard, heureux hasard! l'Empereur m'a envoyé ici choisir des dames d'honneur. Il m'en manque une pour faire la centaine; celle-ci s'offre d'elle-même.

Tout en riant il cria:
- Soldats, vite, saisissez-là!

PARTIE II

Qui eût pu imaginer qu'une jeune fille d'apparence si frêle était capable de dompter les Dragons et les tigres. Sur l'ordre de leur officier, des soldats se ruèrent sur elle, mais en quelques coups de mains et de pieds elle les abattit et ils se mirent à fuir à la débandade. Comme l'officier allait se sauver, la jeune fille le jeta rapidement à bas de son cheval et le projeta sur un rocher, où sa tête éclata en morceaux.

La jeune fille put ainsi sauver les 99 captives, mais elle se heurta bientôt à une grande difficulté. Toutes les jeunes filles sauvées lui demandèrent de leur trouver un moyen de se tirer d'affaire. Roulant ses beaux yeux, elle dit:
- J'ai une idée, Frère Fang La est en train de recruter des frères opprimés au village de Jiecun. Puisque nous sommes en danger, allons le rejoindre, mes soeurs!

Les 99 jeunes filles en fuite, leur sauveur à leur tête, se rendirent toutes au village de Jiecun et supplièrent Fang La:
- Grand frère Fang, acceptez-nous, sauvez cent soeurs en danger!

Après s'être informé de leur situation, Fang La sans hésiter acquiesça à leur demande et leur accorda asile dans sa caserne. D'abord Fang La leur demanda de travailler dans la cuisine; elles s'y refusèrent. Il leur proposa alors de faire la lessive et le raccommodage pour les soldats, nouveau refus.

Lorsque les jeunes filles exprimèrent leur désir de combattre les troupes gouvernementales Song, Fang La en fut très content et accepta tout de suite.

Désormais, la jeune héroïne à leur tête, les 99 soeurs s'entraînaient tous les jours à toutes sortes d'armes, lance, javelot, arc, etc. En moins d'un mois, elles devinrent toutes des femmes soldats d'élite.

En voyant cela, Fang La se prit à admirer la jeune fille au fond de son coeur. De son côté, celle-ci éprouvait pour lui une profonde amitié et un grand respect; en public, elle l'appelait toujours "Grand frère".

Comme Fang La n'avait pas de soeur, il finit par la reconnaître comme sa propre soeur. C'est pourquoi, lorsque Fang La prit le titre de roi, elle devint Princesse.

PARTIE III

Quand la jeune fille fut nommée Princesse, les 99 soeurs, débordant de joie, cueillirent chacune une fleur sauvage et les lui offrirent pour la féliciter. La Princesse en cueillit une elle aussi, et cela fit cent. Les jeunes filles en tressèrent une couronne multicolore et la posèrent sur la tête de la Princesse.

A partir de ce jour tout le monde, au sein des troupes du soulèvement paysan dirigé par Fang La, l'appela la Princesse aux Cents Fleurs.

Peu de temps après, Fang La partit avec ses troupes pour attaquer Hangzhou. La Princesse aux Cent Fleurs dirigeait l'entraînement militaire des femmes soldats dans la caserne. L'étendard du détachement des femmes soldats était érigé au sommet de la montagne et flottait au vent; de nombreuses jeunes filles et femmes vinrent de toutes parts rejoindre la Princesse. Lorsque les troupes de Fang La arrivèrent aux alentours de la ville de Hangzhou, le nombre des femmes soldats dirigées par la Princesse atteignait une dizaine de milliers.

Deux semaines durant, les troupes de Fang La ne réussirent pas dans leurs attaques contre Hangzhou. Fang La était fort inquiet. A cette nouvelle, la Princesse aux Cent Fleurs, battant le tambour, rassembla ses soldats et les exhorta en ces termes:
- Tantes et soeurs, notre grand frère Fang a des ennuis aux portes de la ville de Hangzhou. Allons lui donner un coup de main. Partons au front!

Soulevées d'enthousiasme, les femmes soldats brûlaient d'aller au combat. Elles levèrent tout de suite le camp et partirent sur le champ. Ayant parcouru 50 km dans la journée et 40 km dans la nuit, elles arrivèrent à destination en un jour et installèrent leur bivouac sur un monticule à l'extérieur de la porte Fengshan.

La Princesse aux Cent Fleurs poussa son cheval bai et fonça tout droit jusqu'au campement de Fang La. Celui-ci, en la voyant arriver, lui dit en fronçant les sourcils:
- Ma soeur, c'est difficile de conquérir la ville.

Après s'être renseignée sur la situation militaire, la Princesse parla longtemps à voix basse à l'oreille de Fang La qui, en l'écoutant, acquiesçait sans cesse de la tête.

PARTIE IV

Pendant dix jours d'affilée, les troupes de Fang La ne lancèrent aucune offensive, mais au contraire, exécutèrent un retrait de quelques kilomètres.

Les troupes gouvernementales, profitant de l'occasion, laissèrent sortir de la ville une partie des habitants pour aller ramasser du bois et tirer de l'eau. Quand ceux-ci retournèrent dans la ville, une rumeur s'y répandit bientôt:
"L'Empereur Céleste a envoyé sa fille la Princesse aux Cent Fleurs sur la terre pour aider Fang La à établir une nouvelle dynastie. La Princesse avait le pouvoir d'invoquer le vent et la pluie. Elle disposait de nombreux officiers et soldats célestes."

Le bruit en se répandant prenait des proportions de plus en plus extravagantes; il arriva enfin aux oreilles des soldats gouvernementaux qui en furent terrorisés.

Par une nuit sans lune ni étoiles où régnait une obscurité parfaite, surgirent soudain une dizaine de milliers de flambeaux d'un seul coup sur un monticule près de la porte Fengshan; ils l'éclairaient d'une lueur rouge comme s'ils venaient de descendre du ciel.

La Princesse aux Cent Fleurs, du haut d'un monticule de pierre, lança alors ses ordres de combat: Tout d'abord ses femmes soldats devaient défaire leurs chignons et leurs nattes et laissaient tomber les cheveux sur leurs épaules.

Trois détonations de gros pétards se firent entendre; puis au son du tambour, la Princesse, à cheval, tout en maniant ses deux lances argentées, fonça vers la porte de la ville, suivie de ses innombrables femmes soldats, chacune avec une écharpe de soie rouge sur la tête et un petit miroir en bronze au milieu du front.

Sous les flambeaux, les petits miroirs lançaient des reflets éblouissants. Déjà effrayés par la rumeur, les soldats gouvernementaux qui gardaient l'entrée de la ville, voyant de loin la ruée d'une troupe si mystérieuse, furent frappés d'une telle terreur qu'ils s'enfuirent tout en criant:
- Les soldats divins arrivent!

Alors, la Princesse aux Cent Fleurs et ses femmes soldats enfoncèrent la porte. Et le lendemain toute la ville de Hangzhou était occupée par les troupes des paysans insurgés de Fang La.

Et c'est ainsi qu'à partir de cet événement, on a appellé le monticule, près de la porte Fengshan,
"Le Tertre du Commandement".

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MessageSujet: Re: Légendes de 61 à 70   9/2/2007, 09:53

Une Position en Echiquier

PARTIE I

Sous la Dynastie des Qing, en l'an dix du règne de l'Empereur Xianfeng, Tianjing, capitale du Royaume céleste des Taiping (aujourd'hui Nanjing), fut prise en tenailles par deux groupes d'armées du gouvernement Qing, ceux du sud et du nord du Changjiang. La situation des Taiping était critique.

Pour en sortir, l'armée des Taiping recourut à la tactique:
"Encercler le royaume de Wei pour sauver le royaume de Zhao"*

*A l'époque des Royaumes combattants, en l'an 353 avant J.-C., l'armée du royaume de Wei encerclait Handan (dans la province du Hebei), capitale du royaume de Zhao.
Les Zhao demandèrent secours au royaume de Qi dont le roi ordonna à Tian Ji et à Sun Bin de se mettre à la tête de leurs troupes pour aller secourir les Zhao.
Avec son armée, Sun Bin attaqua Daliang (aujourd'hui Kaifeng du Henan), capitale des Wei, dans le but d'attirer l'armée des Wei qui encerclait les Zhao.
Pour défendre leur capitale, les troupes des Wei en revenant sur leurs pas à marche forcée tombèrent dans l'embuscade dressée par les troupes des Qi et essuyèrent une lourde défaite. Ainsi les Zhao étaient sauvés.

Pour appliquer cette tactique un Roi fut nommé commandant d'un corps d'armée et ils avancèrent jour et nuit à marche forcée vers Hangzhou afin d'enfoncer un couteau dans le dos du groupe d'armée des Qing du sud du Changjiang. Cette force armée des Taiping se déplaça rapidement du nord au sud et assiégea bientôt Hangzhou.

Cette expédition au sud et son attaque contre Hangzhou, dans l'intention de retenir les forces armées des Qing du sud du Changjiang, exigeait une opération éclair et une prise rapide de la ville.

Aussi les soldats Taiping se montraient-ils vaillants dans l'attaque et acharnés dans le combat. Mais, comme les troupes des Qing, forts de l'appui des nations étrangères de Shangai, avaient installé sur les créneaux des quatre portes de la ville des canons et un bataillon armé de fusils qui y montait la garde, il était difficile d'attaquer la ville. Surtout , à l'extérieur de la porte Qiantang, le champ de bataille, situé entre le Lac de l'Ouest et la colline Baoshi, constituait une vaste étendue facile à garder et difficile à attaquer.

PARTIE II

Plusieurs assauts des Taiping avaient échoué. A chaque offensive, avant que les hommes des Taiping puissent s'approcher de la muraille, le tir des canons leur barrait le chemin et laissait de nombreux morts ou blessés. Bien malgré elles, les troupes des Taiping se virent obligées de reculer derrière la montagne Qixia où se trouve le tombeau de Yue Fei (héros national sous la dynastie des Song) et elles y établirent leur campement.

Le lendemain, le commandant s'y rendit en tournée d'inspection. Après avoir écouté le rapport du général, il se leva sans mot dire, sortit de la tente et monta jusqu'à la montagne Qixia. Le général le suivit. Le commandant en observant la porte Qiantang découvrit devant elle et à peu de distance un monticule au sommet carré; et une idée lui vint tout à coup. Il dit au général:
- C'est en s'appuyant sur les fusils et les canons de l'étranger que ces Qing maudits peuvent garder la ville. Nous ne pouvons la prendre qu'en recourant à l'intelligence et non à la force. Cette nuit, vous enverrez un bon nombre de soldats sur ce sommet carré pour y creuser des tranchées de la profondeur de la taille d'un homme et disposées selon le carreau de l'échiquier, mais pas de feu et pas de lumière. Il faut accomplir la tâche avant minuit car je vais organiser des opérations après cette heure.

L'ordre donné, il sauta sur son cheval et s'en alla. Il arriva bientôt au Temple Jingci situé au pied de la montagne Nanping, avec un millier de soldats portant cinq cents cordes et barres. Le vieux bonze, apeuré par la bataille se déroulant dans la région, gardait fermée toute la journée la porte du temple.

Soudain un brouhaha au dehors et des coups violents assenés contre la porte, l'obligèrent à ouvrir. A la vue du commandant, il s'empressa de se prosterner à ses pieds et de s'excuser:
- Votre Excellence, qu'y a-t-il pour votre service?

Les deux mains jointes, le commandant lui rendit son salut:
- Vieux Maître, levez-vous s'il vous plaît. Nous avons échoué dans l'attaque de la ville. Nous sommes venus ici spécialement vous emprunter vos hommes.

PARTIE III

Le vieux bonze qui venait de se relever, à ces mots, retomba par terre. Il dit tout tremblant:
- Votre Excellence, vous vous trompez. Nous, les bonzes, n'osons pas même écraser une mouche. Comment pourrions-nous vous suivre pour aller nous battre sur le front?

Riant bruyamment, le commandant dit:
- Pas la peine que vous alliez vous battre au front vous-mêmes. Dans votre temple n'y a-t-il pas une salle des Luohan?

- Oui, oui, il y en a une, Votre Excellence, s'empressa de répondre le vieillard.

- Combien?

- Cinq cents Luohan dorés ni plus ni moins.

- C'est bien. Vous me prêtez ces cinq cents Luohan. Après la prise de Hangzhou, je vous les rendrai tous.

Le vieux bonze stupéfait n'osa pourtant pas refuser, il se leva et conduisit le commandant et ses hommes à la salle des Luohan. Sur l'ordre du commandant, les soldats se mirent à l'oeuvre. Ils attachèrent les Luohan, et se mettant à deux pour porter un Luohan sur une barre, ils s'en allèrent.

Après minuit, ces mille soldats portant les cinq cents Luohan se rendirent, le commandant à leur tête, sur le monticule au sommet carré. L'endroit était silloné de tranchées disposées selon le carreau de l'échiquier.

Le commandant ordonna de déposer dans chaque carreau un Luohan en attachant à sa main un coutelas étincelant et en disposant derrière des bannières multicolores. Quant aux soldats, ils s'abritèrent tous dans les tranchées. Tout était prêt avant le point du jour.

Les soldats des Qing montant la garde sur l'enceinte de la ville trouvèrent fort singulier de ne pas voir les Taiping lancer un nouvel assaut de toute la journée. Le soir, ils n'entendirent que des bruits de terrassement, mais ne parvinrent pas à deviner de quoi il s'agissait.

PARTIE IV

Le lendemain, au jour levé, sur le sommet carré apparut un échiquier gigantesque sur lequel étaient installés de nombreux militaires avec leurs bannières.

Sous le soleil, ces militaires brillaient d'un éclat d'or. Ceux de la première rangée surtout avaient tous des gestes guerriers et un air très vaillant.

Les soldats prirent peur en voyant cette disposition singulière des troupes. Soudain retentirent, au milieu des roulements des tambours, des sons des cors, des cris de guerre.

Les Qing, terrifiés, s'abritèrent derrière les créneaux de la muraille, et tirèrent à l'aveuglette avec les canons et les fusils en direction du sommet carré.

Après la salve tirée par les fusils et les canons, le grondements cessa, mais la fumée ne se dispersait pas encore. Sortant prudemment la tête, les soldats qing aperçoivent les Taiping toujours là, intacts, et toujours auréolés d'or, qui agitent leurs bannières et poussent des cris de guerre.

Furieux, les soldats Qing font feu de nouveau sur la position en échiquier, puis observent; là-bas rien ne semble touché. Alors on tire, on observe....

Ainsi fut fait du matin jusqu'au soir, et ils épuisent toutes leurs munitions. Mais là-bas sur la position en échiquier, les soldats Taiping étincellent, jetant des éclats dorés sous le soleil couchant et ayant plus fière allure que jamais.

A constater ce miracle, les soldats Qing croient vraiment que les soldats célestes sont venus aider les Taiping. on en parle, le doute s'infiltre dans les esprits.

A ce moment, sur la montagne de Qixia, le commandant des Taiping s'aperçoit que les canons se sont tus et que les coups de fusils sont de plus en plus espacés, il donne alors l'ordre de l'offensive.

Les Taiping qui s'abritaient dans les tranchées sur la position en échiquier en jaillissent d'un seul coup et se ruent vers la porte Qiantang en poussant des cris.

Les soldats Qing déjà terrifiés, et qui ne peuvent plus s'appuyer sur leurs fusils et canons étrangers rencontrent la défaite avant de se battre, et s'enfuient à la débandade. La ville de Hangzhou est au main des Taiping.

Après la prise de la ville, les Taiping firent restaurer les Luohan qui avaient été abîmés durant la bataille, et les rendirent au Temple de Jingci. Des années après on remblaya les tranchées. Quant au sommet carré, il prit dès lors le nom de Montagne de l'Echiquier.

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